Vie juive
L'éducation en questionL'éducation en question
Kountrass News nº 124 - Adar 5770 / Février 2010
L'éducation en questionRav Cohn Mazal Tov ! Mazal Tov ! Le petit Daniel vient de naître, toute la famille au complet, grands-parents, oncles, tantes, frères et sours sont en grand émoi. La joie rayonne sur tous les visages. Le premier petit-enfant tant attendu est enfin venu au monde. Les parents, eux aussi, resplendissent de bonheur. Ils ont un enfant ! Ils sont parents. Peut-on recevoir plus beau présent ? ![]() Eduquer ? Non ! Pas maintenant, nous avons le temps ! Il est encore si petit ! Que peut-on inculquer à un si tendre et si jeune enfant ? Trop tôt ? D'autres pensent qu'il est déjà trop tard ! Le problème de l'éducation est un des sujets les plus brûlants, il touche toutes les classes sociales, les religieux comme ceux qui le sont moins, même s'il revêt différents aspects. Il se fait sentir à chaque instant. Les problèmes qui assaillent les parents sont si nombreux et si variés qu'il serait présomptueux de prétendre les résoudre en les abordant de manière générale ; les catastrophes liées aux problèmes éducatifs sont si profondes et si lourdes de conséquences qu'il faudrait pour chaque cas s'asseoir et l'analyser avec le plus grand soin. Il est vrai que l'échec scolaire et le rejet de l'autorité parentale à l'adolescence sont les sujets les plus préoccupants, et ils sont singulièrement très souvent liés. Nous n'allons pas approfondir les problèmes de l'éducation dans l'immédiat, mais plutôt rapporter la conduite et la pensée pour lesquelles nos Sages ont opté. Car il est vrai et restera toujours vrai que l'éducation demeure une série d'épreuves qui peuvent servir de catalyseurs aux parents afin de parfaire les qualités morales de leurs enfants, exprimer au sens profond le « moi » et affermir leurs relations et croyance en D'. Les difficultés inhérentes à l'éducation vont générer un sentiment d'impuissance totale face aux événements, qui va les contraindre à se tourner vers le Seul Qui peut tout. Aux yeux des enfants, l'abnégation que vont manifester les parents, leurs efforts investis pour leur bien-être vont consolider l'amour et la reconnaissance à leur égard et leur tracer le chemin à suivre. Quels sont donc les moyens qui peuvent faciliter l'éducation ? Nos Sages nous ont appris à toujours rechercher l'origine de chaque problème. Prenons le cas d'un ingénieur qui doit édifier une tour. Il va s'armer de toutes ses connaissances acquises après plusieurs années de labeur, évaluer la quantité et la qualité du béton, du fer, la distance entre chaque mur porteur, la hauteur des fondations. afin que l'édifice tienne bien. Tout est calculé minutieusement et dans les moindres détails. Il n'a pas le droit à l'erreur ! D. nous a donné la possibilité de mettre au monde la création - la tour - la plus extraordinaire et la plus complexe qu'il soit : un nouvel être humain ! Combien de temps et de réflexions avons-nous consenti à lui consacrer ? Avons-nous seulement pensé à l'être que nous désirons avant sa création ? Ses tendances ? Ses qualités ? Nos Sages - à l'instar de cet ingénieur - considèrent que la plus grande partie de l'éducation se situe avant la conception. Ils préfèrent prévenir plutôt que guérir. Cette méthode, qui est plus en fait une ligne de conduite, est connue, j'en suis sûr, de tous et même déjà appliquée par beaucoup. Néanmoins, ce sur quoi, il est important d'insister, ce n'est pas tant sur le fait de la connaître, mais plus exactement sur le fait de l'adopter et de la transformer en un mode de vie, un moule qui va modeler, conditionner chacun de nos actes, chacune de nos pensées. Elle va nous contraindre à porter toute notre intention à « l'affinage » de notre personnalité, à nous faire comprendre que la résolution de nombreux problèmes se trouve en nous et non dans des remèdes douteux, incertains, voire dangereux. Car l'une des modes de notre époque consiste à toujours être à la recherche de solutions innovatrices, spectaculaires, impressionnantes, qui auront pour effets de nous donner bonne conscience et le sentiment d'avoir tout fait. Excepté celui de. s'introspecter : les versets de la Parachath Netsavim (Devarim/Deutéronome 30,11-14) sont à relire dans ce sens ! « Car cette loi que Je te prescris aujourd'hui n'est pas trop élevée pour toi ni trop lointaine. Elle n'est pas au ciel pour que tu dises : « Qui montera pour nous au ciel nous la chercher, pour nous la faire entendre, que nous la mettions en pratique !» Et elle n'est pas au-delà des mers pour que tu dises : « Qui ira pour nous au-delà des mers pour la chercher, nous la faire entendre que nous