Vaad Harabanim

Écoles juives et Cour suprême en Angleterre
Courrier Kountrass News nº 124 - Adar 5770 / Février 2010

Écoles juives et Cour suprême en Angleterre

L'article « Et la Cour suprême en Grande-Bretagne » paru dans le dernier Kountrass News m'a fait sursauter ! Quoi, ce roman à épisode continue !

De quoi s'agit-il Des déboires qu'a rencontrés avec la justice une école juive conventionnée (c'est-à-dire soutenue en partie par des fonds gouvernementaux) du réseau Jewish Free School, qui a refusé d'intégrer un garçon de 11 ans de père juif et de mère catholique « convertie » par le mouvement libéral, c'est-à-dire une conversion sans valeur. La mère a traîné ladite école en justice. Dans un autre cas, un enfant de mariage mixte a également été refusé. Les deux affaires découlent l'une de l'autre : il y a en effet autour de la communauté juive une multitude de petits Goyim, répondant en général à un nom juif du genre de Kohen, Lévy et autres, mais qui ne sont pas juifs pour autant.

Que peut-on faire ?

Première solution : l'école refuse toute aide gouvernementale, et survit grâce à l'écolage et aux dons des proches. Elle retrouve sa liberté.

Deuxième solution : elle ferme ses portes. Après tout, le Netsiv s'était opposé à insérer officiellement dans le programme de la Yéchivath Volozhyne des cours de russe, et il a fermé l'institution.

Troisième solution : faire intervenir les orthodoxes, et seulement eux, car ce sont les seuls qui peuvent remettre les réformés et libéraux à leur place véritable.

Pourquoi seulement eux ? C'est que seuls eux peuvent prendre le contrepied de ces mouvements, car « maints membres du Consistoire se sentent aujourd'hui proches du mouvement libéral » (Kountrass News, juillet 2008, interview du Grand rabbin Bernheim). Les Réformés sont entrés dans la « grande » communauté d'Allemagne ; ils tentent de rentrer dans la « grande » communauté de Genève (d'ailleurs, beaucoup de membres de celle-ci portent un double chapeau) ; les Réformés ont tenté de rentrer dans la Fédération suisse des communautés israélites, manouvre qui a échoué grâce aux orthodoxes de Zurich, qui ont menacé de se retirer de cet organisme ; la communauté juive de Lausanne est composée de Juifs traditionalistes et de réformés.

Que peuvent faire les orthodoxes ? Déclarer clairement que le mouvement libéral n'est pas un mouvement juif, ni ne peut prétendre l'être. Il peut y avoir des Juifs selon la Halakha parmi eux, mais qui ?

Lisons quelques extraits (p. 146 à 149) du livre « Le judaïsme libéral » de Pauline Bebe ("rabbine" diplômée d'une communauté libérale parisienne) pour mieux comprendre pourquoi :

- Le 15 mars 1983, lors de sa 94e convention, la Conférence centrale des rabbins libéraux américains adoptait la décision issue du rapport du comité sur la patrilinéarité et le statut des enfants de mariages mixtes : « Ceci nous mène à la conclusion que les mêmes exigences doivent être appliquées au statut d'un enfant de mariage mixte, que son père ou sa mère soient juifs. C'est pourquoi. »

- En 1986, le mouvement libéral anglais, par sa conférence rabbinique, adoptait aussi le principe de patrilinéarité. Voici le résumé de sa déclaration : « Par conséquent, l'enfant d'un père juif et d'une mère non-juive est considéré comme juif, sans besoin de conversion, s'il a été élevé comme juif, alors que l'enfant d'une mère juive et d'un père non-juif, s'il a été élevé comme non-juif, est considéré comme non-juif et ne peut devenir juif que par conversion ».

(Nous ferons remarquer : que signifie « s'il a été élevé comme juif » dans un milieu libéral ?)

C'est le monde à l'envers ! Depuis 1986 (en tout cas) : les Réformés (Libéraux) n'ont plus les mêmes règles de judéité que nous : ils voient comme Juif des gens que nous considérons comme non-juifs, et vice-versa, ils considèrent comme non-juifs des gens que nous savons être juifs.

