Tribune – Le « courage » du Président Macron

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La relation France Israël n’a jamais été aussi malmenée, aussi tourmentée que ces dernières semaines avec des déclarations et des décisions inquiétantes et radicales, le ton monte entre Paris et Jérusalem.

Mais nous ne sommes pas dans une situation nouvelle au regard de l’histoire de nos relations bilatérales qui ont déjà rencontré dans le passé de graves péripéties. Je dirais plutôt que nous sommes en train de revenir en arrière, de régresser alors que nos relations avaient connu un très bel essor au cours des dernières décennies.

La présidence d’Emmanuel Macron nous ramène aux années sombres de cette relation, que je situerais après la guerre des Six jours et la décision du Président de Gaulle de lancer sa politique arabe, en même temps qu’il décrétait un embargo sévère sur les armes à destination d’Israël.

C’est l’époque ou Israël était infréquentable : les présidents français et les membres du gouvernement évitaient l’escale israélienne lors de leurs voyages au Proche-Orient.

Nos relations étaient au plus bas et la France était à l’initiative de nombreux précédents anti-israéliens. Je pense aux contacts officiels établis avec l’OLP de Yasser Arafat, l’ouverture à Paris d’un bureau de l’OLP, les livraisons d’armes et d’avions de combat à nos ennemis – y compris le célèbre réacteur nucléaire au régime irakien de Saddam Hussein -, l’activisme diplomatique français au sein de la communauté européenne et des instances internationales…

C’est à ce moment-là, aussi, que la France libérait Abou Daoud, le commanditaire du massacre des Jeux olympiques de Munich arrêté par erreur quelques jours plus tôt, faisant fi des demandes d’extradition de la République fédérale allemande et d’Israël.

Il faut se rappeler la réaction d’Yigal Alon, le ministre israélien travailliste des Affaires étrangères à cet acte du gouvernement français qu’il avait alors qualifié de « capitulation devant les pressions des États arabes et les menaces des organisations terroristes ». Je crois que l’on a rarement entendu à la tribune de la Knesset un ministre s’exprimer avec une telle sévérité envers un pays avec lequel Israël entretient des relations diplomatiques normales.

« La France », avait dit encore Yigal  Alon, « n’a pas pu soutenir une épreuve élémentaire entre le respect de ses propres engagements internationaux et une violation grossière de ces engagements pour des commodités passagères…

« Plutôt que de montrer un minimum de courage, la France a fait preuve d’un maximum de lâcheté ».

Sommes-nous aujourd’hui dans la même situation ?

Je crois que c’est un peu différent et je vais sans doute vous surprendre en vous expliquant pourquoi.

A cette époque, les dirigeants français nous étaient hostiles. Ce n’était pas des amis d’Israël. Il y en avait très peu dans les différents gouvernements, et compte-tenu de l’ambiance pro-arabe qui sévissait dans les hautes sphères de l’Etat, nos amis se faisaient discrets.

Aujourd’hui c’est différent.

Et à ce titre, je voudrais rendre hommage au Président Macron. Rendre hommage à son « courage ».

Car il en faut du « courage » quand on est un ami d’Israël comme il l’a toujours prétendu, pour interdire le survol de la France à un avion américain chargé de matériel militaire destiné en grande partie à la défense de la population civile israélienne sous le feu des missiles iraniens.

Il en faut du « courage » pour clamer comme l’a fait Emmanuel Macron à plusieurs reprises, notamment lors du diner du Crif en 2018 : « La sécurité de notre allié israélien est une priorité absolue, elle n’est pas négociable », mais exiger aujourd’hui que nous la négocions, que nous marchandions notre sécurité avec les terroristes du Hezbollah ou les mollahs iraniens avides de notre destruction.

Il en faut du « courage » pour tourner le dos aux Etats Unis d’Amérique venus à deux reprises sauver la France lors de conflits « qui n’étaient pas les leurs », et je cite encore le Président de la République qui s’exprimait il y a quelques jours avec les mêmes termes à propos du conflit actuel avec l’Iran qu’il ne considère pas « comme le sien, comme un conflit de la France » …

Il en faut du « courage » au Président Macron pour refuser de voir et de comprendre qu’en luttant contre le Hezbollah, c’est le Liban qui sera sauvé également et qui pourra enfin prétendre à son indépendance à laquelle il est tant attaché ; voir et comprendre qu’en éliminant la menace nucléaire et balistique iranienne, c’est le monde libre qui demain vivra mieux.

Rappelez-moi la devise de la France : liberté, égalité, fraternité…. Une fraternité entre alliés bien abimée et toute relative.

Et là aussi, il en faut du « courage » au Président Macron pour transgresser et bafouer sa propre devise !

Daniel Saada a été ambassadeur d’Israël en France

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