Shoah: le lourd silence du Pape Pie XII

Shoah: le lourd silence du Pape Pie XII

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XRA1649108 Finaly Affair 1952-1953 : The Two Jewish Finaly Children , Robert and Gerald, Back in Paris June 27, 1953 (b/w photo); (add.info.: Affaire Finaly 1952-1953 : ici le retour des enfants Robert et Gerald Finaly a Paris le 27 juin 1953 (Deux enfants juifs nes en France du Dr Finaly en 1941 et 1943, sont mis a l'abri par leurs parents dans une creche municipale de Grenoble dirigee par Mlle Brun. Les parents disparus en deportation, les enfants sont reclames par leur tante. Mais Mlle Brun, qui s'est fait nommer tutrice provisoire, multiplie les delais. En 1948, elle avoue qu'elle les a fait baptiser catholiques. C'est seulement en 1952 que la famille Finaly obtient une decision de justice l'obligeant a rendre les enfants. Ils ont deja disparu. En janvier 1953, Mlle Brun est incarceree sous le motif de rapt d'enfants. Finalement, grace notamment a l'etonnant sang froid de Germaine Ribiere, les enfants furent extraits du couvent du pays basque ou ils avaient ete caches et rendus a bon port) --- Finaly affair 1952-1953 : the two jewish Finaly children , Robert and Gerald, back in Paris june 27, 1953); Photo © AGIP; RESTRICTIONS MAY APPLY FOR NON-EDITORIAL USE - PLEASE CONTACT US; out of copyright

Illustration : les frères Finaly, rendus à leur peuple, en 1953

Des documents du Vatican non scellés révèlent le silence du Pape Pie XII face à la Shoah

Pie XII a longtemps été accusé d’avoir fermé les yeux sur l’Holocauste, qui s’est produit au début de son mandat de près de 20 ans en tant que pape, jusqu’à sa mort en 1958.

Par CNAAN LIPHSHIZ

Le Vatican a toujours combattu les efforts pour réunir deux orphelins (Finaly) de l’Holocauste avec leurs proches et a exhorté le pape Pie XII à ne pas protester contre la déportation nazie des Juifs italiens, a découvert l’historien de l’Université Brown, David I. Kertzer.

Kertzer a publié les résultats de son enquête sur des documents du Vatican dévoilés en mars dans un article publié jeudi par The Atlantic.

Il a revisité l’histoire très médiatisée des frère juifs Robert et Gérald Finaly, qui ont été kidnappés et baptisés par des prêtres catholiques français. Angelo Dell’Acqua, un fonctionnaire de la Secrétairerie d’État du Vatican devenu plus tard le cardinal de Rome, a joué un rôle clé dans la contrebande des jumeaux Finaly de la France vers l’Espagne. (1)

Cela s’est produit après que les juges français ont ordonné que les garçons, qui avaient été cachés aux nazis dans un monastère catholique, soient remis à leur tante. Cela s’est finalement produit en 1953, et les jumeaux vivent maintenant en Israël.

Pie XII a longtemps été accusé d’avoir fermé les yeux sur l’Holocauste, qui s’est produit au début de son mandat de près de 20 ans en tant que pape, jusqu’à sa mort en 1958.

Les découvertes de Kertzer renforcent cette impression largement acceptée . Ils incluent un mémorandum déconseillant à Pie de protester formellement contre la rafle de plus de 1 000 Juifs à Rome en 1943 pour être déportés et exterminés vers Auschwitz.

Dell’Acqua a conseillé à Pie XII de s’entretenir en privé avec un ambassadeur allemand à propos de la rafle dans un discours «lui recommandant de ne pas aggraver davantage la situation déjà grave des Juifs», a constaté Kertzer. Mais il a demandé au pape de ne pas protester publiquement contre cette décision.

D’après le rapport de Kertzer:

Le silence de Pie XII pendant l’Holocauste a longtemps engendré d’âpres débats sur l’Église catholique romaine et les juifs. Les mémorandums, imprégnés de langage antisémite, impliquent des discussions au plus haut niveau sur la question de savoir si le pape doit déposer une protestation formelle contre les actions des autorités nazies à Rome. Pendant ce temps, les conservateurs de l’Église continuent de faire pression pour la canonisation de Pie XII en tant que saint.

https://www.jpost.com/diaspora/antisemitism/unsealed-vatican-documents-detail-pope-pius-xii-holocaust-complacency-640347

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(1) Sur le site Jforum

L’ Affaire Finaly

Dans le cadre du rapprochement judéo-chrétien en France éclate l’affaire Finaly. Le point de départ de toute l’histoire commence en 1938. Fritz Finaly, médecin juif autrichien et sa femme Annie, menacés par l’Anschluss, se réfugient en France à La Tronche, près de Grenoble. Ils ont deux enfants Robert (1941) et Gérald (1942).

Début 1944, envisageant le pire, Fritz et Annie Finaly confient leurs deux enfants, alors âgés de deux et trois ans, à une amie, qui les place dans une crèche grenobloise, dirigée par Antoinette Brun, résistante et fervente catholique. Antoinette Brun cachait déjà d’autres enfants juifs dans sa crèche et dans des familles. En février 1944, les deux époux Finaly sont arrêtés par la Gestapo et déportés, le 7 mars, de Drancy vers Auschwitz avec le convoi n° 69. Ils ne reviendront pas.

