La Syrie face au Hezbollah

La Syrie face au Hezbollah

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A la frontière avec le Liban, l’armée syrienne a renforcé son déploiement, en pleine guerre au Moyen-Orient : des blindés sont positionnés derrière des barricades de sable et ses soldats ratissent des tunnels ayant été utilisés par le Hezbollah.

La Syrie oeuvre à se maintenir à l’écart du conflit régional aspirant depuis un mois le Liban, où le Hezbollah pro-iranien et Israël se livrent à une nouvelle guerre.

Dans la province de Qousseir, où le Hezbollah était autrefois implanté, des soldats montrent à un correspondant de l’AFP plusieurs tunnels, récemment découverts par l’armée.

Times of Israel

« En ratissant les zones frontalières », l’armée syrienne a découvert « un réseau de tunnels reliant les deux pays et servant au trafic d’armes et de drogues », déclare à l’AFP le responsable des postes entre la Syrie et le Liban, Mohammad Hammoud.

Selon un commandant syrien, ces tunnels ont servi au Hezbollah.

Le ministère de la Défense a autorisé mercredi un journaliste de l’AFP à documenter le déploiement des renforts militaires, pour la première fois depuis qu’ils ont été dépêchés il y a un mois dans ces zones, où des bulldozers jaunes érigent des barricades de sable.

Le correspondant a observé au moins cinq tunnels. L’un d’eux s’ouvre dans le sous-sol d’une maison, avec des marches en béton menant à des passages étroits et sombres, rappelant ceux du Hamas palestinien.

D’autres, dans des zones montagneuses et escarpées, disposent du courant électrique et de systèmes de ventilation sur tout le tronçon.

Dans l’une des maisons, subsistent encore sur le mur une vieille photo de l’ancien chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, et une autre du commandant militaire iranien Qassem Soleimani.

Des Iraniens roulant à moto devant un panneau d’affichage représentant les dirigeants libanais du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah éliminéz, Hassan Nasrallah (au centre) et son successeur Hashem Safieddine (à droite), ainsi que le général iranien Qasem Soleimani, à Téhéran, le 28 septembre 2025. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

L’est du Liban, de l’autre côté, est un bastion du Hezbollah.

Le mouvement terroriste chiite, qui était intervenu aux côtés des forces gouvernementales syriennes contre les rebelles lors de la guerre civile (2011-2024), s’était emparé en 2013 de la ville clé de Qousseir.

Il a évacué cette région à la hâte lors de la chute du président Bachar al-Assad, renversé fin 2024 par une coalition islamiste hostile à l’organisation libanaise pro-Iran.

Depuis, ses routes d’approvisionnement à partir de la Syrie ont été coupées et les autorités libanaises et syriennes tentent de combattre la contrebande à travers la frontière poreuse.

Israël a par le passé bombardé des points de passage, dans le but de couper les voies d’approvisionnement du Hezbollah.

Le correspondant de l’AFP a vu des sites endommagés par d’anciennes frappes, dont des bâtiments détruits à proximité de l’un des tunnels.

Des soldats syriens patrouillent à pied la zone et un autre surveille de loin un poste de l’armée libanaise.

Damas avait annoncé le 4 mars, peu après le début de la guerre dans la région, que l’armée avait renforcé son déploiement le long des frontières avec le Liban et l’Irak.

La mission des forces déployées est de « contrôler la sécurité aux frontières », indique Mohammad Hammoud.

Selon une source diplomatique, « le gouvernement syrien a subi des pressions pour intervenir au Liban afin de neutraliser la menace du Hezbollah dans la région », ce qu’il refuse jusqu’à nouvel ordre de faire.

« L’armée syrienne n’a aucune intention d’agir militairement, sa mission se limitant actuellement à la surveillance des frontières », a affirmé mercredi à l’AFP une source militaire syrienne.

Les renforts incluent des canons, des blindés, des automitrailleuses et des soldats d’infanterie, a-t-elle précisé.

Bien que se tenant à l’écart des hostilités, la Syrie n’a pas été à l’abri de tensions.

Elle a dénoncé le 10 mars des tirs d’artillerie du Hezbollah vers son territoire, tirés à partir du Liban.

Les présidents libanais et syrien, Joseph Aoun et Ahmad al-Chareh, avaient alors décidé de mieux « contrôler » leur frontière.

« Tant que la Syrie n’est pas directement visée par une partie, elle restera à l’écart du conflit », a répété mardi le président syrien, en visite à Londres. « Quatorze ans de guerre nous suffisent ».

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