Fête de Chavou’oth 5779

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Fuir la jalousie

Rabbi Méir de Prémishlan zatsal avait l’usage de raconter à chaque fête de Chavou’oth, après la lecture du don de la Tora, une histoire survenue au rav Chimchon Wertheimer de Vienne.

Rabbi Chimchon était un proche du roi Léopold d’Autriche.

Un jour, le roi lui demanda pourquoi le peuple d’Israël était tellement enfoncé dans l’exil depuis si longtemps et quelle était la faute à l’origine de cette situation d’exil. Le rav réfléchit quelques instants et répondit : la raison de cet exil prolongé est due à la jalousie et à la haine gratuite. Mais le roi n’était pas satisfait de cette réponse : pourquoi une sanction aussi sévère aurait été décrétée pour cette faute ? De plus, où voit-on chez les Juifs cette jalousie et cette haine gratuite ? Le souverain lui ordonna alors de revenir quelques jours plus tard pour lui donner une réponse satisfaisante à ce sujet et dans le cas contraire, il se vengerait sur le peuple juif.

Lorsque rabbi Chimon entendit les propos du roi, il rentra chez lui et chercha à obtenir une inspiration divine : on lui indiqua du Ciel que la réponse qu’il avait donnée était la bonne réponse, et qu’il ne devait pas revenir sur ses propos, et du Ciel, on créerait les circonstances pour que le roi admette cette vérité.

Cette histoire eut lieu en début d’hiver et une neige abondante tombait. Ce jour-là, le roi partit avec ses ministres pour chasser des bêtes sauvages. Le groupe quitta la ville et entra dans la forêt, et chacun prit une direction différente à la recherche de proies. Le roi se lança à la poursuite d’une bête et ne remarqua pas qu’il errait et s’enfonçait de plus en plus dans les profondeurs de la forêt.

Au bout de plusieurs heures d’absence du monarque, les ministres et serviteurs en déduisirent qu’il était retourné au palais. Ils reprirent tous le chemin du retour vers la ville, mais le roi de son côté s’enfonçait de plus en plus dans la forêt. Au bout de quelques heures, il arriva dans un village, il se rendit d’une maison à l’autre et frappa aux portes en implorant aux villageois de le laisser entrer. Mais aucun non-Juif n’accepta de l’accueillir, redoutant qu’il soit un voleur.

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Le roi se dit alors : les Juifs sont dotés de compassion et de bonté, je vais essayer de frapper à leur porte. Dès qu’il aperçut une maison juive, il frappa à la porte et implora qu’on le fasse entrer, sachant qu’il souffrait terriblement du froid. Le Juif ouvrit immédiatement la porte et le fit entrer, il lui donna des habits secs et un repas chaud, mais le roi ne dévoila pas son identité. Il lui demanda s’il pouvait s’allonger dans un lit pour se reposer un peu, et cette demande fut également agréée. Le lendemain matin, il demanda à son hôte de louer une charrette pour rentrer chez lui. Il expliqua qu’il n’avait pas d’argent, mais qu’il ne l’oublierait pas et lui paierait tout ce qui lui revenait. Le roi retourna au palais et toute sa famille se réjouit beaucoup de le revoir.

Quelques jours plus tard, le roi envoya des émissaires pour chercher le Juif qui l’avait sauvé. Lorsque le Juif se présenta devant le roi, celui-ci lui demanda combien lui revenait pour le repas, la nuit et la charrette. « Prépare-moi la facture et je paierai », promit le roi et d’ajouter : « J’exaucerai également toutes tes demandes, car tu as fait preuve de bonté avec moi de m’avoir accueilli chez toi la nuit, me sauvant ainsi la vie. » L’homme ne répondit pas. Le roi poursuivit : « Voudrais-tu 5000 pièces, 10 000 ou 100 000 ? » Voyant qu’il ne réagissait pas, le roi reprit : « Souhaiterais-tu peut-être toutes mes vignes et mes champs ? » Le Juif ne répondit toujours pas. Les ministres du roi intervinrent alors : « Si tu n’acceptes pas les cadeaux, on te paiera uniquement la somme due. »

Le Juif répondit enfin : « Si votre majesté y consent, j’ai une demande : un Juif prénommé Reouven réside dans le village voisin du mien et vient chaque semaine dans mon village pour y acheter des marchandises et des peaux, et gagne ainsi beaucoup d’argent. Je demande à votre majesté de promulguer un décret lui interdisant pour toujours l’accès à mon village. » 
Lorsque le roi entendit ces propos, il répondit : « Je comprends désormais que rabbi Chimchon visait juste : la jalousie et la haine sévissant parmi les Juifs est très forte, et c’est la raison pour laquelle ils sont encore plongés dans l’exil. »

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Rabbi Méir de Premishlan zatsal relatait cette histoire chaque année pour prendre conscience que nous souffrons tant dans ce long exil en raison de la jalousie, un défaut répréhensible. Nos Sages, dans le traité Avoth, évoquent ce défaut qui est l’une des choses qui exclut l’homme du monde.

