«Il regarde la terre, et elle vacille.» (Téhilim/Psaumes 104,32)Editorial 123
Kountrass News nº 123 - Chevat 5770 / Janvier 2010
«Il regarde la terre, et elle vacille.» (Téhilim/Psaumes 104,32)Rav Henri Kahn Une fois de plus, le monde est troublé, choqué par le cataclysme qui a frappé Haïti, et en particulier sa capitale, Port au Prince. Ne parle-t-on pas de plus de 100.000 morts, d'un nombre incalculable de blessés, de sans-abri, de personnes qui ont tout perdu, y compris leurs proches et leurs amis. Comment comprendre un tel drame ? Les personnes religieuses que nous sommes doivent se sentir d'autant plus concernées par une telle interrogation qu'effectivement nous sommes parfaitement convaincus du fait que tout ce qui se passe dans le monde est sous contrôle ! Il sera inutile de rapporter ici les nombreux versets qui le prouvent, ou de citer les affirmations de nos Sages qui le confirment. Mais alors, pourquoi ? Il est une chose que l'esprit déteste - et surtout l'esprit français -, c'est que l'on se permette de se mettre à la place de D. ! Que l'on sache pourquoi Il agit de telle ou telle manière, et que l'on se permette de mettre le doigt sur les causes de tels phénomènes - cela révulse. Etes-vous prophète ? Par exemple, un « télévangéliste » américain du nom de Pat Robertson a commis l'erreur de dire que le peuple de Haïti a fait pacte avec les forces du mal à l'époque où il s'est levé contre la France, du temps de Napoléon. En conséquence, depuis lors la pauvreté s'est appesantie sur ses habitants, et voici un coup dramatique qui vient les punir de leur erreur. A dire vrai, c'est une thèse assez répandue dans le monde, et certains hommes de religion, à Haïti-même, n'hésitaient pas à affirmer, longtemps avant le drame actuel, que la partie de l'île où se trouve Haïti est «détestée de D.», alors que l'autre partie, la république de St Domingue, vit dans le calme et la prospérité. Donc non, nous ne pouvons pas nous engager dans une telle voie. Alors, est-ce à dire que de tels drames peuvent se produire sans qu'il y ait de raison apparente, sans que nous puissions en tirer une leçon qui puisse nous concerner ? Une telle option est également inadmissible : tout ce qui se passe dans le monde doit avoir un sens, doit détenir un message. Un élément incontestable s'impose à l'esprit de toute personne honnête : Haïti est l'un des pires endroits du monde dans le domaine des mours (c'est aussi l'un des lieux où la sorcellerie à base de sacrifices d'animaux - le fameux vaudou - continue à être pratiquée) ! Il se peut du reste que ce soit par l'intermédiaire de ce pays que la pandémie du Sida se soit développée, et ait atteint le reste du monde (cf. entre autres Paul Farmer - «Sida en Haïti») ! Or le Talmud de Jérusalem (Berakhoth 64a) indique que les conduites contre nature des hommes sont l'une des raisons de tremblements de terre. Mettons côte à côte cette indication de nos Sages, dont l'inspiration divine ne fait doute pour aucun Juif pratiquant, et cette dramatique réalité dont nous sommes témoins : il nous semble qu'il n'y a pas besoin d'ajouter de commentaires, ou d'appréciations personnelles. Mais, nous rétorquera-t-on, les pauvres, ne sont-ils pas plongés dans une misère critique, ne vivent-ils pas dans des conditions horribles, que peuvent-ils faire ? La tentation n'est-elle pas terrible ? La question est de savoir d'où provient cette pauvreté, quelle en est la source ! En effet, le verset dit (Michlé/Proverbes 6,26) : «Car pour une prostituée on peut être réduit à une miche de pain», nos Sages (Sota 4b) en déduisent que toute personne qui tombe dans l'usage de services de cet ordre connaîtra la pauvreté. Un second verset confirme ce thème (id. 29,3, cf. Maharcha sur Sota ad loc.) : «Celui qui régente des prostituées perd sa fortune.» Il ressort de ces textes que la débauche peut entraîner une société à tomber dans la pauvreté ! Bien entendu, on trouvera de nombreux proxénètes qui vivent dans l'opulence, mais l'avertissement qui apparaît dans ces textes semble montrer que, de manière générale, pris ici face à un pays entier, peut être la source de la pauvreté terrible que connaissent les habitants de cette île. Qui sait, peut-être est-ce justement l'état moral délabré de ce peuple qui l'a précipité dans cette terrible indigence, et non point le contraire !? Il est vrai toutefois que la réputation de la République dominicaine, qui occupe l'autre partie de l'île, n'est pas meilleure que celle de Haïti (et il y aurait bien d'autres lieux de perdition de par le monde à citer), mais nous avons bien dit que nous n'avons pas la prétention de comprendre les Voies du Seigneur, qui nous dépassent totalement, mais juste tentons de comprendre pour notre propre gouverne le message qui peut émaner d'une telle catastrophe «naturelle», et quelles peuvent être les raisons d'un tel cataclysme. Une telle démarche ne peut pas être évitée, de peur d'en arriver à penser que le monde tourne sans Maître. C'est ce que dit rabbi 'Aqiva (Béréchith Rabba 26) sur le verset (Téhilim/Psaumes 10,13) «Pourquoi l'impie outragerait-il D., dirait-il en son cour que Tu ne demandes aucun compte ?», pensant qu'il n'y a pas de Juge, ni de Justice. Mais non, conclut ce grand Sage, il faut savoir qu'il y a un Juge, et que tôt ou tard arrive le jour où il faut payer. |

