Parachath Ki Tétsé

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Pleurer le jour du Chabbath : permis ou non?

Au début de notre paracha sont traitées les lois de la « Echet yeffat tohar »: la belle captive. Ce sont des lois d’exceptions qui ont eu cours lors de la conquête de la Terre d’Israël. Si une fille du pays trouvait grâce aux yeux du soldat, ce dernier avait la possibilité de l’épouser. Il fallait pour autant suivre une procédure draconienne. Elle devait  passer par une période d’isolement pendant un mois durant lequel elle pleurait la maison de son père. Après, si l’homme désirait toujours l’épouser, il fallait faire une conversion en bonne et due forme.

A un niveau plus élevé d’interprétation, le Or Ha’Haim explique que c’est une allusion au travail de l’âme sur terre ! En effet, l’âme qui provient du trône divin, descend sur terre pour faire un grand combat contre son Yétser: le mauvais penchant. La bataille est rude, mais explique le rav, si l’homme décide de partir au combat, il aura de forte chance de le vaincre grâce à l’aide divine. C’est l’allusion au « Ki Tétsé la-mil’hama etc. »/lorsque tu partiras en guerre (contre ton Yétser) la suite du verset indique qu’il fera une captive: c’est le signe de la victoire ! Cependant le Or Hahaim explique que les pleurs de cette femme sont une allusion au mois d’Eloul ! En effet les pleurs sont à l’image du repentir du peuple juif à l’approche des jours de jugements de fin d’année. Le saint Zohar va dans le même sens, les pleurs sont en relation avec le mois d’Eloul où Moché Rabénou est monté sur le mont Sinaï pour recevoir le pardon de la faute du veau d’Or.

Le Zihron Yacov pose une intéressante question. D’après cela, les pleurs qui durent 1 mois, sont le symbole du mois d’Eloul. Or, dans ces 30 jours il y a nécessairement les 4 Chabbathoth du mois. Or, nous savons qu’à Chabbath il est interdit de pleurer. Le Choul’han Arou’h édicte en effet que lorsque l’on visite un endeuillé le jour du Chabbath on ne dira pas la formule d’usage: « Que le Ciel te console.. » mais uniquement: » C’est Chabath! Que tu reçoives la consolation. » La raison est, que les Sages de mémoires bénies n’ont pas voulu entraîner une affliction le jour saint, car le prophète appelle le Chabbath « un temps de délice »! C’est pourquoi toute peine est proscrite. Donc finalement, il n’y aura pas 30 jours de pleurs mais uniquement 26! Or la Tora dit qu’elle pleurera un mois! On vous propose deux réponses.

Lorsque la Tora parle d’un mois de pleurs, l’intention est que grosso modo, le mois sera sous le signe des lamentations à l’exception des Chabbatoth. Cela reste un mois de repentir mais… sans compter les Chabbatoth.

Une autre manière de répondre, beaucoup plus innovante est de savoir que l’affliction interdit le Chabbath, c’est une peine stérile. Par exemple lire des romans ou des récits chargés de tristesse : il sera préférable de ne pas le faire durant Chabbath. Mais il existe un cas permis par le Rama (288.2). Il enseigne que pour la personne dont les pleurs enlèvent une affliction plus importante, ce sera permis! Nous l’apprenons d’un Midrach où les élèves de rabbi Akiva ont vu leur maître pleurer le jour du Chabbath. Il venait d’approfondir le livre de Chir Hachirim du roi Salomon, et les larmes lui sont montées aux yeux. (Une autre version est qu’il a pleuré la mort de son maître rabbi Eliézer. Ses élèves lui dirent alors: C’est Chabbath! Il répondit: « C’est pour moi un délice ! » C’est-à-dire que ses pleurs l’ont libéré de la grande tristesse dans laquelle il était plongé). D’après la 1° explication, ses pleurs sont venus après l’étude du Chir Hachirim. Ils provenaient de la grande pureté de cœur du maître. On pourra apprendre de la même manière que les pleurs provenant de la Techouva durant le mois d’Eloul seront aussi permis! Car ils proviennent d’une grande pureté de cœur! Donc il y aura bien 30 jours de pleurs (Techouva) comme le Or Ha’haim l’a écrit!

