Vaad Harabanim

Halakha
Halakha Kountrass News nº 123 - Chevat 5770 / Janvier 2010

Tou biChevat

Tou biChevat est connu pour être la « fête des arbres », ou le « Roch haChana » des arbres.

Les arbres d'Erets Israël font-ils la fête ? Qu'est-ce que cela signifie ?

C'est la date du 15 qui a son importance dans la Halakha - sans qu'il s'agisse d'une grande fête, toutefois, comme nous allons le voir. Pour nous, l'essentiel est que nous ne disons pas ce jour-l àTa'hanoun (les supplications journalières dites après la Tefila), ni la veille, dans l'après-midi.

Quelle est donc cette notion de Roch haChana des arbres ?

La Tora a fixé un certain nombre de dîmes et de prélèvements que l'on doit effectuer sur les produits agricoles qui poussent en Terre sainte - ceci formant en fait les seuls impôts directs qu'il fallait verser en ce temps1. Il s'agit de quatre sortes de prélèvements :

- deux d'entre eux sont destinés à la tribu des prêtres2, les Kohanim (Trouma guedola, et Troumath Ma'asser donnée par les Léviim - nous ne parlons pas ici de la 'Hala, car ce prélèvement destiné également aux Kohanim n'est obligatoire que sur la pâte).

- le Ma'asser (qui signifie le dixième) est destiné aux seuls Léviyim, mais dont ceux-ci doivent eux-mêmes prendre un dixième pour le donner aux Kohanim (Troumath Ma'asser).

- le Ma'asser Chéni est destiné aux propriétaires eux-mêmes, mais il ne peut être consommé qu'à Jérusalem (les fruits, ou leur valeur) - ce qui oblige ces propriétaires à se rendre dans la ville sainte, leur nourriture étant de la sorte assurée (il y a encore d'autres encouragements à cela, en particulier les Bikourim).

- le Ma'asser 'Ani, la dîme destinée aux pauvres. Ceux-ci sont aidés de cette manière, mais l'année de Chémita leur permet également (une fois tous les sept ans) de trouver plus facilement de quoi se nourrir. Toutes les autres années, un certaine partie des récoltes leur est aussi attribuée (Péa, Leqet, Chikh'ha, et autres).

Ces deux derniers prélèvements sont imposés en alternance : deux ans de Ma'asser Chéni, et un an de Ma'asser 'ani, puis à nouveau deux ans du premier, et un an de prélèvements qui reviennent aux pauvres, avant la Chémita.

C'est du fait de cette alternance dans les Ma'asseroth qu'une date de séparation entre les prélèvements3 était nécessaire : jusqu'à un jour auparavant, les prélèvements exigés sont ceux de Ma'asser Chéni, et le lendemain, ce sont les pauvres qui seront servis. Voici le sens précis de la date de Tou biChevat - qui représente finalement une date technique.

Bien sûr, la même nécessité se présente pour les légumes, car pour eux aussi, on distingue les années de Ma'asser Chéni de celles de Ma'asser 'Ani, mais leur date de changement est Roch haChana et non Tou biChevat. Seconde différence, pour les légumes, c'est le moment de leur collecte sur le terrain qui est important : un jour avant Roch haChana, on prélèvera de ces légumes le Ma'asser de l'année en cours, et le lendemain de la fête, on passe au Ma'asser de l'année suivante. Mais pour les fruits, la date qui compte est celle où les fruits sont arrivés au tiers de leur pousse (plus précisément, au moment de la «'Hanata») : si les oranges mettent trois mois à grossir, il faudra vérifier où en sont les fruits au bout du premier mois, avant ou après Tou biChevat.

Tou biChevat est également la date qui compte pour la fin d'une année de 'Orla sur les trois années où les fruits de jeunes arbres ou d'arbres replantés sont interdits, et, selon certains, pour la fin de la Chémita des arbres.

Pourquoi nos Sages ont-ils choisi cette date ? C'est qu'à Tou biChevat, la majeure partie des pluies de l'année sont déjà tombées, et que les fruits ont déjà reçu suffisamment de sève pour pouvoir continuer à pousser de manière indépendante.

En conclusion, Tou biChevat est une date importante dans le domaine de la pratique des Mitswoth dépendant de la Terre sainte. Finalement, sans vouloir en diminuer l'importance, n'est-ce pas une date à comparer à. celle de la fin des déclarations d'impôt ?

Comment est-ce devenu un jour de fête - toutes proportions gardées ?

Le fait est que déjà Rabbénou Gerchon Meor haGola et le Maharam de Rottenbourg indiquent que l'on ne pourra pas jeûner en ce jour et que l'on ne dira pas de Ta'hanoun.

Le Talmud de Jérusalem (fin de Qidouchin) dit déjà que l'on devra rendre des comptes si l'on a vu des bons fruits et que l'on n'en aura pas profité. Rabbi Eli'ézer, précise-t-on dans ce traité, faisait des économies pour en manger une fois par an, et le commentaire Zait Ra'anan explique que c'était à Tou biChevat.

Les qabalistes ont introduit l'usage de manger quinze fruits, et un «Sidour» de Tou biChevat a été introduit par la suite.

Il est rapporté également que c'est un jour où la personne est jugée en ce qui la concerne dans le domaine des arbres - et que c'est le moment de prier pour trouver un bel Etrog !

D'une manière ou d'une autre, rappelons-nous en ce jour les Mitswoth dépendant de la Terre sainte - et ce, d'autant plus qu'à notre époque, nous avons la possibilité de les accomplir avec tant de facilité. Il faut juste apprendre comment les respecter et les aimer. Même à l'étranger, nous avons la possibilité - voire le devoir ! - de prélever les dîmes des fruits en provenance d'Erets Israël4 !


(1) En dehors du dixième des gains que chaque Juif se doit de prélever des gains de son travail et de consacrer à des bonnes ouvres, principalement à soutenir l'étude de la Tora.

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(2) Ce sont eux qui, à la base, sont censés enseigner la Tora au peuple juif et leur indiquer la voie à suivre, «C'est que les lèvres du pontife doivent conserver la connaissance ; c'est de sa bouche qu'on réclame la Tora» (Malakhie 2,7). Il s'agit donc d'un impôt destiné à soutenir la Tora dans le peuple juif.

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(3) A dire vrai, nous simplifions les choses : il est impossible de prélever le Ma'asser Chéni de la première année en même temps que celui de fruits de la seconde année, tout comme il n'est pas possible de prélever le Ma'asser Behémoth, la dîme qu'il faut prendre sur les animaux et remettre au Kohen - du troupeau d'une année sur l'autre. La date de séparation dans ce dernier cas est le 1er Eloul.

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(4) Rappelons ici que rav Eliachiv est d'avis que l'obligation des prélèvements des Ma'asseroth est tout autant valable, même si les fruits ont été exportés à l'étranger. A bien plus forte raison même : si en Erets Israël, divers groupes rabbiniques se chargent d'effectuer ces prélèvements, nul ne le fait sur les fruits destinés à l'exportation, puisque la majorité de la production est destinée à des non-juifs - pourquoi, dès lors, ne pas prélever un peu plus d'un centième et de le jeter.

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