l'accomplissions ! » Elle est au contraire très proche de toi : dans ta bouche, dans ton cour, pour l'accomplir. » Les conseils et la ligne de conduite prônés par nos Sages sont immuables et ne changent pas. Ce qui a été dit hier est valable aujourd'hui. Ce qu'ils exigent, c'est que l'on mette sa propre personnalité à contribution. ![]() Avant la conception de l'enfant, le besoin de cette disposition prend une dimension que l'on ne saurait imaginer et dont on ne peut limiter la portée. Comme avant chaque Mitswa, mais plus encore avant d'avoir à éduquer un enfant, il faut penser l'accomplir Lichma c'est-à-dire, agir pour accomplir la Volonté divine. La première Mitswa que D. nous a donnée est celle de procréer, de continuer l'ouvre divine. Il est bien sûr important de désirer des enfants parfaits par leurs qualités morales et mêmes physiques, afin qu'ils soient en mesure de servir D. de tout leur être. Ainsi, la fille de Loth, du fait d'avoir voulu perdurer l'ouvre du monde, donna naissance à Moav, le premier maillon de la lignée messianique. Tamar, de même, dans son ardent désir de donner naissance à des justes et pieux enfants, mérita d'avoir des jumeaux Tsadiqm dont Péretz, qui perpétuera la lignée messianique. Plus l'intention s'attache à accomplir la volonté divine, plus l'enfant sera doté de traits de caractère nobles et distingués. Le rôle de la Tefila est décisif. En fait, elle vient concrétiser la volonté et le désir. Nos Sages ont consigné des Tefiloth où sont détaillées les qualités morales et physiques que l'on désire pour le futur enfant. Le 'Hazon Ich assure que 90 % de la réussite de l'éducation passe par la Tefila. Des grands éducateurs conseillent d'avoir sans cesse la Tefila dans la bouche. C'est le secret de la réussite, car elle permet à D., le 3e « parent », d'intervenir. Et Lui. La Tsédaqa est aussi importante, elle forme une barrière protectrice, un rempart qui empêche les châtiments de s'abattre, et d'un autre côté, elle fonctionne comme générateur de bénédictions. La Tsniouth, c'est-à-dire le respect de la pudeur vestimentaire ou autre, bien qu'elle ne soit apparemment pas liée au développement de l'enfant, est fondamentale. Elle exerce sur l'enfant une influence qui échappe à l'entendement, mais qui est réelle. Une des manières d'avoir des enfants droits, justes et pieux, c'est de veiller à la Tsniouth à l'extérieur comme à l'intérieur de sa maison, à l'instar de Kim'hi qui mérita d'avoir sept enfants qui servirent l'Eternel à titre de Kohen Gadol ! Sa pudeur était telle que les murs de sa maison pouvaient témoigner n'avoir jamais vu l'un de ses cheveux ! Le fotus est en voie de formation. Tout peut encore se jouer. La grossesse est aussi une période décisive. S'il est encore possible de changer une réalité telle qu'un garçon en fille et vice-versa par sa Tefila, combien pouvons-nous encore influer sur le caractère et les tendances du futur enfant ! L'écoute de Divré Tora durant la grossesse et même après la naissance imprègne l'enfant d'un profond amour pour la Tora et les Mistwoth. La mère de rabbi Yehochoua' avait l'habitude de placer le berceau où reposait son fils dans le Beth HaMidrach pour que le nourrisson s'imprègne des Divré Tora des Sages de l'époque. Rabbi Yehochoua est devenu un géant en Tora et la louange par laquelle la Michna le caractérise : « Heureuse celle qui l'a mis au monde », suit toutes les femmes vertueuses de génération en génération. Adopter tous les conseils de nos Sages, c'est encore apporter dans le fin fond de l'être en puissance des valeurs morales sûres, solides qui resurgiront dans les moments décisifs de la vie. C'est graver dans son Néfech la notion de vérité qui ne pourra jamais s'effacer. Les racines sont solidement implantées. Qu'en est-il du tronc ? Le rôle des parents, maintenant, prend une autre nature. Et il n'est pas fini ! Après la naissance, c'est-à-dire durant toute la période éducative, il faudra veiller à la cohérence dans l'éducation dont les implications sont importantes. Pour que l'enfant s'épanouisse et puisse développer les qualités qui lui ont été octroyées, il est fondamental qu'il grandisse dans un cadre serein et paisible, avec des règles claires et précises. Il faut surtout éviter les contradictions trop flagrantes qui déstabilisent les repères de l'enfant, du genre « Etudie ! », « Fais tes devoirs ! », mais mettre à sa disposition Internet, vidéo ou autres. Qui peut résister à ce genre d'amusements ou de distractions (admettons que c'est de cela qu'il s'agit.) ? Si les racines et le tronc sont solidement stables, l'enfant et les parents sont en mesure d'affronter toutes les turbulences de la vie. |



