Bannir les mariages mixtes

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A l’attention de nos chers frères, membres de la communauté des Boukharim à Queens, New York,

De la part du rabbi de Kalov.

Grâce à D’, depuis la période où vous avez été libérés de l’emprise du rideau de fer il y a environ trente ans, nous avons le privilège d’observer l’essor de votre prestigieuse communauté, et nous prions pour que D’ continue à vous prodiguer Son aide pour la suite. J’aimerais me pencher ici sur une terrible rumeur que m’ont confiée les rabbins de votre quartier, une brèche au sujet des mariages mixtes célébrés en public dans votre quartier.

La source du grave interdit pour les Juifs d’épouser des non-Juifs se trouve dans le verset suivant (Devarim/Deutéronome 7,3) : « Ne te marie pas eux ». C’est un commandement négatif, la mitsva n° 162 sur les 613 mitsvot de la Tora. C’est un interdit que les Juifs, au fil des générations, ont scrupuleusement veillé à ne pas transgresser ; même les Juifs qui transgressaient toutes les autres mitsvoth veillaient généralement à respecter celle-là. C’est uniquement après la Révolution française, en 1789, lorsque l’idée de l’égalité des droits et de l’union des peuples s’est répandue, que les mouvements réformés et la Haskala ont instillé l’idée que les Juifs sont comme les non-Juifs, et en conséquence, de nombreux Juifs d’Europe se sont assimilés.

J’ai entendu à ce sujet une histoire que la tradition attribue à Rabbi Baroukh de Medzibuz : il relate qu’un jour, il se trouvait avec son grand-père, rabbénou Israël, le Ba’al Chem Tov, chez un seigneur féodal non-juif et ce dernier dit au Ba’al Chem Tov : « Je ne comprends pas comment tu domines tous les désirs ». Le Ba’al Chem Tov lui répondit : « J’ai déjà vieilli et mon ardeur a baissé ». Lorsqu’ils quittèrent sa demeure, son petit-fils, rabbi Baroukh, lui demanda pourquoi il ne lui avait pas expliqué qu’il était Juif, et qu’en tant que tel, il avait des forces pour dominer les tentations. Et le Ba’al Chem Tov de répondre : « Il est difficile d’expliquer à un non-Juif l’essence du Juif ». Rabbi Baroukh relata cette histoire après la Révolution française, et une fois son récit terminé, il soupira et déclara : « Aujourd’hui, il est désormais difficile d’expliquer à un Juif l’essence du Juif. »

A notre époque, il semble qu’il soit devenu plus difficile d’expliquer aux Juifs éloignés le sens du judaïsme, et pourquoi il s’oppose avec tant de fermeté aux mariages avec les non-Juifs. En effet, après avoir assisté aux atrocités commises pendant la Shoah par une nation estimant que sa race devait dominer le monde entier, l’opposition à tout ce qui ressemble à l’affirmation de son identité s’est renforcée dans le monde. Et cela empêche de nombreux Juifs de s’insurger contre leurs frères qui s’assimilent.

Mais la vérité, c’est qu’il faut bien expliquer le fondement de l’interdit des mariages mixtes d’après les principes essentiels expliqués dans les versets du Tanakh et les propos de nos Sages, en particulier dans le Zohar à la Paracha Chemoth.

Nos Sages ont dit (Berakhoth 58b) : « Le royaume d’ici-bas est à l’image du royaume céleste », et en conséquence, lorsqu’on observe l’organisation d’un régime monarchique dans ce monde-ci, il est plus facile de s’imaginer la gouvernance du Roi céleste.

Le roi d’une nation a l’habitude de choisir les hommes servant dans son armée, il leur donne des vêtements particuliers et des armes pour accomplir leur mission. De même, le Roi céleste a choisi les Bené Israël pour être Son armée dans ce monde-ci, et ne leur donne pas une âme semblable à celle des autres. Il octroie à chacun d’eux une nechama, une âme élevée, grâce à laquelle le Juif peut maîtriser les désirs de ce monde-ci, servir le Créateur par l’accomplissement des mitsvoth, dévoilant par là le Royaume divin sur terre, et assurer le maintien du monde entier par les forces spirituelles. Et toute personne qui s’engage à accomplir les mitsvoth ou se convertit reçoit une âme dotée de sainteté.

Notons, en outre, que les militaires sont généralement rassemblés dans des camps spéciaux, pour éviter qu’ils soient attirés par toutes sortes de choses qui les empêcheraient de mener à bien leur mission. Ils sont bien considérés à ce titre en tant que serviteurs du roi et de la nation, et jouissent de droits et avantages particuliers toute leur vie. Mais si l’un d’entre eux en venait à retirer son uniforme portant les armoiries du royaume et désertait l’armée, il serait considéré comme un rebelle, portant ainsi une grande atteinte à l’honneur du roi. Il en serait gravement sanctionné en subissant une peine bien plus lourde qu’un homme resté dans l’armée sans se conformer aux règles de celle-ci. De même, le Juif se trouve dans l’armée du Saint béni soit-Il, sur laquelle pèse l’interdiction d’épouser des individus n’appartenant pas à « l’armée », et celui qui transgresse ce principe, considéré comme un déserteur de l’armée et rebelle au royaume divin, élimine ainsi la sainteté de son âme, et est gravement sanctionné.

A contrario, c’est grâce à leur fidélité à ce principe que les Bené Israël ont eu le privilège de sortir d’Egypte et de recevoir la Tora, car au cours des centaines d’années de leur séjour en Egypte, ils ne se sont pas assimilés aux Egyptiens, comme il est écrit (Chemoth/Exode 12, 41) : « Toutes les armées de D’ sortirent du pays d’Egypte en plein jour » : tous les membres de l’armée du royaume céleste sont restés avec D’. Et ensuite, le Saint béni soit-Il s’est adressé à eux : « Désormais, si vous êtes dociles à Ma voix, si vous gardez Mon alliance, vous serez Mon unique trésor parmi tous les peuples sur la surface de la Terre, mais vous, vous serez pour Moi une dynastie de Cohanim et une nation sainte » (parachath Yitro 19, 5-6).

Il faut donc vous renforcer sur ce point et enseigner à vos enfants que tous leurs ancêtres, pendant plus trois mille ans, se sont sacrifiés pour le Kavod Chamayim, l’honneur de D’. Même lorsque le mécréant Staline a interdit la pratique de la religion et entravé l’étude de la Tora et l’accomplissement des mitsvoth, les Juifs ne voulurent en aucune façon s’assimiler parmi les non-Juifs, et grâce à eux, vous savez aujourd’hui que vous êtes Juifs. Il est indispensable de vous conduire comme vos ancêtres à Boukhara : si, que D’ préserve, l’un d’eux se mariait avec un non-Juif, même sa famille s’éloignait de lui, et n’assistait en aucun cas aux mariages mixtes, pour éviter de participer à cette rébellion contre le royaume divin. Ils déployaient tous les efforts possibles pour éviter de tels cas. Vous épargnerez ainsi à vos ancêtres la douleur et la honte dans les mondes supérieurs, et accomplirez ainsi la mitsva de kiboud av, honorer son père.

Puisse Hachem D’ vous aider à récolter de la satisfaction et du bonheur, et beaucoup de réussite dans tout ce que vous entreprenez, et puissions-nous n’entendre que des bonnes nouvelles de votre part.

Rabbi de Kalov

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