Les États du Golfe perdent patience : « L’Iran est devenu l’ennemi » | Le dilemme stratégique

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Dès l’instant où l’Iran a décidé d’attaquer ses voisins et a fermé le détroit d’Ormuz, il a « franchi toutes les lignes rouges ». Après 18 jours de guerre, l’état d’esprit des dirigeants régionaux est clair : « Il faut frapper de manière exhaustive les capacités militaires de Téhéran ». La crainte dans le Golfe est qu’au terme du conflit, l’Iran continue de menacer la région et garde le détroit en « otage ».

Ynet – Illustration : frappe à Bar’hein

Bien que les États du Golfe n’aient pas explicitement demandé aux États-Unis de déclarer la guerre à l’Iran, la plupart d’entre eux pressent désormais les Américains de ne pas interrompre l’offensive. Selon trois sources régionales citées par l’agence Reuters, ces pays craignent qu’à l’issue des combats, la République islamique conserve des capacités militaires suffisantes pour continuer à menacer la production pétrolière et les économies du Golfe, vitales pour la stabilité mondiale.

Parallèlement, Washington maintient une pression constante sur les voisins de l’Iran pour qu’ils rejoignent la coalition menée par les États-Unis et Israël. Selon des diplomates occidentaux et arabes, le président Donald Trump souhaite obtenir le soutien explicite des pays de la région afin de renforcer la légitimité internationale de ses actions et consolider sa base politique intérieure.

« L’Iran a franchi toutes les lignes rouges »

« Il y a un sentiment général dans le Golfe que l’Iran a franchi toutes les lignes rouges imaginables avec chacun de ses voisins », explique Abdelaziz Sager, président du Gulf Research Center basé en Arabie saoudite. « Au début, nous protégions l’Iran et nous nous opposions à la guerre, mais dès qu’il a commencé à diriger ses attaques contre nous, il est devenu l’ennemi. Il n’y a pas d’autre façon de le classer. »

Le détroit d’Ormuz pris en otage

Jusqu’à présent, l’Iran a démontré sa capacité de nuisance en frappant, via des missiles et des drones, des cibles variées : aéroports, ports, installations pétrolières et centres commerciaux dans six pays du Golfe. Téhéran entrave également le passage dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole mondial, point névralgique pour l’économie régionale.

Ces attaques ont ancré une peur profonde : si l’Iran conserve un arsenal offensif significatif, il pourra utiliser les ressources énergétiques de la région comme « otages » à chaque regain de tension. L’alternative, selon une source régionale, serait de vivre sous une menace permanente. « Si les Américains se retirent avant que la mission ne soit accomplie, nous resterons seuls face à l’Iran », avertit Sager.

La rivalité saoudienne et le risque d’escalade

Pour les dirigeants du Golfe, l’inaction représente aujourd’hui un risque plus grand que l’action. Les frappes iraniennes ne causent pas seulement des dommages matériels ; elles ternissent l’image de stabilité et de sécurité que ces pays ont mis des décennies à construire pour attirer le commerce et le tourisme.

Si la Maison Blanche affirme avoir « écrasé la capacité de l’Iran à utiliser ou produire ces armes », l’inquiétude demeure. L’Arabie saoudite, principale rivale régionale de Téhéran, pourrait se voir contrainte de riposter si des lignes rouges — comme des attaques massives contre des usines de dessalement ou des pertes humaines importantes — étaient franchies.

Le dilemme stratégique : l’équilibre de la terreur

Les pays du Golfe font face à un dilemme : comment équilibrer la menace immédiate des attaques iraniennes avec le risque bien plus grand d’être entraînés dans une guerre totale pilotée par Washington et Israël. Fawaz Gerges, de la London School of Economics, décrit la situation actuelle comme une « retenue calculée » : protéger la souveraineté et signaler des lignes rouges sans pour autant basculer dans un conflit dont ils ne maîtrisent pas l’issue.

Pour l’heure, l’avantage tactique semble appartenir à Téhéran, qui contrôle le flux maritime au détriment de ses voisins. « Maintenant que la République islamique a prouvé qu’elle pouvait fermer le détroit, les pays du Golfe font face à une menace d’une nature fondamentalement différente », conclut Bernard Haykel, professeur à l’Université de Princeton. « Si cette menace n’est pas traitée, le danger sera pérenne. »

1 Commentaire

  1. Micron fait des émules dans les pays du Golfe. Ils veulent que les autres se battent pour eux, mais sans mouiller le qamis.
    Et, on ne sait jamais ; si les Iraniens sont vaincus et hors d’état de nuire, ils auront le champs libre pour reprendre le jihad à leur compte.

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