A la fin de la guerre, en 1945, la sœur de Fritz Finaly, Margaret Fischel écrit de Nouvelle Zélande à Antoinette Brun, lui faisant part de sa reconnaissance pour son geste et annonçant son désir de récupérer ses deux neveux. Antoinette Brun refuse de rendre les enfants mais assure : « Vos neveux sont juifs, c’est-à-dire qu’ils sont restés dans leur religion ». De conseils de familles, en manœuvres dilatoires, tout est fait pour contrer le désir de la famille naturelle des deux enfants. Jusqu’au jour où Melle Brun avoue avoir fait convertir les enfants au catholicisme en 1948 par l’abbé Pichat à l’église de Vif (Isère).et refuser de les rendre pour que ces enfants soient éduqués en chrétiens.

Margaret Fischel et sa sœur qui vit en Israël, vont alors porter l’affaire en justice, la procédure d’appel en appel durera plusieurs années, mais le 29 janvier 1953 le jugement rend les enfants à leur famille et décide de l’arrestation d’Antoinette Brun pour séquestration d’enfants. Elle est écrouée à la prison de Grenoble jusqu’au 12 mars.

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Mais entre temps les enfants ont disparu : ils ont été d’abord confiés à la supérieure de Notre Dame de Sion, qui les a confiés au collège Notre-Dame de la Viste à Marseille sous de faux noms. Des photographies des deux garçons ayant été publiés par la presse, on craint qu’ils ne soient reconnus. Puis la supérieure de Notre Dame de Sion les fait conduire au collège St Louis de Gonzague à Bayonne où ils sont inscrits aussi sous de faux noms. Ils sont reconnus par le directeur du collège qui informe le parquet de leur présence. Mais le 3 février on apprend que Robert et Gérald ont « disparu», le 4 février Mère Antonine la supérieure de Notre Dame de Sion est arrêtée. Les enfants ont été conduits par des passeurs au Pays Basque espagnol, où ils ont été cachés avec l’aide d’institutions catholiques au monastère de Lazcano.

Pour expliquer l’attitude des institutions catholiques dans cette affaire, il faut remonter à une lettre du 23 octobre 1946, lettre du nonce apostolique alors en place à Paris, Angelo Giuseppe Roncalli, (celui deviendra Jean XXIII en 1958) qui instruit d’une décision du St-Office concernant les enfants juifs confiés pendant la guerre à des institutions catholiques pour échapper aux persécutions, dont les parents ou des institutions juives demandent qu’ils leur soient rendus.

Après avoir précisé qu’il faut éviter de répondre par écrit aux demandes, le nonce explique que, si ces enfants ont été entre-temps baptisés, ils « ne pourront être confiés à des institutions qui ne sauraient en assurer l’éducation chrétienne ». Autant dire qu’on ne peut les remettre… à des Juifs. Cette instruction reste valable même si la demande émane des parents en personne. Le scandale est immense, en France, la presse, de gauche mais aussi une partie de la presse catholique, se déchaîne contre l’Église. Tel-Aviv proteste.

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Devant ce scandale, sur les consignes directes du Vatican, le Cardinal Gerlier, qui a probablement lui-même organisé la disparition des enfants, négocie avec le Grand rabbin Kaplan et avec la famille des enfants et le 6 mars 1953 un accord est signé au terme duquel les deux enfants seront restitués à leur famille le plus rapidement possible en échange d’un retrait de toutes plaintes contre des religieux.

Mais le retour des enfants va traîner en longueur, déchaînant diverses rumeurs dans la presse. L’Aurore annonce leur enlèvement par un groupe fanatique israélien, Le Monde annonce la maladie d’un des enfants, Combat, lui le donnera pour mort et enterré. Germaine Ribière qui mène les négociations pour le compte du cardinal Gerlier avec les religieux espagnols écrit : « Les abbés basques français ont prévenu l’évêque de St-Sébastien que les enfants étaient au monastère de Lazcano, en pays basque espagnol et celui-ci a prévenu le Gouverneur de la province, qui a prévenu le ministre des Affaires étrangères, qui a prévenu Franco. »

Ce dernier décréta que les enfants ne devaient pas être rendus. Le Grand rabbin Kaplan va finir par dénoncer l’accord le 5 juin, s’étonnant de l’impunité des prêtres et des religieuses qui savent, certainement où se trouvent les enfants. Enfin Le 26 juin 1953, les deux frères passent la frontière espagnole et le 25 juillet ils s’envolent pour Israël.

Ce qui n’a été  au départ qu’un fait-divers est devenu au fil des années un scandale judiciaire, puis une affaire d’État.

Dix ans après sa résolution, le concile de Vatican II établira un nouveau dialogue entre Juifs et chrétiens.

Adoptée le 28 octobre, 1965, par le pape Paul VI à la fin du Concile Vatican II, la déclaration a été reconnue pour avoir révolutionné les relations entre catholiques avec le judaïsme.

« Les Juifs ne doivent pas être présentés comme réprouvés par D’ ni maudits, » déclare le document, insistant sur le fait que les chrétiens devraient dénoncer « les haines, les persécutions, les élans  d’antisémitisme dirigées contre les Juifs à tout moment et par toute personne.«

Ainsi l’Église catholique romaine marque le 50e anniversaire depuis la déclaration «Nostra Aetate», qui a mis fin officiellement a des siècles d’antisémitisme. Le document « Nostra Aetate » (latin pour « Notre temps« ) a répudié la plus significative des charges contre les Juifs qui ont été accusés de la mort de Jésus.

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