Un affaissement total de la société

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Editorial du Yated, en date du 7 mars 2018

 

Quand nos Sages ont cherché à décrire la situation qui sera celle de la veille de la venue du Machia’h, ils ont tracé une longue liste d’éléments, ainsi que l’on peut les lire à la fin du traité Sota : « Quand les pas du Machia’h se feront entendre, l’effronterie règnera, les prix grimperont, la vigne donnera ses fruits, mais le vin sera cher, la royauté se transformera en mécréance, et nul ne pourra faire de reproches à l’autre… La sagesse des sages aura mauvaise presse, les gens craignant D’ paraitront repoussant, la vérité disparaitra, les jeunes offenseront les personnes âgées et celles-ci devront se lever devant des jeunes, le fils décriera le père, et la fille s’élèvera contre sa mère, la bru contre sa belle-mère, les gens de son foyer seront ses ennemis, la face de la génération sera celle d’un chien, le fils ne s’éprouvera pas de gêne face à son père. Sur quoi restera-t-il à nous appuyer ? Sur notre Père Qui est aux cieux ». La Guemara dans Sanhédrin ajoute encore des éléments (97a), dont « le fils de David ne viendra que quand les dénonciateurs se multiplieront ».

Le rav Wolbe zatsal dans son ‘Alé Chour écrit qu’il ne s’agit pas là de dégradations ponctuelles, mais d’un affaissement global : cela sera la fin de la vie économique, sociale, familiale, morale et politique. Il est fantastique de constater, ajoute le rav Wolbe, que nos Sages avaient déjà conscience d’une telle situation voici 2000 ans avec une telle clarté, ainsi que nous pouvons le constater de nos propres yeux, dans les moindres détails.

En vérité, quiconque réfléchit à ce qui se passe autour de nous peut voir à quel point ces éléments correspondent à notre réalité. Tout se concrétise sous nos yeux : « Les ennemis des gens sont les membres de la famille » (Micha 7,6) dit déjà le prophète. Et nos Sages fixent donc que les gens les plus proches de la personne se transformeront en ennemis cruels. Les dénonciateurs se multiplient, et l’on ne saura plus de qui il faut se méfier. Dans la Russie soviétique, du temps de Staline, on devait faire attention même aux plus proches membres de la famille, et ne dire mot, ou expression, qui pouvaient coûter cher. On rapporte des histoires terribles d’enfants qui ont dénoncé leurs parents aux autorités. Moyennant une quelconque aide, ils pouvaient provoquer l’exil de leurs parents, ou pire encore. Inutile de dire que les gens devaient se garder de leurs amis les plus proches, de ne pas dire devant eux une chose qui pourrait après cela servir d’arme contre eux. Le régime communiste encouragea les dénonciations, sous le couvert idéologique du « bien du régime ». Les gens n’hésitaient pas à dénoncer les uns les autres, afin d’obtenir quelques roubles. Ils pensaient même faire alors un acte remarque, renforçant l’idéologie communiste.

Ce que fait actuellement la police en Israël n’est peut-être pas encore arrivé au niveau du régime communiste, mais on n’en est pas loin. Le principe d’un « ‘ed medina » est fondamentalement inadmissible, en tout cas, sans discussion possible sur le plan de la loi juive. Il n’a aucun sens : quand une personne est concernée par son témoignage, cela le disqualifie irrémédiablement à titre de témoin. Mais même un système moderne se doit de concevoir qu’une personne qui a perçu des avantages, ce qui peut être sur le plan financier comme une dispense de payer des dettes, ou autre, comme de ne pas devoir se présenter face à la justice, ne peut plus être acceptée dans l’areine judiciaire. Le fait que tous les quelques jours nous apprenons l’arrivée d’un nouveau témoin de ce niveau, lequel a été gratifié d’avantages énormes, ne peut que prouver que les preuves qui sont entre les mains de la police sont faibles. Si elle avait mieux, elle n’aurait pas cherché à enrôler tant de témoins de ce genre et dispenser de toute poursuite ces gens qui, à son avis, auraient dû se retrouver derrière les barreaux. L’augmentation de témoins de ce gabarit ne fait qu’accentuer ce sentiment.

Mais le fait que la police, sous le parapluie de l’accusation publique, encourage les gens les plus proches de la « ruche » de faire le pas et de se présenter comme accusateurs de l’entourage de Netaniahou, entraine à poser des questions sur le système tout entier. Même si la police peut espérer en retirer un gain immédiat, comme par exemple un acte d’accusation de tel ou tel ordre, si les gens doivent commencer à faire attention de leur entourage, nous arrivons à une situation impossible. Il faudra donc dorénavant surveiller ses paroles et ses gestes, même dans des éléments sans incidence juridique, car ils peuvent être exploités par la suite par des gens qui cherchent à nuire à tout prix.

