Auschwitz : les lycéens de la région Grand Est impressionnés par leur visite des camps

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Près de trois cents lycéens ont pu se rendre à Auschwitz en Pologne, grâce à la région Grand Est qui, chaque année, finance leur déplacement. Une journée complète dédiée à l’Histoire. Celle qui fait froid dans le dos.

« Ici, nous allons passer bien plus de temps que l’immense majorité des déportés. » Les lycéens s’observent sans bien comprendre. À Auschwitz-Birkenau, le camp de la mort conçu pour exterminer tous les Juifs d’Europe, les élèves savent pourtant qu’ils ne resteront qu’un peu plus de deux heures. L’après-midi, à deux kilomètres de là, ils seront sur le site d’Auschwitz 1. « Nous étions 1.500 dans notre transport », explique Ginette Kolinka, une ancienne déportée venue de Paris avec des guides du Mémorial de la Shoah, pour livrer sa parole. Et quelle parole pour cette femme de 94 ans aux mots fermes et au cœur bienveillant. « Sur ces 1.500, il y avait 800 femmes. 91 sont entrées dans le camp. » Dont Ginette, 19 ans en ce jour d’avril 1944. « Moi, j’ai eu de la chance. Je n’ai que ce mot pour expliquer. Car, chaque jour, la sélection se poursuivait. Les nazis avaient droit de vie et de mort sur nous. » Quinze mois de camp. Une arrivée de nuit au milieu de nulle part. Avec elle, son père, son petit frère de 7 ans et son neveu de 14 ans. De cette nuit, elle ne les a jamais plus revus.

Les mots et l’énergie de Ginette Kolinka ont traversé chaque lycéen présent. Et plus encore ceux des classes des lycées Fabert et Schuman de Metz qui ont eu la chance de l’avoir comme guide particulier.

Deux jours de suite, près de trois cents lycéens alsaciens, puis lorrains et champardenais ont découvert, une journée durant, Birkenau et Auschwitz. La région Grand Est, très attachée à cette transmission de la mémoire, finance chaque année ces déplacements à la suite d’un appel à projets auprès des établissements. Sur trente candidats, onze ont été sélectionnés en partenariat avec le Mémorial de la Shoah à Paris. Dans les bus, avant l’arrivée au camp, l’avertissement est sans appel. « Ceci n’est ni un voyage scolaire ni du tourisme. Vous avez tous signé une charte du respect. Nous vous demandons d’y veiller. » Sur place, les regards en disaient long sur l’émotion ressentie.

« Tout était bien pire »

« Dites-vous bien que tout ce que vous allez voir, tout ce que vous allez entendre sera toujours en dessous de la réalité, rappelle sans cesse Ginette. Car tout était bien pire. » Le ciel bleu du jour, la neige verglacée presque immaculée, le silence respectueux des visiteurs est trompeur. « Moi, quand je viens à Birkenau, je vois de la boue, des déportés creuser ces fossés, des nazis frapper des hommes à terre. J’entends leurs chiens hurler et les cris. Ni les mots ni les images ne pourront vous faire partager ce que j’ai vécu. On n’a pas idée de ce que les nazis ont pu faire par haine, de ce qu’ils nous ont fait supporter. Plus je vieillis, plus je suis horrifiée de ce que peut faire un humain à un autre être humain. »

Si, effectivement personne ne peut imaginer cette horreur, « chacun peut et doit faire savoir ce qui s’est passé », ajoute Véronique Marchet, présidente de la Commission formation professionnelle de la Région. « C’est pour cela que nous voulons emmener le plus de jeunes possible, qu’ils deviennent passeur de mémoire et témoignent. »

Laurence SCHMITT – www.estrepublicain.fr

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