Nous voyons dans ce récit que l’homme aurait pu obtenir du roi une somme énorme grâce à laquelle il aurait vécu toute sa vie sans travailler, mais il perdit tout en raison de la jalousie qui brûlait en lui.

Mais une question subsiste : pourquoi le rabbi de Prémishlan relatait cette histoire spécialement à Chavou’oth ?

La jalousie provient d’une pensée hérétique, celle que la réussite de chacun dépend de la force de son poignet et de sa volonté, excluant de fait l’intervention de la Providence divine. Nous voyons à notre époque que plus la foi dans le Maître du monde diminue, plus l’esprit de jalousie et de concurrence se développe dans tous les secteurs de la société, entre pays, entre partis, entre l’homme et son prochain, entre l’homme et son épouse, au point qu’il devient le facteur décisif de toutes les décisions et actions. C’est le facteur des graves crises traversées par le monde moderne, dans la vie de famille, la vie des communautés et des pays.

Pour ce qui a trait à la jalousie, nous voyons clairement qu’un grand nombre d’hommes sont prêts toute leur vie à travailler péniblement, à consacrer toute leur énergie, leur temps et leur vie dans le but de gagner beaucoup d’argent, afin, par ce biais, d’acquérir un appartement et de beaux objets semblables à leurs voisins. Ils vivent du matin au soir dans le stress, n’accédant jamais au bonheur et à la sérénité.

Pour se prémunir contre la jalousie, il faut renforcer notre Emouna (foi) et notre Bita’hon (confiance) et prendre conscience que tout est soumis à la Providence divine. Un homme ne peut subtiliser à son prochain ce qui lui revient. Chacun reçoit sa part en fonction de ses besoins pour réaliser son rôle dans ce monde-ci.

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C’est munis de cette foi que les enfants d’Israël sont sortis d’Egypte, et ont acquis toutes les bonnes vertus lors du décompte du Omer, jusqu’à leur arrivée au désert du Sinaï où ils étaient déjà totalement unis, comme il est écrit : « Et Israël y campa » (Chemoth 19, 2). Nos Sages interprètent ce verset ainsi : « Comme un seul homme, d’un seul cœur. » Au même titre que la main gauche n’est pas jalouse de la main droite, et que le pied n’est pas jaloux de la tête, de même, les enfants d’Israël étaient un seul corps avec un seul cœur, n’éprouvant aucune jalousie les uns envers les autres.

C’est ainsi qu’ils ont eu le privilège de recevoir la sainte Tora : la Tora nous indique la voie de la Emouna pure. De cette façon, les Juifs qui étudient la Tora peuvent vivre une vie sereine dénuée de jalousie. Nous voyons que les Dix Commandements commencent par « Je suis l’Eternel votre D’ », et se conclut par : « Vous ne convoiterez pas » : toute personne qui renforce sa foi finit par éliminer en lui la convoitise et la jalousie.

L’influx de cette Emouna se déverse du Ciel chaque année au moment du don de la Tora lors de la fête de Chavou’oth. C’est pourquoi le rabbi de Prémishlan relatait chaque année à Chavou’oth cette histoire qui incite à s’éloigner de la jalousie. En cette période, il convient de se renforcer sur ce point, et on accélère ainsi la venue de la Gueoula.

Mais le Yétser Hara, le mauvais penchant, s’évertue à faire fauter les Juifs dans ce domaine afin qu’ils transgressent l’interdit de ne pas convoiter. Chacun s’engagera à augmenter son étude de la Tora et à étudier un cours sur des textes de Moussar (éthique juive) sur le thème de la Emouna et de la rectification des Midoth. On pourra ainsi se libérer de la jalousie et mériter de bien vivre dans ce monde-ci et dans le monde à venir, comme l’enseignent nos Sages : tout homme qui manifeste de la bienveillance jouit [du fruit de ses bonnes actions] dans ce monde-ci et hérite du monde futur.

‘Hag saméa’h !

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