ENTRETIEN. Il raconte l’itinéraire d’une djihadiste bretonne partie en Syrie

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Pas de légende enregistrée *** Local Caption *** Émilie König, la « bombe humaine » bretonne Le journaliste Olivier Barruel a suivi pendant trois ans cette Lorientaise convertie à un islam radical, qui est aujourd’hui emprisonnée en Syrie dans un endroit inconnu. Il publie un livre. Olivier Barruel est journaliste indépendant. Il a notamment travaillé pour Canal +, TF1 ou encore CNN. Il a rencontré Émilie König en enquêtant sur l’islamisme.

Le journaliste Olivier Barruel (il a travaillé pour Canal +, TF1, CNN, Arte,…) a suivi pendant trois ans Émilie König, une jeune Lorientaise qui s’est convertie à l’islam radical jusqu’à devenir recruteuse pour l’État islamique en Syrie. Il publie un livre, « La bombe humaine », qui retrace le parcours de cette djihadiste.

C’est l’histoire d’une jeune lorientaise devenue numéro 1 de la liste noire de la CIA. Émilie König, née à Ploemeur (Morbihan) en 1984, est l’une des premières femmes qui est partie en Syrie combattre pour l’État islamique. Le journaliste Olivier Barruel, journaliste indépendant, vient de publier un livre La bombe humaine : itinéraire d’une djihadiste, dans lequel il raconte trois années d’échanges avec l’une des femmes les plus dangereuses au monde, aujourd’hui enfermée dans un camp syrien dont le lieu est tenu secret.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé au parcours d’Émilie König ?

C’est arrivé par hasard. En 2012, je décide de m’intéresser à l’entrisme islamique dans la ville de Meaux avec une consœur. À l’époque, je sens qu’il y a un sujet, mais la montée du salafisme n’est pas d’actualité dans les médias et est considérée comme un sujet pour l’extrême droite. Je me suis donc retrouvé face à un vrai sujet… dont je ne pouvais pas parler. J’ai tout de même creusé et à force de m’intéresser aux convertis, j’en arrive à rencontrer Émilie König.

Comment cette Bretonne a-t-elle basculé dans l’islam radical ?

Quand on est une fille qui est née en Bretagne dans une famille déstructurée, on a conscience que l’on n’est pas grand-chose et qu’on est seule. Dans ce cas, le salafisme est magique car on se sent important, respecté. Au fil des échanges sur les réseaux sociaux et des rencontres, notamment de ses deux maris, elle est devenue une prédicatrice. Même si elle se défend de pratiquer un islam salafiste.

Pour écrire ce livre, vous l’avez côtoyé pendant trois ans, avez multiplié les rencontres avec sa famille, ses proches, des imams… Quels étaient vos liens ? Comment la décririez-vous ?

J’ai toujours eu de l’empathie pour elle, mais aussi de la sympathie, parfois. On a passé des journées assez longues ensemble : dès notre première rencontre, elle m’a confié son amour pour son fils Nassim. Je ne sais pas si on peut dire que c’est quelqu’un d’intelligent, mais elle maîtrise le Coran, connaît des mots en arabe… On sent que ça percute là-haut.

Vous avez également eu des discussions surréalistes avec cette jeune femme…

J’ai tout de suite été très prudent et j’ai bien fait car quelques mois après notre première rencontre, Émilie König m’a dit qu’elle avait envisagé de « me la faire à l’envers ». Une anecdote m’a particulièrement marqué : un jour, elle me fait remarquer que je ressemble à Charb [le dessinateur de Charlie Hebdo]. Je lui réponds que c’est plutôt un compliment, elle me dit « pas pour moi » et ajoute « il va lui arriver quelque chose ». C’était trois ans avant les attentats de Charlie Hebdo

Dès 2012, Émilie König, alias Samra, Morganne la Bretonne ou encore Ummu Tawwab fut aussi l’une des premières femmes à partir en Syrie. Quel était son quotidien ?

Tout ce que je sais, c’est qu’au début elle ne faisait pas grand-chose : surtout du ménage, des courses, les repas, s’occuper de son mari et un peu d’entraînement au tir. Ensuite, quand elle s’est mise avec son deuxième mari, il y a eu basculement : Émilie König a décidé de faire plus d’enfants et de devenir une combattante.

A-t-elle un temps projeté de commettre un attentat sur le sol français ?

Je n’en ai aucune idée, mais j’ai vraiment senti un changement dans son comportement lorsqu’elle a rencontré son deuxième mari. J’ai failli la rejoindre trois fois en Syrie pour mon reportage (Génération salafiste, diffusé en 2016 sur France 2). La dernière fois, on m’a dit que j’avais bien fait de ne pas y aller, car elle était encore plus radicalisée…

Elle est aujourd’hui enfermée dans un camp en Syrie. Avez-vous des nouvelles ?

Non, mais dernièrement je sais qu’elle a réussi à entrer en contact avec ses deux fils via Facebook, qui sont chez leur grand-mère à Lorient. Elle leur a demandé de venir la rejoindre. Sa mère m’a confié qu’elle est allée trop loin et ne veut plus en entendre parler.

Source www.ouest-france.fr

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