À Washington, l’après-guerre se prépare déjà, tandis qu’Israël redoute le prix d’un accord avec Téhéran
Le président américain a lui-même affirmé que des discussions étaient en cours avec les « bonnes personnes » en Iran et a laissé entendre qu’un règlement pourrait intervenir rapidement. Dans le même temps, l’Iran nie toute négociation directe, tout en admettant l’existence de canaux indirects via plusieurs médiateurs régionaux. Le Pakistan s’est publiquement dit prêt à accueillir des pourparlers, tandis que des informations concordantes évoquent un rôle actif de Steve Witkoff et Jared Kushner dans la recherche d’une sortie de crise. Sur le terrain diplomatique, le contraste est saisissant : Washington parle d’ouverture, Téhéran affiche sa méfiance, et chacun tente d’imposer son récit avant même qu’un cadre formel ne soit annoncé.
Pour Israël, le problème n’est pas seulement militaire, il est aussi politique. Un nouvel accord américano-iranien rappellerait inévitablement le précédent de 2015, lorsque Benjamin Netanyahu s’était dressé frontalement contre la stratégie de Barack Obama. À l’époque, son intervention spectaculaire devant le Congrès américain avait marqué durablement les relations entre Jérusalem et Washington, sans empêcher la signature du texte. Aujourd’hui, la situation est plus piégeuse encore : le Premier ministre israélien fait face non pas à un président démocrate avec lequel l’affrontement politique était assumé, mais à un président républicain qu’il a lui-même souvent présenté comme le plus favorable à Israël. Critiquer trop ouvertement Trump reviendrait à fragiliser une alliance essentielle ; se taire, en revanche, pourrait laisser passer un accord jugé dangereux pour la sécurité israélienne.
La difficulté tient aussi à la divergence croissante des priorités. Du point de vue américain, l’objectif semble désormais être de refermer rapidement la séquence militaire, de stabiliser les marchés énergétiques et d’éviter un enlisement régional. Le détroit d’Ormuz, les prix du pétrole et le risque d’embrasement généralisé pèsent lourd dans l’équation. Côté iranien, la ligne s’est durcie : Téhéran exigerait de fortes concessions, refuserait toute limitation sur son programme balistique et n’accorderait sa confiance qu’avec d’importantes garanties. Entre ces deux logiques, Israël craint de voir émerger un compromis qui préserverait une partie des capacités iraniennes tout en limitant sa propre liberté d’action militaire. Autrement dit, la guerre pourrait s’achever sur une victoire diplomatique américaine, mais sur une frustration stratégique israélienne.
Rien n’indique encore qu’un accord soit imminent ni qu’il tiendra s’il est conclu. Mais une réalité s’impose déjà : les intérêts de Washington et de Jérusalem ne se confondent plus totalement. Les prochains jours diront si la Maison Blanche cherche un armistice tactique ou un véritable rééquilibrage régional. Pour Israël, le risque n’est pas seulement la fin de la guerre : c’est la forme politique que prendra la paix.
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