Les chefs sécuritaires israéliens face à de sérieux défis

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Par Jacques BENILLOUCHE – Temps et Contretemps – Ill. : Halévy à son enrôlement à l’armée en 1985

L’année 2023 a vu en Israël le changement simultané du ministre de la Défense Yoav Galant et du chef d’État-major, le général Herzi Halévy. En ce qui concerne le ministre, le changement semble radical car il a une réputation de «dur». On rappelle que durant la guerre de 2014, en tant que chef de la zone sud, il avait demandé l’autorisation du gouvernement d’aller arrêter les chefs du Hamas réfugiés dans l’hôpital de Gaza ; ce qui lui avait été refusé. D’ailleurs les actions récentes entreprises contre les terroristes de Djénine dénotent la volonté des nouveaux chefs de neutraliser ceux qui voient dans le terrorisme un moyen de se démarquer de l’Autorité palestinienne.

Ces deux chefs militaires ont pris leurs fonctions dans le cadre du gouvernement le plus à droite et le plus religieux qu’ait connu Israël. Bien que ne portant pas la kippa qu’il estime ne pas être une exigence religieuse mais traditionnelle, Halévy est issu d’une famille orthodoxe. Descendant du rabbin Kook, le premier grand rabbin ashkénaze de la Palestine mandataire britannique, il a étudié dans des Yechivoth. S’il ne porte pas la kippa, surtout à l’armée, il respecte une vie religieuse à sa manière et fréquente toujours la synagogue le jour du Chabbat.

Ces deux dirigeants sécuritaires importants, respectueux des règles militaires et de la discipline les mettant sous les ordres du pouvoir civil, se trouvent en conflit feutré avec Bezalel Smotrich, chef nationaliste du sionisme religieux et avec Itamar Ben Gvir, ministre extrémiste imposé de la Sécurité nationale. Ces derniers se disputent le pouvoir et insufflent au gouvernement une influence radicale. Halévy a été celui qui s’est opposé à toute politisation de l’armée car elle risque de briser le consensus nécessaire au sein de l’institution mais il ne s’oppose pas à plus de religion en son sein. Il souffre d’avoir été nommé par le gouvernement centriste précédent ce qui le rend suspect. Il doit prouver qu’il est respectueux du pouvoir civil qui ne l’a pas nommé et qu’il est à ses ordres car seul l’intérêt de Tsahal et celui du pays sont en jeu.

Les chefs sécuritaires doivent répondre aux défis de l’Iran, de la Syrie, du Hezbollah et des Palestiniens de Cisjordanie. Comme tous les militaires, ils sont adeptes d’opérations ponctuelles pour désorganiser les terroristes mais ils se refusent à envisager une action militaire de grande envergure qui nécessite des moyens militaires exceptionnels et surtout l’aval et le soutien logistique américains. Ils laissent aux politiques le soin de se prononcer sur le programme nucléaire iranien mais ils suivent de près le développement militaire du Hezbollah et l’implantation iranienne en Syrie. En revanche, ils sont plus fermes vis-à-vis de Gaza et montrent une poigne de fer quand le Hamas tente de soutenir les terroristes de Cisjordanie en lançant des roquettes sur le sud du pays. La réplique est violente et immédiate car ils ne perdent pas de vue que le pays fait toujours face à une menace existentielle.

Le nouveau problème auquel Israël est confronté est la volonté de quelques hommes politiques qui ont perdu leur charisme, de se servir de l’armée pour servir leur politique. Ils attirent leur électorat en s’appuyant sur les militaires. Mais quand le premier ministre n’a pas une grande expérience militaire, à l’instar de Yitzhak Rabin, Ariel Sharon, ou Ehud Barak, alors il est contraint de s’appuyer sur les chefs militaires dont il doit avoir une confiance totale.

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