L’antisémitisme n’est pas de retour, il n’est jamais parti

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Même s’il a pris des formes différentes et si les responsables de ces actes ne sont pas toujours idéologiquement du même bord, l’antisémitisme a beau exploser en ce moment, en France, mais aussi dans toute l’Europe, il n’a jamais en effet disparu.

En 1960, une quinzaine d’années après la découverte de l’horreur des camps, des croix gammées ont fleuri sur les murs de France. « Vous voulez jouer avec la croix-gammite ? Regardez, des millions d’hommes en sont morts et sont morts de quelle façon. Vous voulez recommencez ? Vous êtes fous », pouvait-on entendre aux Actualités françaises, le 13 janvier 1960.

Cette « croix gammite » est en fait un mouvement qui touche toute l’Europe, que l’écrivain et résistant Louis Martin-Chauffier décrit à l’époque « un virus à nouveau menaçant » et qui est né en Allemagne. Le 25 décembre 1959 au matin, des croix gammées apparaissent sur la façade de la synagogue de Cologne. Suivront bientôt des incidents similaires dans d’autres villes allemandes. Puis la Grande-Bretagne est touchée dès le 31 décembre, puis la France, l’Autriche, la Belgique, la Norvège, l’Italie, la Suède, les Pays-Bas, la Suisse, l’Espagne et la Grèce. Avant d’arriver aux États-Unis, en Argentine ou en Australie. Des actes perpétrés souvent par des jeunes gens pas toujours très politisés, mais toujours très manipulables par l’extrême droite.

Le nouvel et le vieil antisémitisme

À la fin des années 1970, une nouvelle vague d’actes et d’inscriptions antisémites s’abat sur l’Europe et notamment la France. Des lettres anonymes, des tags, des insultes, mais aussi des actes de plus en plus odieux et dangereux.

En septembre 1980, on assiste à quatre attaques à la mitraillette contre des bâtiments juifs. « Il ne faut pas trop donner d’importance à ces affaires « , dit le ministre de l’intérieur, Christian Bonnet.

Puis le 3 octobre 1980, l’attentat contre la synagogue rue Copernic tue pour la première fois depuis 1945 des juifs parce qu’ils sont juifs. Raymond Barre évoque, outre les Juifs, les « Français innocents » tués par cet attentat, laissant donc supposer que les Juifs ne sont ni français ni innocents.

Puis viendra la rue des Rosiers en 1982. Des attentats perpétrés par des mouvements pro-palestiniens, préfigurant le nouvel antisémitisme, nourri de la haine d’Israël, des États-Unis et du capitalisme, mais qui n’a jamais fait disparaître l’ancien antisémitisme. Ces années-là étant en effet celles de la dénonciation du lobby juif par l’extrême droite et de la poussée du négationnisme. Suivront de nouvelles vagues, motivées par les tensions au Proche-Orient ou s’enkystant sur des mouvements sociaux.

La peur du silence

Depuis ces années, la conjonction du vieil et du nouvel antisémitisme plonge régulièrement les juifs de France dans l’angoisse. Une angoisse renforcée par le vide laissé par la disparition des derniers témoins de l’horreur, dont il reste la voix : « Quand j’ai entendu hurler dans Paris, il y a deux ou trois ans, ‘mort aux Juifs’, je n’ai eu qu’une seule envie, de me jeter par la fenêtre. Alors s’il y a des antisémites, je les emmerde. Mais je le supporterais pas », témoignait Marceline Loridan-Ivens, compagne de déportation de Simone Veil, le 16 février 2018 sur Public Sénat. C’était l’an dernier, peu de temps avant sa mort, survenue en septembre 2018.

Source www.francetvinfo.fr

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