C’est vrai que la situation dans le pays est meilleure que celle qui régnait en Russie soviétique, car on ne peut pas engager les enfants à titre de « ‘ed medina », car sinon on aurait déjà rencontré des cas où une épouse aurait pu être convaincue de témoigner pour éviter une incarcération, ou un fils porter témoignage contre son père. La loi israélienne l’empêche, mais elle permet de témoigner à des gens proches, qui ont été durant de longues années des conseillers, qui savent tout sur leurs anciens patrons ; si un quelconque différent s’élevait entre eux ou une volonté pour échapper à des sanctions, ils pourraient dévoiler tout ce qu’ils ont vu durant des années  de travail en commun. Si un garde fidèle, une personne qui était censée être comme « une mouche sur le mur », ne voit pas, n’entend pas, ne sait pas, peut dévoiler des secrets de l’intérieur, et de plus avoir droit à des applaudissements de la part du public – alors la confiance entre les gens s’effondre.

Nous faisons toujours attention de bien préciser que nous ne sommes pas devenus des soutiens de Netaniahou, mais si la police a des preuves solides concernant des actes répréhensibles, qu’elle les présente à la justice. L’impression est qu’après toutes les nombreuses interrogations, des centaines d’enquêteurs qui ont fait le tour du monde, des millions de shekalim investis pour trouver une bribe de preuve, finalement, la police n’a rien ! Elle a juste trouvé quelques dénonciateurs auxquels il est très difficile de faire confiance, mais elle ne peut pas avouer son échec ; en conséquence elle cherche de plus en plus de tels témoins douteux. Les journalistes les plus importants qui connaissent ces témoins disent eux aussi qu’il s’agit de menteurs patentés, auxquels il n’est pas possible d’accorder la moindre confiance. Mais la police ne peut pas reculer, et cherche encore de telles personnes, avec l’espoir d’arriver à un résultat. Si elle avait investi ces millions à assurer une meilleure protection du simple citoyen face aux méfaits commis chaque jour, elle aurait effectivement apporté quelque chose à la société…

Comme l’a écrit rav Wolbe zatsal, il ne s’agit pas là d’une expression du phénomène d’appauvrissement des générations, mais d’un affaissement total des bases de la société. Il ajoute : « Toutefois, dans une telle situation, sur ‘Qui peut-on faire reposer sa confiance, sur notre Père Qui est aux cieux’, Celui Qui connait l’avenir des générations, et Qui est très certainement proche de note génération également, et, au contraire, ‘Je suis avec les derniers’ (Yechayahou/Isaïe 41,4), qui ont droit à une aide particulière, qui se fait sentir en cette période de préparation à la venue du Machia’h » !

4 Commentaires

  1. Belle analyse. Je pense pour ma part que Netanyahou aurait dû s’inspirer de la démarche de F. Mittérand. Le journaliste qui le tournait en dérision et dirigeait les informations de la deuxième chaîne de la télévision française, J-P Elkabbach, a été mis à la porte le lendemain de l’élection. Le président alors fraîchement élu n’a pas attendu que les principaux titres s’attachent à mettre en avant une incapacité à diriger, ni toutes sortes de problèmes qui l’auraient mis sous pression et peut-être disqualifié de la vie politique.

  2. Oï, mais c’est exactement tout le problème de la Droite en Israël, depuis sa première accession au pouvoir avec Mena’hem Bégin : par honnêteté, par gentillesse, par faiblesse peut-être aussi, ce dernier n’a pas voulu provoquer un changement dans le fonctionnariat ministériel, et remplacer les anciens fonctionnaires par des gens de son bord. Le système en souffre depuis lors.
    Au niveau des media, en fait, un tel changement est évidemment plus délicat, mais une partie des media radio et TV sont payés par l’Etat, et donc peuvent être remplacés à guise. Rien n’a été fait.
    Il en est de même, et pire encore, au niveau de l’appareillage judiciaire, dont il est possible actuellement de constater l’intense positionnement politique (quelque part à l’extrême-gauche).
    Quant à la police…
    En bref, pour résumer, nos Sages disent déjà : « Quiconque a pitié des gens cruels finit par emprunter une conduite cruelle envers les gens qui méritent la pitié » (Tan’houma Metsora’), car ces gens cruels qu’on a laissé en place finissent par détruire quiconque n’est pas d’accord avec eux…

  3. En fait votre article ne présente rien de nouveau et ces chamboulements sont déjà arrivés. La différence est la proximité de l’échéance des 6000 ans et une accélération de l’histoire depuis 1997. Si vous regardez bien en 21 ans il y a plus de remises en cause de diverses situations que depuis la fin de la seconde guerre mondiale ( économique militaire financière politique). Tout y est. Il y a eu aussi des bontés de la divinité sous la forme de TIKOUNIM pas compris par les populations. De plus la langue hébraïque évolue vite et il faudra éviter sa dégringolade et sa dénaturation comme d’autres langues plus anciennes dans leur utilisation. Donc en fait c’est en complément de ce que vous relatez et qui est le minimum syndical.

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