Vaad Harabanim

Du bon usage de la trahison.
Editorial Kountrass News nº 124 - Adar 5770 / Février 2010

Du bon usage de la trahison.

Rav Henri Kahn

Israël s'est réveillé un beau jour, et a découvert qu'un Juif d'Afrique du Sud, juge en son pays, venait de rédiger un rapport accablant contre le pays, décriant une opération militaire des plus légitimes que l'on puisse imaginer, celle d'un pays soumis depuis quelques années à des attaques incessantes contre ses citoyens par voie de missiles Kassam et autres engins mortels. Israël voulait assurer la sécurité de ses citoyens - quoi de plus normal ?

Mais non : Goldstone n'a pas compris cela, il a accumulé les reproches contre Israël, montré les exagérations, trouvé des exemples de mauvaise conduite, et les conclusions sont là. Israël est à condamner et les responsables de l'opération Oféret Yetsouqa sont à traîner devant les tribunaux internationaux.

Mais, dira-t-on, la critique est-elle interdite ? Faut-il accepter toutes les déviations et toutes les conduites criminelles des dirigeants du pays, et de ses soldats sans broncher ? Où est le droit à l'expression démocratique d'autres conceptions ?

Certes, mais la question est de savoir si les informations en question sont objectives et permettent de tracer un tableau général de la situation, ou si elles sont formées de bribes éparses et tendancieuses, que l'on ramasse afin d'amener à une conclusion forcée !

Car, à présent, il s'avère que ce rapport n'a pu être bâti que grâce aux informations livrées depuis une dizaine d'années par divers groupes locaux, des associations d'apparence a priori saine, mais qui sont financées toutes par une fondation américaine, le Kéren ha'Hadach leIsraël. En hébreu, le Kéren s'appelle « la nouvelle fondation pour Israël ». Mais en anglais, il y a une nuance de plus : la fondation pour un Israël nouveau ! Grande différence - sans doute choisie pour ne pas choquer les gens en Israël, mais le titre en anglais montre clairement quelles sont réellement ses velléités.

Les groupes promus par ce Kéren, ou plutôt ces groupuscules, reposent sur quelques individus au plus, mais leur travail est redoutable ! Bethsélem, par exemple, collecte tout faux pas israélien et le proclame aux oreilles du monde entier, dès qu'il en est informé. Et le reste des groupes en question à l'avenant, ainsi que le lecteur pourra le constater dans l'article que nous avons consacré à cette importante découverte. Ainsi donc, ce n'est que grâce aux informations que livrent tout au long des années des organisations toutes financées par ce Kéren ha'Hadacha que le rapport Goldstone a pu voir le jour. Surprenant, non ?

Nul ne peut dire que tous ces gens ont fonctionné la main dans la main. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit : simplement, le Kéren, dirigé en Israël par Noami 'Hazani, l'ancienne député de Mérets (oui, ce groupe politique d'extrême-gauche), et reposant sur des fonds étrangers, a financé des organisations qui ouvrent avec acharnement pour rassembler toutes les informations négatives possibles contre Israël et les faire connaître au monde entier (n'hésitant pas non plus à s'en prendre au judaïsme orthodoxe), et Goldstone a profité directement de ces informations (92 % des critiques qu'il rapporte ont pour origine des nouvelles livrées par ces groupuscules).

Non, il ne s'agit que d'une mouvance globale, et le fait qu'elle travaille de connivence ou non n'a pas d'importance.

Mais sur le plan de la Halakha, tous ces individus font partie d'une seule et même catégorie : ce sont des «Mossrim», des délateurs !

Quand, après la destruction du Second Temple, le nombre de délateurs est devenu par trop important dans le sein du peuple juif, nos Sages, alors que le Sanhédrin résidait à Yavné (Rachi Ta'anith 13b), ont ajouté aux 18 bénédictions qui composaient la « Chemoné Essré » une dix-neuvième « bénédiction » (il s'agit plutôt d'une malédiction, mais c'est que la traduction en français pèche quelque peu : chaque bénédiction est en fait une prière, et celle-ci vise à prier pour que l'Eternel ne laisse aucun espoir aux personnes de notre peuple qui cherchent le mal de leurs frères), celle concernant les délateurs, et tous les faiseurs de mal (Berakhoth 28b).

