« Chacun de vous rentrera dans son bien, où chacun retournera à sa famille » (Vayikra 25,10).
Lorsqu’on interrogea un jour un Ba’al Techouva de quelle façon il avait retrouvé le chemin vers la Tradition, il répondit que ce qui l’avait poussé à la Techouva était le Chabbath.
Il fit le récit suivant : « Un Chabbath, j’ai regardé par la fenêtre, et j’ai aperçu mon voisin religieux revenir de la synagogue le vendredi soir après la prière avec ses enfants, marchant en direction de leur domicile vêtus de leurs habits de Chabbath, le visage radieux ; la Chekhina (Présence divine) semblait reposer sur eux. Le père ressemblait à un marié, entouré de ses garçons d’honneur avançant en direction de leur maison. Et à la maison, l’épouse ornée d’un foulard les attendait, telle une Kala parée, prête à accueillir le ‘Hatan. Les bougies brûlaient et la table était dressée. L’atmosphère était calme et paisible.
« Cette scène m’a profondément touché et j’ai osé demander à mon épouse de modifier sa conduite : elle m’écouta et se réjouit même intensément, et m’avoua que c’était également son souhait, constatant que nous passions le Chabbath dans la tristesse. Nous avons dès lors décidé d’un commun accord de respecter le Chabbath. Dès que nous avons commencé à le respecter, nous nous sommes rapprochés de Hachem par la pratique de Ses Mitsvoth, jusqu’à revenir à un repentir complet. »
La raison pour laquelle on accède uniquement à un repos et une joie authentique par le respect du Chabbath est explicitée dans l’ouvrage Deat Tevounoth (siman 24). En effet, l’âme est une parcelle du divin, et elle désire revenir pour s’attacher à sa source, autrement dit, au Créateur du monde, selon la nature de toute créature qui désire s’attacher à sa racine. De ce fait, l’âme n’a pas de repos tant qu’elle n’atteint pas l’attachement au Créateur.
Lorsque l’homme respecte le Chabbath selon la Halakha et vit cet attachement au Créateur, il bénéficie au moins d’une fois par semaine d’un jour de repos et de sainteté, au cours duquel il cesse son travail et se détache de ses affaires, de la technologie et d’autres activités profanes. Il dispose alors de temps libre et du calme pour s’arrêter et faire le point. Il médite sur l’idée que le monde a un Créateur Qui a créé le monde en six jours et qui nourrit l’homme. Ce dernier doit Le louer pour chaque respiration et se plier à Sa volonté par la pratique des Mitsvoth, but de la Création.
C’est l’une des raisons principales des Mitsvoth du Chabbath, comme nous le mentionnons dans la prière du Chabbath, qui est un « souvenir de l’acte de la Création. » Il est également indiqué dans le Séfer Ha’hinoukh (Mitsva 32) que la source de la Mitsva de Chabbath est de nous permettre d’être libérés de nos occupations en l’honneur de ce jour, pour ancrer en nous la Émouna, fil conducteur de tous les fondements de la religion.
C’est pourquoi le Chabbath se dénomme Yoma denichmata (jour de l’âme), car ce jour est propice au renforcement de l’âme, parcelle du divin. Lorsque l’homme respecte le Chabbath selon la Halakha, en respectant les commandements négatifs et positifs, son âme revient à sa source et se rattache au Créateur, loué soit-Il, et sa véritable volonté se dévoile.
C’est uniquement de cette façon que l’homme a le privilège de vivre un repos et une joie authentique, comme nous l’affirmons dans la prière de Min’ha du Chabbath : « Tu as donné à Ton peuple un jour de repos et de sainteté… un repos complet que Tu désires, que Tes enfants le reconnaissent et sachent que leur repos vient de Toi et par ce repos, ils sanctifient Ton Nom.»
C’est pourquoi, au fil des époques, on remarque que lorsque les Tsadikim cherchent à rapprocher des Juifs éloignés, s’il s’agit de Juifs qui ne respectaient pas le Chabbath, ils tentent au départ de les inciter à se renforcer dans la pratique du Chabbath.
L’homme qui respecte le Chabbath se connecte non seulement à lui-même, autrement dit à son âme qui est le «je» profond de chacun, plutôt qu’à son corps, mais il se rapproche aussi de sa famille. Or, le renforcement de cette relation est impératif pour lui ainsi que pour sa famille.
Lorsque le père de famille, au cours du Chabbath, discute et étudie avec sa famille, et lorsqu’ils partagent le repas, sans être dérangés par le téléphone ou autre perturbation de la semaine, ils bénéficient d’un enrichissement de l’esprit et d’un rapprochement des personnes qui partagent le repas, ainsi que d’un repos et d’une joie authentiques.
En dehors du bénéfice pour l’homme lui-même, on y trouve également un grand intérêt pour consolider la relation entre pères et fils, qui, à notre époque, a largement besoin d’être améliorée. Je l’ai moi-même constaté au fil de mes conversations avec des pères et des enfants, dans le monde entier et au fil des ans : une bonne partie des parents n’a pas établi une bonne relation avec leurs enfants.
Le profit découlant du respect du Chabbath à notre époque est particulièrement manifeste. Les hommes ordinaires qui ne respectent pas le Chabbath passent de longues heures à regarder leurs téléphones, au lieu de passer du temps avec leurs enfants ou leur conjoint. Cela entraîne des conflits et des tensions entre eux et, en conséquence, la famille se dissout.
On a interrogé récemment des milliers d’Américains : si on les obligeait à abandonner soit le Smartphone soit la famille, que choisiraient-ils ? La majorité a répondu préférer se séparer de sa famille !
Ce phénomène provient du fait que les sociétés qui créent ces téléphones et leur contenu investissent beaucoup de réflexion et d’argent de sorte à créer une dépendance qui pousse les usagers à le consulter sans cesse, sans réfléchir aux dégâts qui en découlent.
Mais un Juif qui respecte le Chabbath s’habitue à se déconnecter ce jour-là des épreuves du temps, et est libre pour réfléchir, se retrouver et retrouver sa famille.
Nous en trouvons une allusion dans notre verset : en effet, celui qui respecte le Chabbath est qualifié de « Ich » (homme), terme qui fait référence à la phrase : Yichmerou eth Chabtotaï (Vous respecterez Mes Chabbatoth, Yechayahou 56,4). À ce sujet, les Écritures décrivent le bénéfice qu’il en retire : « Chacun de vous rentrera dans son bien » : qui respecte le Chabbath se rattache au lieu où se tient son âme, c’est-à-dire à son Créateur, « où chacun retournera à sa famille » ; il se rattache ainsi à sa famille et bénéficie ainsi d’un véritable repos et d’une joie authentique.
Chabbath Chalom !
























