Ikéa en version orthodoxe

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Les journaux (Yedi’oth en Israël, puis divers grands titres en France) crient au scandale : Ikea retire les femmes d’un catalogue destiné aux juifs ultra-orthodoxes !

Cette version est bien différente de la version israélienne classique, car aucune femme ni fillette n’apparaît dans ses pages.

On peut lire sur le site de Francinfo :

Une curieuse version du catalogue Ikea est apparue en Israël, à destination de la communauté juive ultra-orthodoxe (ou ‘harédim). Plusieurs observateurs ont en effet souligné l’absence totale de femmes et de fillettes dans les photographies de présentation. Cité par Libération, le quotidien israélien Yediot Aharonot (article en anglais) évoque ainsi « un monde imaginaire où des garçons sont élevés dans une société uniquement masculine ».

Un texte d’accompagnement d’un bureau invite à « profiter de la convivialité familiale », ce qui plonge le quotidien israélien dans la perplexité, en l’absence de femmes dans cet univers reproduit sur papier glacé. Le catalogue israélien classique, lui, est bien différent de la version destinée à la communauté ‘harédim, qui représente 11% de la population du pays, soit quelque 930 000 habitants. Les ‘harédim observent une stricte séparation entre les hommes et les femmes, et estiment que les photos de femmes peuvent « pervertir » les hommes.

Ikea présente ses excuses : « Nous nous rendons compte que les gens sont contrariés, et que la publication n’est pas fidèle aux principes d’Ikea, ce que nous regrettons, a commenté Shuky Koblenz, responsable des ventes dans le pays, cité par l’agence Religion News Service (article en anglais). Nous veillerons à ce que les futures publications reflètent les principes d’Ikea, tout en témoignant du respect pour la communauté haredim. »

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Inutile de dire que tout ceci est stupide, et émane d’une société où le fait que les femmes soient présentées pour attirer le client et augmenter la vente, donc chosifiée, ne choque plus. Sans parler du fait que toute la société occidentale moderne s’adonne à la vision de l’esthétique et du beau, pour des raisons que nous n’avons pas besoin de préciser ici…

Quand une autre société tente de se contenir dans ce domaine, quel scandale !

 

Mais notons tout de même quelques réactions positives sur le site en question :

Rufina •

…Après, ici, ça se passe en Israël : c’est leur problème à eux. On ne peut dicter aux autres quoi faire, cela ne nous concerne pas. Le peuple israélien est libre de décider ce qu’il veut faire, si c’est autorisé… Que nous soyons d’accord ou non.

nouh •

Encore une belle démonstration de l’hypocrisie des industriels prêts à tout pour vendre leurs produits quitte à valider les plus ignobles imbécillités des religions les plus intégristes de cette planète!

Lesepis •

On se doute bien que ce qui importe à Ikea n’est pas de blesser ou pas, mais de vendre. Mais, tout de même, pourquoi ceux qui ne veulent voir de femmes nulle part en dehors de chez eux (ni dedans d’ailleurs puisqu’elles ne doivent pas apparaitre dans des scènes de famille), achètent-ils des objets à une entre prise suédoise, quand on sait que les scandinaves sont les gens les plus libérés de l’Occident quant à la nudité et que chez eux, l’égalité entre hommes et femmes est une des plus réelles ?

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Bien entendu, le principe même qui nous dirige n’est pas compréhensible par des gens extérieurs à notre communauté. Ils voient de l’intégrisme là où il n’y a qu’un peu de retenue. Et imaginent que notre société vit sans femmes, ce qui est évidemment une absurdité sans nom : ce n’est que de la place publique, de l’appel via leur apparence, qui est mise de côté, mais évidemment pas les femmes en elles-mêmes.

 

Une mauvaise rencontre de plus entre les deux mondes !

6 Commentaires

  1. Oui, ce catalogue sans femme est un scandale, même pour la plupart des Juifs religieux ! Comment peut-on comparer les femmes tsenou’oth, modèles de nos enfants, avec les mannequins dénudés des publicités ?! Ce genre de catalogue malheureusement n’est qu’un symptôme d’une « maladie » ou d’une « peur » qui ronge certains hommes. La Halakha interdit-elle plus la représentation de la femme que de l’homme ?

    • Question : que dire si tous les rabbanim de la génération sont d’avis qu’il faut éviter de faire paraitre des photos de femmes sur des journaux et des publications ? Et si tous les journaux orthodoxes respectent cette règle ? Si ces rabbanim l’ont fixé, c’est qu’ils considèrent que telle est la Halakha.
      Du reste, même Ikéa comprend que telle est la règle dans ce public – avec son million de personnes en Terre sainte.

