Gros plan sur les Juifs de Géorgie…inassimilables !

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Il subsiste encore aujourd’hui beaucoup de confusion sur l’origine des Juifs de Géorgie au Caucase. Cependant, il reste bien établi qu’ils forment une ethnie bien distincte de tous les autres juifs de l’ex Empire soviétique.

D’après leur tradition, les juifs géorgiens, qui se dénomment eux- mêmes ‘Guriyim »(en hébreu, pluriel de gour : lionceau, probablement d’après l’emblème de la tribu de Juda), font remonter leur origine aux dix tribus d’Israël, déportées en exil par Salmanassar, roi d’Assyrie (8ème siècle av. E.C.). Cependant, une autre version veut que leurs ancêtres relèvent plutôt des exilés du royaume de Judas, sous Nabuchodonosor, roi de Babylonie, ce qui corroborerait l’étymologie du Guriyim.

Le Talmud fait mention d’une communauté juive en Géorgie, et dans le livre Roch-ha-chanà, il est question d’un voyage qu’y aurait fait Rabbi Akivà. De toute manière, l’établissement de juifs dans cette contrée remonte à une époque très ancienne. Une des premières traces est trouvée dans l’Histoire de l’Arménie de Moïse de Khoren, considéré comme le père de la littérature arménienne, qui aurait vécu au 5ème siècle, bien avant la conversion au christianisme des populations caucasiennes. D’après cet ouvrage, la famille Bagrat, qui donna plusieurs rois à la Géorgie et à l’Arménie, était issue de Juifs nobles de la tribu de Judas, de même que plusieurs autres familles de l’aristocratie géorgienne.

Il y a aussi des traces historiques de liens étroits entre les juifs géorgiens et ceux de l’empire des Khazars entre les 9ème et 11ème siècles. L’historien séphardi Abraham ibn Daoud fait état du profond attachement des juifs géorgiens à la culture biblique, et le célèbre voyageur Benjamin de Tudèle se penche longuement sur leur situation. En 1270, le grand voyageur vénitien Marco Polo, dans son ouvrage « Il milione », ne manque pas, lors de son passage dans le Caucase, de constater l’influence des marchands juifs dans les villes de Géorgie.

Une communauté relativement préservée et inassimilable

Ayant vécu en bonne harmonie avec le reste de la population jusqu’au début du 15ème siècle, les juifs de Géorgie connurent ensuite l’oppression et même des persécutions, aussi bien des chrétiens que des musulmans, les obligeants souvent à l’assimilation ou à l’exode.

Au début du 19ème siècle, la Géorgie fut annexée par la Russie. Sous le régime impérial, les juifs furent traités en parfaite égalité avec le reste de la population, sans être nullement assimilés aux mesures discriminatoires qui frappaient tous les Juifs de l’empire moscovite. Cependant, l’anti-judaïsme russe devait bientôt s’étendre sur les Juifs géorgiens aussi. En 1835, une mesure d’expulsion à leur égard dut être annulée grâce aux violentes protestations locales, qui ne voulaient pas se séparer de ceux qui jouaient un rôle important dans l’économie. C’est ce qui mit les juifs géorgiens à l’abri des brimades et des pogroms, dont souffraient tous les juifs de Russie.

Bien que depuis l’avènement des Soviets de nombreux contacts se développèrent avec les autres communautés de l’ex URSS, celles de Géorgie restèrent attachées à leurs propres traditions et coutumes. Non seulement elles se distinguent par la langue géorgienne, alors que le yiddish y est inconnu, mais, ce qui est remarquable, c’est qu’elles ont aussi une littérature bien à elles.

Etant restés réfractaires au collectivisme, les Juifs géorgiens ont délaissé les activités agricoles, en affluant vers les grands centres. S’étant avérés inassimilable au régime soviétique, ce sont eux justement que le Kremlin avait préféré placer en priorité pour l’octroi des premiers visas d’émigration vers Israël. Leur nombre se situait aux environs de 80.000 dans les années 70 ; les nombreux départs en Israël et ailleurs, surtout depuis le démembrement de l’Union Soviétique, ont réduit ce nombre à quelques milliers.

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