L’échec conceptuel de Tsahal

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Le colonel (rés.) Hezi Nehama : une conversation percutante sur l’échec conceptuel de Tsahal

Le colonel de réserve Hezi Nehama estime que Tsahal a abandonné les concepts de décision et de manœuvre, oubliant que sa vocation est de vaincre.

Média – Shneor Weber 

Dans un nouvel épisode du podcast « Kour Ha’Hitoukh » (Le Creuset) enregistré avant la guerre, Shneor Weber a reçu le colonel (rés.) Hezi Nehama — combattant et commandant émérite (Sayeret Matkal, commandant de bataillon à Givati, commandant de la brigade de Jénine) — pour un entretien qui plonge au cœur des questions qui tourmentent la société israélienne : comment Tsahal est-elle passée d’une armée d’initiative et d’audace à une armée qui évite de trancher ?

La juridicisation du champ de bataille : « Des soldats en danger pour épargner les civils ennemis »

Nehama, qui a grandi avec l’héritage des batailles héroïques de la guerre des Six Jours et du Kippour, décrit un processus de « changement radical et destructeur » subi par l’armée au cours des 30 dernières années. Selon lui, sa première rencontre avec cette « autre » armée remonte aux années 90, lors du retrait de la zone de sécurité au Liban et de la seconde Intifada.

Il relate un moment charnière de sa carrière : une réunion en 2010 avec l’avocat général militaire de l’époque, Avi’hai Mandelblit. « Mandelblit a présenté un tableau blanc classant les priorités en guerre. Il a affirmé que dans le triangle entre nos civils, nos soldats et les civils ennemis, nous devions nous efforcer à tout prix d’éviter de toucher aux civils ennemis, même au prix de mettre en danger la vie de nos soldats. Quand je me suis levé pour protester, j’ai reçu une réprimande formelle. »

Nehama soutient que cette vision a engendré des procédures telles que la « procédure du voisin » (annulée par la Cour suprême) ou le « Knock on the roof » (frapper au toit), offrant à l’ennemi un espace d’immunité et mettant en péril les combattants sur le terrain. Il évoque avec douleur la mort de son subordonné, Aviv Hakani, lors d’un combat à l’intérieur d’une maison dans la bande de Gaza en 2003 — un événement qui, selon lui, aurait pu être évité si une puissance de feu aérienne massive avait été déployée sans restrictions juridiques strictes.

L’érosion des concepts de « Décision » et de « Conquête »

Selon Nehama, Tsahal a délaissé la conviction qu’elle pouvait anéantir l’ennemi, remplaçant ce but par les concepts de « cycles de combats » et de « gestion du conflit ».

« J’ai enseigné à des générations d’officiers que la conquête du terrain est un impératif militaire de base. Dans les années 80 et 90, ce mot est devenu tabou dans la société israélienne, et Tsahal a simplement cessé de vouloir conquérir du terrain. »

Nehama déplore les conséquences de ce revirement : l’abandon de la manœuvre a entraîné la fermeture d’environ 20 brigades, l’armée se reposant désormais sur la technologie, les clôtures et l’armée de l’air — une conception qui s’est effondrée le 7 octobre. De plus, il explique que des théories progressistes et déconstructrices venues d’académies étrangères ont infiltré Tsahal, créant un fossé entre les combattants sur le terrain et l’état-major ayant adopté un langage « non militaire ».

L’esprit de Tsahal et l’effet « Elor Azaria »

Nehama critique sévèrement l’accent mis sur la morale et la « pureté des armes » au détriment de la recherche de la victoire. Concernant l’affaire Elor Azaria, il soutient que l’erreur ne fut pas seulement celle du soldat, mais celle du système : « La manière dont Tsahal a géré cela fut une erreur terrible. Publier la photo d’un combattant menotté avec le titre ‘accusé de meurtre’ relève d’une profonde confusion. Tsahal ressent constamment le besoin de se justifier face à la Cour suprême et aux instances internationales. »

Intégration des femmes : « Un agenda plus fort que le niveau opérationnel »

Une autre question soulevée par Nehama est l’intégration des femmes dans les unités combattantes. Il précise que le problème n’est pas religieux, mais opérationnel : « En tant que commandant à l’école des officiers (Bahad 1), j’ai vu comment le niveau d’exigence opérationnel était abaissé pour permettre aux femmes de terminer le cursus. On m’a dit explicitement : ‘L’agenda de l’intégration des femmes est plus fort que nous’. Cela affaiblit l’ethos de Tsahal en tant qu’armée de décision. »

Regard vers l’avenir : « Un processus de Techouva (repentir) »

Malgré ces critiques acerbes, Nehama perçoit des signes de changement. Il mentionne un général partant à la retraite qui lui a avoué : « Nous nous sommes trompés, j’ai accepté comme une vérité absolue des concepts progressistes tordus ». Nehama espère que la prise de conscience — selon laquelle « on ne peut plus s’imposer les limites choisies par l’avocate générale militaire » — fera son chemin pour que Tsahal redevienne l’armée victorieuse et déterminée d’autrefois.

Note de la direction : a priori, le ministre de la Défense actuel conçoit parfaitement cette conception et rejette assez généralement celle qui s’est installée dans le cadre de l’armée ces dernières décennies. Les résultats sont là.

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