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La Guemara dans Berakhoth énonce qu’à la vue d’un grand Sage en Tora du Klall Israël on fera une bénédiction particulière: « Béni soit Hachem… Qui partage de Sa sagesse à ceux qui le craignent. » Tandis que lorsque l’on rencontre un savant des nations, on dira: « Béni Soit Hachem… Qui donne de la sagesse aux hommes de chair et de sang. »

Nos lecteurs ont certainement remarqué la différence entre les deux bénédictions. Pour le sage juif nous disons: « Qui PARTAGE de sa sagesse », tandis que pour les nations: « Qui DONNE de sa sagesse ».

Les commentateurs (Aboudraham) expliquent que pour la Tora il est marqué que Hachem partage de Sa sagesse. C’est à l’image d’un canal d’irrigation. Ce conduit va déverser de l’eau indispensable au champ. Seulement, l’agriculteur pourra élargir ou raccourcir ce canal à sa guise. Dans tous les cas l’eau provient de la source en amont. De la même manière, la Tora nous met en contact directement avec le Ribono chel ‘Olam! Le Maharcha explique aussi que la sagesse provient du Créateur lui-même tandis que les sciences séculaires ne sont pas propres à Hachem, mais extérieures à Lui! C’est un don qui est déraciné de sa source. Donc, pour la sagesse des nations il est marqué qu’Il DONNE de cette sagesse aux savants! Tandis que pour la Tora c’est qu’Il PARTAGE de cette sagesse! Formidable!

Un autre point intéressant, c’est qu’à la fin de la bénédiction pour les Sages d’Israël il est dit: »… les craignants D' ». Le Maharcha note que la bénédiction aurait dû mentionner « les érudits » mais non les « craignants »!  La réponse fulgurante qu’il donne c’est d’après une Michna du Traité des Pères: « Celui qui a la crainte de la faute, alors sa sagesse (la Tora) sera préservée mais celui qui fait prévaloir la sagesse à sa crainte (du péché): sa sagesse ne perdurera pas! » C’est-à-dire que la Tora donne une plus grande importance à la crainte du péché plus encore que la sagesse elle-même ! C’est une grande nouveauté propre au judaïsme qui fait prévaloir la moralité plus encore que l’intelligence! (L’inverse de la démarche intellectuelle!). Passons au cœur de la question ! Qu’en est-il d’un savant des sciences émérites… mais juif ! Est-ce que l’on devra faire la bénédiction « Qui PARTAGE de sa sagesse » ou alors: « Qui DONNE de Sa sagesse »? La question est un tant soit peu intellectuelle car dans les faits le Michna Beroura (224.10) rapporte qu’il faut que notre homme soit connaisseur émérite dans les 7 sciences de la nature comme par exemple: la physique, les mathématiques, la musique, la médecine etc. Ce qui fait de notre homme un oiseau très rare!

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Le sujet se prête à une discussion entre les Rabanim des dernières générations (car dans un temps plus reculé il n’existait qu’une seule « science » dans le monde juif: celui du Talmud et de la loi écrite!). Il existe pourtant la Responsa du Hitorérout Hatechouva (petit fils du Hatham Sofer partie 1 § 60) qui soutient qu’on pourra faire la bénédiction! Seulement, il admet qu’il existe un doute si on doit dire « Donne » ou « Partage » de Sa sagesse! Tandis qu’il y a d’autres avis qui repoussent de deux bras l’éventualité de faire une telle bénédiction. Entre autre c’est le rav Ménaché Klein décédé il y a que quelques années à Jérusalem, et aussi l’auteur du « Pahad Ytshaq », rav Ytshaq Hutner (‘Hanouka, maamar 9.4). Le rav Klein (dans son livre tome 15 § 75  explique qu’on ne peut pas faire de bénédiction sur un homme qui a annulé la mitsva de méditer jour et nuit la Tora! (Car un Juif a la Mitsva d’étudier à tout moment la Tora!) Il n’existe qu’une seule science qui octroie à l’homme la possibilité d’entrer au monde futur: c’est la Tora ! Et notre savant du CNRS ou de la NASA a échangé une connaissance utile pour son âme à une science qui n’a d’utilité que pour son corps: très passager ! Dommage pour ses efforts ! D’autre part, le Choul’han Arou’h stipule que c’est à la vue d’un savant des Nations du monde que l’on fera une bénédiction… Donc là encore il s’agit d’un gentil mais pas d’un homme de la communauté ! Autre ‘Hidouch/nouveauté, les sciences profanes n’offriront pas de droit au monde futur même pour les plus grands chercheurs gentils eux-mêmes! C’est uniquement s’ils font les lois de Noa’h (les 7 Mitsvoth) qu’ils pourront avoir droit au monde futur! C’est vrai que la science offre une qualité de vie mais en AUCUN cas un mérite pour l’éternité à venir! Il n’existe que la sagesse de la Tora qui donne à ceux qui l’a médite un grand bonheur dans ce monde-ci et dans le monde à venir!