Sur le plan de la Halakha, si la peine capitale ne peut être appliquée depuis le jour où le Sanhédrin s'est retiré du mont du Temple, il est resté un domaine où tout est permis, y compris de condamner à mort les personnes se rendant coupables de telles fautes et de les exécuter : ce sont les Mossrim, ces gens qui, tout au long de notre longue et dure histoire, ont livré nos secrets aux goyim et ont mis en danger la communauté !

Voici ce qu'en dit le Choul'han 'Aroukh ('H. M. 488,10) : « Il est permis de tuer un Mosser même de nos jours. Ceci est valable même avant qu'il ne s'exécute, mais qu'il a juste déclaré vouloir dénoncer quelqu'un et mettant sa vie en danger, ou même son argent, fut-ce une petite quantité - dès lors, il se met dans une situation où il sait qu'on peut le mettre à mort. On le met en garde et on lui dit : « Ne fais pas cela », et si lui confirme sa volonté, disant qu'il dénoncera, c'est une Mitswa de le tuer, et toute personne qui se dépêchera de le faire aura le mérite de cet acte. » Précisons bien que cette obligation n'est pas applicable de nos jours - nous ne voulions ici que démontrer à quel point la délation est l'un des actes les plus graves que l'on puisse commettre.

Or c'est exactement cela que font ces gens : il est vrai qu'il est important qu'il y ait une critique dans un pays - et admettons que la leur soit objective - mais de là à la proclamer dans le monde entier ?! Dénoncer les nombreuses installations juives dans les territoires aux yeux des nations, parler des vexations que l'armée ferait subir aux Arabes, condamner les actions des soldats durant l'opération Oféreth Yetsouqa alors que tout le monde sait qu'il aurait été possible de tout détruire au napalm, mais qu'Israël, au contraire, a risqué la vie de ses jeunes pour éviter une telle action, pourtant employée par tous les autres peuples de la terre, les Américains en premier !

Dans le débat public qui s'est développé depuis lors, il semble bien que le côté délateur de ces personnes n'a pas été suffisamment mis en exergue.

Mais en tout cas, au moins, les méfaits des gens de cette mouvance sont à présent dévoilés, et il y a fort à espérer que le public saura comment lutter contre leur malfaisance continue.

Il faut remarquer encore que ces mêmes individus, qui crient à présent à la défense de la démocratie pour pouvoir continuer à ouvrer de cette manière contre leur propre peuple, sont les mêmes qui, quand on parle d'eux et qu'on les critique, parlent d'attaques morales à leur égard et se présentent comme étant en danger réel - mais eux peuvent de manière impunie mettre en danger l'ensemble du peuple juif.

Quant au renforcement de la démocratie dans le pays que ces groupes prétendent soutenir, il faut rappeler le précédent de Yossi Beylin, qui, lui aussi, était soutenu par des fonds en provenance de nations européennes : ce que ses mandataires attendaient de lui n'était évidemment pas qu'il aide à soutenir le respect de la démocratie israélienne ! Quel intérêt cela pouvait-il avoir pour eux ? Beylin était payé pour dévoiler les mauvais côtés d'Israël aux yeux du monde, pas autre chose, et ce triste personnage le faisait de tout cour. La mouvance dont les rouages sont rendus transparents actuellement n'a d'autre but que de détruire Israël de l'intérieur, que l'on ne se fasse pas d'illusion.

Notons, en marge de ce que nous rapportons ici à propos du Kéren ha'Hadacha que les dirigeants du monde de la Tora se sont opposés depuis le départ à ce que l'on accepte une quelconque aide de la part de cette institution. Il est probable qu'ils ne savaient pas quelle était la nature réelle de cette institution et ses velléités, mais visiblement ils le pressentaient.

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