  2. Ne pas mettre de photos de femmes dans un journal orthodoxe est une chose, exiger qu’un catalogue de meubles publient une version sans femmes en est une autre.
    Pour ce qui est d’Ikea, ils ne comprennent rien du tout si ce n’est l’intérêt financier.

  3. Il y a trop de confusions dans cette « polémique » pour en tirer quoi que ce soit de potable.
    Le postulat de base est indéniablement le suivant: IKEA – comme d’autres fabricants dans électroménager -présente des « scènes de vies ».
    Or on constate deux attitudes assez grossières:

    1/Ce qui choque, pour ceux qui ont compris ce principe, c’est que à l’évidence les femmes sont retirées de ces scènes par les « barbus », ces « extrémistes » misogynes.
    Donc: Elles disparaissent de la vie familiale.
    Énorme raccourci certes, mais tout le monde peut le comprendre. Oui tout le monde: disparaître n’est jamais agréable – même sur un catalogue publicitaire; et c’est le premier pas vers l’effacement social (qui le nierait ?). Qui souhaite en outre que nos femmes soient transparentes ou muettes ? Cette moitié de l’humanité, et la moitié de notre peuple mérite à tout le moins une place et une représentation qui dépasse les multiples barrières (fruit de l’histoire et de ses écarts désastreux certes) que nos rabbanim ont érigé au fil des siècles.
    Doit on rappeler comment nos « cousins » ismaélites ont fait dériver cette notion de tsnoua ?
    Il nous faut être vigilant donc.
    Or la réponse du monde orthodoxe est encore une fois, si vous me le permettez, à côté de la plaque. Au lieu de prendre en compte cette réaction épidermique de la plèbe, on va encore une fois engager un dialogue de sourds: halakh’a, mekorot, histoires édifiantes de gdolim etc.
    Impact: ZERO (si ce n’est rajouter du bruit inutile).

    2/ Pour ceux à présent qui crient au scandale contre le scandale: IKEA est une entreprise commerciale, elle doit séduire ses prospects et en faire des clients. Question: comment rameuter la frumkeit ? En y respectant les « codes ». Basta. Ce n’est que par pur « conformisme » qu’ils ont engagés des modèles masculins (là aussi belle « chosification » mais étrangement qui ne choque personne). Il ne faut y voir aucune connivence avec la h’alakha ou quoique ce soit. Ce n’est pas le sujet d’IKEA. Et les personnes contentes de voir un catalogue de ce type n’ont pas compris a quel point ils sont piégés et se méprennent-également.
    3/ Enfin, il serait très naïf de croire que retirer l’image de la femme de la place publique serait inoffensif et ne retirerait rien de sa place dans la société. Autant que de croire que voir une femme, même habillée de manière pudique, puisse amener débauche et luxure auprès de nos chers frères si purs et si fragiles.
    Sans tomber sur le sempiternel affrontement stérile (et peu innocent) de féminisme vs. phallocrates, il est nécessaire de gagner en sérénité de part et d’autres sur le problème (parce que c’en est un, la preuve) de la place de la femme dans la Tradition juive et de se représentation.
    Les énergies devraient donc plutôt être investis là dessus plutôt que s’envoyer à la figure des invectives qui dissimulent les vrais sujets.

    BiVrakh’a

    • D’abord, nous avons fait paraître dans un autre article, plus récent, le fait que le directeur de Ikea Israël est un orthodoxe, qui tient au respect du Chabbath et à la cacherouth de tout haut niveau dans le restaurant qui y est ouvert. De la sorte, il a le droit de faire ce qu’il entend, s’il veut attirer le public qui est le sien – 1 million de personnes dans le pays.
      Sur le fond, les grands rabbanim sont d’avis qu’il n’y a pas à présenter des femmes sur les publicités, ou dans les journaux. Le « monde » peut ne pas comprendre cette position, mais cela n’est pas notre problème : Kountrass accepte cette décision, et l’applique – à l’image de tous les journaux orthodoxes.
      Nous sommes mariés, nous respectons nos épouses et nos filles, qui sont, toutes, très heureuses du système dans lequel elles vivent et grandissent, sans ressentir la moindre rancoeur du fait qu’elles ne soient pas mises en avant sur la place publique (journaux et autres). Si d’autres ont des complexes de ce fait, nous les invitons cordialement à rencontrer l’un ou l’autre des rabbanim – ou plutôt des rabbanioth – pour tenter de comprendre cette conception.
      En revanche, ce qui est inquiétant, c’est l’interdiction absolue qu’on nous assène de nous conduire autrement. Messieurs, faites attention, vous êtes rentrés dans une dynamique plus qu’inquiétante…

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