Crise du pétrole : le monde retiendra-t-il la leçon pour passer aux énergies propres ?

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La guerre avec l’Iran n’a pas seulement fait bondir les prix du pétrole et de l’électricité ; elle a révélé à quel point le monde reste otage des combustibles polluants et de routes commerciales vulnérables. La fermeture du détroit d’Ormuz et l’envolée des prix ramènent le marché mondial de l’énergie à un point d’ébullition — précisément au moment où la transition vers les énergies propres semblait inévitable. Désormais, la question n’est plus seulement économique, mais stratégique : cette crise va-t-elle freiner la révolution verte ou, au contraire, l’accélérer ?

Mako – Amnon Director 

La guerre avec l’Iran a bouleversé le marché mondial de l’énergie presque du jour au lendemain. La fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole, a déclenché une crainte réelle de crise énergétique globale. En peu de temps, les prix du pétrole ont grimpé, franchissant à plusieurs reprises la barre des 100 dollars le baril, soit un prix environ 41 % plus élevé qu’à la veille du conflit.

Pour des millions de personnes, cela se traduit par une hausse des factures d’électricité, du carburant et du chauffage. Mais au-delà de l’impact immédiat, ce choc géopolitique pourrait accélérer la transition vers les énergies renouvelables.

Une dépendance inégale

Selon la professeure Ruslana Rachel Palatnik (Université de Haïfa), on observe une baisse de 15 % du transit pétrolier mondial, un chiffre dramatique. L’impact varie selon les régions : si les États-Unis sont relativement épargnés grâce à leur moindre dépendance au Golfe Persique, de nombreux pays d’Asie, la Chine en tête, dépendent parfois à 90 % du pétrole passant par ce détroit.

Le dilemme climatique

Le secteur de l’énergie est responsable de plus de 75 % des émissions de gaz à effet de serre. La hausse des prix crée une dynamique complexe :

  1. D’un côté, elle rend les énergies fossiles plus coûteuses et renforce la rentabilité du solaire et de l’éolien.

  2. De l’autre, elle peut pousser certains pays à revenir vers des solutions polluantes (charbon, nouvelles extractions de gaz) par urgence sécuritaire.

La professeure Palatnik rappelle que la crise des années 70 avait forcé une amélioration de l’efficacité des moteurs. Les chocs pétroliers ne sont donc pas que des événements économiques, mais des moteurs de changement à long terme.

L’exemple espagnol et la sécurité énergétique

L’Espagne fait figure de modèle : ayant doublé sa capacité de production renouvelable depuis 2019, elle est moins exposée à la hausse des prix du gaz naturel depuis le début de la guerre avec l’Iran. « L’énergie renouvelable permet de réduire la dépendance aux importations et aux tensions géopolitiques », explique Palatnik. Elle espère que cette crise favorisera surtout le développement massif des solutions de stockage (batteries) pour pallier l’intermittence du soleil et du vent.

Et Israël ?

La situation en Israël est complexe. Le pays repose encore largement sur le gaz naturel. En 2025, les énergies renouvelables ne représentent que 15 % de la production d’électricité, loin derrière les 47 % de moyenne européenne (et jusqu’à 90 % dans certains pays d’Europe).

Pourtant, Israël possède un potentiel solaire immense. « Bien qu’Israël dispose de gaz naturel, en cas de menace sécuritaire, l’extraction peut s’arrêter, forçant le pays à basculer vers le charbon ou le mazout, très polluants », souligne Palatnik. La dépendance au gaz n’est donc pas un gage de stabilité absolue.


En conclusion, cette crise souligne la vulnérabilité persistante du monde face aux secousses géopolitiques. Le choix pour les États est désormais clair : continuer de s’appuyer sur des ressources fragiles liées aux conflits, ou accélérer vers des systèmes énergétiques souverains et propres.

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