De plus, les Réformés font des conversions en masse qui ne sont pas valables, faisant ainsi rentrer dans leur mouvement une masse de Goyim que nous ne pouvons accepter comme juifs !

Pourquoi « non valables » ? « La déclaration d'incompétence des tribunaux libéraux ne porte pas nécessairement sur la conformité halakhique de leurs conversions, mais sur l'illégitimité de leurs rabbins. » Un rabbin qui mange du porc ou des fruits de mer, ou encore est homosexuel, peut-il faire rentrer un non-Juif dans l'Alliance ? La réponse est absolument négative.

En conséquence il faut déclarer haut et fort que les Réformés (libéraux) n'ont plus rien à voir avec notre peuple - si toutefois cela s'impose encore : une bonne partie d'entre eux ne sont pas juifs ! Depuis le 19e siècle, les Réformés ont tout fait pour se séparer de nous ; aujourd'hui, ils y sont parvenus. Bravo ! Comme l'écrit Julien Bauer dans les « Juifs 'Hassidiques » (1994 - p. 55) : « Si la déviance est totale (ce qui est le cas aujourd'hui), la secte (ici les Réformés) débouchera sur une nouvelle religion: si elle est partielle, la secte (c'est le cas des Réformés avant 1983) restera dans le cadre général de la religion. »

Mais le mouvement libéral (Réformé) peut-il être considéré comme une religion ? Nous ne le pensons pas. Puisque tout (en particulier la liturgie) doit correspondre exactement aux « convictions profondes » du rabbin ou des fidèles au nom de la « vérité » (voir P. Bebe p. 221). En un mot, chacun y fait ce qui lui plaît.

Consacrons un mot aux « Conservatives » ou Massorti (avant, on les appelait les Conservateurs).

Ils sont beaucoup plus difficiles à cerner. Ils avancent masqués. Ce sont des anguilles, ou plutôt des « petits renards qui dévastent les vignes » (Chir haChirim/Cantique des cantiques 2,15).

Qui sont-ils ? Ils sont issus de la Réforme (mouvement réformiste juif fondé au courant du XIXe siècle en Allemagne). De nos jours, il n'y a plus lieu de les distinguer des Réformistes eux-mêmes. Et cela, pour plusieurs raisons : les Conservatives suivent les Réformés avec un décalage de 5 à 10 ans (ce que nous ont confirmé des Réformistes). Les membres et rabbins passent continuellement d'un mouvement à l'autre. « Le courant américain reconstructionist, initié par le rabbin Mordekhaï Kaplan, qui fait partie de la World Union for Progressive Judaïsm depuis 1990, est issu du mouvement Conservative appelé Massorti en France (« Anthologie du Judaïsme libéral - 70 textes fondamentaux », Pierre Haïat et rabbin Daniel Farhi - 2007, p. 36). Les conversions de ces deux mouvements ne peuvent pas être reconnues par la Halakha (pour les mêmes raisons), etc.

Pour en revenir à notre histoire, finalement les deux enfants, l'un réformé, l'autre chrétien, qui ont tous les deux des noms juifs confirmés, n'ont rien à faire dans cette école juive, un point, c'est tout.

Il est bien évident que si ces choses étaient dites clairement et publiquement, les autorités judiciaires anglaises y verraient plus clair ; elles n'obligeraient pas plus cette école d'accepter un petit musulman ou un petit bouddhiste, pas plus qu'elles n'exigeraient qu'un petit réformé ou un petit chrétien n'y soit accepté. Du moins, espérons-le ! Et si tel n'était pas le cas, on se trouverait alors face à une haine du judaïsme et du peuple juif, digne des Polonais ou des Ukrainiens. Et cela nous rappellerait : « C'est une Halakha, 'Essaw déteste Ya'aqov. »

Un lecteur fidèle, mais critique.

Note : Pour la position des rabbins consistoriaux, on peut regarder avec intérêt l'article http://www.massorti.com/Philippe-Haddad qui définit les idées du rabbin consistorial (!) Philippe Haddad.

Yaakov Deflez , Jérusalem

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