Notre histoire de cette semaine illustrera un des commandements de la paracha. Il s’agit de l’interdit du prêt à intérêt. Nous savons qu’entre les gens de la communauté il est  défendu de faire un prêt d’argent ou même de biens en faisant payer le prix du temps: l’intérêt. Par exemple, dire à son ami « je te prête 100 euros et tu seras bien gentil de me rendre 100 et en plus 10 »: c’est strictement interdit! Autre exemple courant, je demande à un ami qu’il me paye une canette de Coca et le lendemain je lui rends une canette avec en plus une petite sucrerie pour lui montrer combien j’ai été touché de son geste. C’est AUSSI interdit car la friandise est assimilée à un remboursement avec intérêt!

Passons à notre sipour. Avertissement, notre histoire véridique est un peu difficile pour les âmes sensibles, mais comme un grand rav du Klall Israël a dit à son époque qu’il était bon de la diffuser, nous avons choisi d’écouter son conseil. Il s’agit d’une matinée  dans la grande métropole américaine de New York. Là-bas, un Juif certainement assez important de la communauté venait de rendre âme. Comme toujours dans ces moments terribles, l’émoi est grand parmi la famille, les amis et tous les proches. Le convoi funéraire est rapidement organisé (car il est une mitsva d’enterrer le mort au plus vite). Les enfants du défunt sont tous là pour dire le Kadich en l’honneur de l’âme du père et de lui rendre les derniers honneurs. La foule est présente au moment de la mise en terre dans un des cimetières juifs de la ville. Puis après avoir fait la mitsva, le public se disperse, et chacun reprend ses occupations. Seulement, en fin de  journée, un des employés de la ‘Hévra Kadicha se rend compte qu’il n’a plus son portefeuille. Le problème de taille c’est qu’il renferme plusieurs milliers de dollars! Il est obligé de le retrouver coûte que coûte! Après avoir longtemps réfléchi sa conclusion était qu’il était tombé dans la fosse lorsqu’il a mis en terre  le corps de ce matin: il n’y avait aucun doute ! Son émoi était grand car il ne savait pas s’il lui était permis de rouvrir la sépulture pour récupérer son bien! Heureusement que se trouvait à New York un grand juge rabbinique d’Erets Israël: le rav Wozner. Notre homme se rendit chez le possek en lui présentant sa question. Le rav Wozner lui dit que puisqu’il y a une grande perte d’argent, il pourra déblayer la terre mais il faudra demander pardon au défunt du manque d’honneurs occasionnés (sans cette grosse perte, il n’y a pas de permission de découvrir le mort une fois  enterré !). Le Juif fit exactement ce que lui permis le rav, il retira la terre du cadavre, et effectivement il trouva de suite son portefeuille. Seulement, l’employé est horrifié de ce qu’il voit! Voilà que le corps de cet homme enterré ce matin même est attaqué par TROIS serpents qui mordaient son corps de tous les côté ! Notre homme de la ‘Hévra Kadicha n’a jamais vu pareil spectacle de sa vie ! Il recouvrira très rapidement le corps, et encore tout tremblant, part en trombe voir le rav Wozner pour lui rendre compte de ce qu’il a vu! Le rav écouta attentivement toute l’histoire et dira: » Je connais personnellement le défunt. Durant sa vie, cet homme prêtait à intérêt à des gens de la communauté ! Plusieurs fois, je l’ai prévenu qu’il était défendu de pratiquer une telle activité, mais il ne m’a jamais écouté ! Aujourd’hui, il reçoit sa punition car le verset dit: « Lo tihié lo kenoché … »/ne prête pas à intérêt. Or le mot qui désigne le prêt (noshé) est proche de celui qui désigne le serpent : Na’hach. De là les sages disent que l’intérêt ressemble au venin du serpent. Au début il s’agit d’une petite morsure mais à la fin le poison se répand dans tout le corps. De la même manière, au départ l’intérêt n’est presque pas palpable, mais avec le temps il grandit de manière considérable!

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Le Rav Wozner dira à notre homme de la ‘Hévra Kadicha de dévoiler à tous cette histoire véridique pour se garder de cet interdit!

Chabat Chalom et à la semaine prochaine si D’ le veut,

DG

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