Paris fait pression, le Liban émet des signaux et Dermer est à la manœuvre : un accord dramatique se profile

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En plein conflit, Israël, la France et le Liban étudient l’ouverture d’un canal de discussion pour un éventuel arrangement. Jérusalem souligne que toute avancée dépend de la capacité du Liban à agir contre le Hezbollah et d’un changement de l’équilibre régional face à l’Iran.

Ma’ariv – Anna Barsky 

Alors que les combats se poursuivent et que la campagne régionale est encore loin d’être terminée, Jérusalem, Paris et Beyrouth tentent de vérifier s’il est possible d’ouvrir un canal de discussion entre Israël et le Liban. À ce stade, il n’y a pas de négociation formelle, pas de plan définitif, ni de réponse israélienne officielle. Cependant, des contacts existent, l’intérêt est réel, et une tentative est en cours pour voir s’il est possible de créer une trajectoire commençant par un arrangement limité avant de s’étendre à une démarche plus vaste.

Du côté israélien, c’est Ron Dermer qui centralise le dossier. Bien qu’il n’occupe pas de fonction officielle actuellement, il a été appelé ces dernières semaines par le Premier ministre Benjamin Netanyahou pour s’occuper de la question libanaise. Selon des sources proches du dossier, il est souvent vu entrant dans le bureau du Premier ministre, bien qu’il ne siège pas aux réunions du cabinet. Pour Netanyahou, Dermer possède à la fois l’expérience diplomatique et le niveau de confiance nécessaire pour gérer un dossier aussi sensible, d’autant qu’il touche simultanément au Liban, aux États-Unis et à la scène régionale globale.

La priorité : une action concrète contre le Hezbollah

Des discussions avec des responsables israéliens, il ressort que Jérusalem n’exclut pas un accord avec le Liban, ni même un processus plus large à l’avenir. Au contraire, la position présentée lors d’entretiens en coulisses est qu’Israël n’a aucun intérêt à un conflit avec l’État libanais, son peuple ou son gouvernement. Le problème, pour Israël, demeure le Hezbollah — et le décalage entre le discours politique émanant de Beyrouth et la capacité réelle de l’État libanais à imposer quoi que ce soit à l’organisation armée la plus puissante du pays.

C’est aussi ce qui explique la prudence israélienne. Selon une source israélienne, depuis le début de la campagne, davantage d’attaques ont été menées contre Israël depuis le sol libanais que depuis le sol iranien. Pour Jérusalem, c’est ce chiffre qui dicte les priorités : avant de parler de normalisation, d’arrangement ou d’accord intérimaire, Israël veut voir que le Liban est capable d’agir contre le foyer de la menace opérant sur son territoire.

Dans les échanges avec les acteurs impliqués dans la relance des discussions, on ne parle pas seulement de désarmement — un objectif que même Israël ne présente pas comme une étape simple ou immédiate. La ligne directrice est plus large : si le gouvernement libanais souhaite convaincre de son sérieux, il devra montrer des mesures contre l’appareil de pouvoir du Hezbollah dans d’autres domaines : blocage des sources de financement, action via le système bancaire, atteinte aux infrastructures civiles et institutionnelles qui permettent à l’organisation de fonctionner, et démonstration de l’autorité souveraine au Sud-Liban. En d’autres termes, Jérusalem veut tester non seulement si Beyrouth est prêt à parler, mais s’il est prêt à toucher aux mécanismes qui maintiennent le Hezbollah en position de force.

Qu’est-ce qui vient en premier ?

De là découle l’une des questions centrales restées sans réponse claire : l’ordre des priorités. Israël n’a pas encore formulé de ligne publique arrêtée sur la question de savoir si les mesures libanaises doivent précéder l’ouverture des discussions, ou si elles pourront être examinées au cours du processus. La notion d' »accord intérimaire » n’est pas non plus totalement définie. Les discussions avec les responsables israéliens montrent que cette option est à l’étude, mais il n’est pas encore clair s’il s’agit d’une idée temporaire destinée à stabiliser la frontière et à réduire les tirs, ou d’une première étape vers une démarche plus globale.

Le rôle de la France et le « facteur Nabih Berri »

Parallèlement, la France tente constamment de pousser les parties vers l’avant. Une source française a indiqué qu’aucune réponse officielle n’a été reçue du côté israélien pour le moment, malgré des signes d’intérêt. C’est probablement la description la plus précise de la situation actuelle : ni une percée, ni un rejet, mais un examen prudent. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’est entretenu mercredi avec son homologue israélien Gideon Sa’ar, avant de se rendre au Liban pour des discussions avec le président Joseph Aoun, le Premier ministre Nawaf Salam et le président du Parlement Nabih Berri. Pour Paris, l’objectif immédiat est de freiner une nouvelle escalade, tout en tentant de voir si le système libanais peut redevenir un interlocuteur étatique effectif.

Cependant, à Jérusalem, on ne regarde pas seulement vers le président libanais. Selon un haut responsable israélien, celui qui préoccupe réellement les décideurs en Israël est Nabih Berri. On estime que Joseph Aoun est très favorable à un accord et que les Français investissent des efforts considérables pour faire avancer le processus. Mais en Israël, on considère que la question cruciale n’est pas de savoir qui veut un accord, mais qui est capable de prendre une initiative diplomatique et de la traduire en un consensus politique capable de tenir face au Hezbollah. En ce sens, Berri est perçu à Jérusalem comme une figure clé : l’homme capable d’apporter un soutien politique chiite à une telle démarche, ou de la bloquer.

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