Chavou’oth, le rabbi de Kalov : « L’étude de la Tora porte-t-elle atteinte à notre parnassa ? »

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A l’heure où nous nous préparons à la fête de Chavou’oth célébrant le don de la Tora, examinons l’argument du Yétser hara’ extrêmement répandu selon lequel l’étude de la Tora est un obstacle à la parnassa.

L’argument le plus fréquent concerne les enfants et les jeunes élèves, à qui l’on est « obligé » d’inculquer la majeure partie de la journée divers enseignements profanes, pour que par la suite, ils puissent se choisir une profession facile et honorable. En revanche, s’ils se consacrent beaucoup à l’étude de la Tora dans leur jeunesse, ils n’auront pas de moyen de subsistance.

De même, il est tentant de considérer des adultes s’adonner au commerce qui consacrent de leur temps à des cours de Tora le matin et le soir, comme une perte de revenus possibles ; en effet, pendant le temps de leur étude, ils pourraient se consacrer à leurs affaires et gagner davantage… Le mauvais penchant incite également l’homme à s’investir davantage dans ses affaires et à minimiser son étude de la Tora, jusqu’à l’abandonner totalement.

Mais il convient de rétablir la vérité : non seulement l’étude de la Tora ne réduit pas l’intelligence de l’homme nécessaire pour subvenir à ses besoins, elle accroit bien au contraire son discernement. Par la sainte Tora, l’homme peut apprendre aisément toutes sortes de savoirs. Nos Sages nous enseignent en outre que plus les érudits prennent de l’âge, plus leur sagesse s’installe.

Et dans la parachath Vaet’hanan 4,6 nous trouvons : « Observez-les et pratiquez-les ! Ce sera là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples, car lorsqu’ils auront connaissance de toutes ces lois, ils diront : « Elle ne peut être que sage et intelligente, cette grande nation ! » » Le Ramban explique que les cinquante portes de la sagesse créées dans le monde incluent également toutes les sciences de la nature, et toutes ces portes, jusqu’à la cinquantième, ont été transmises à Moché rabbénou, et tout a été écrit dans la Tora sous forme explicite ou par allusion ; de ce fait, les grands Sages en Tora sont spécialistes des sciences naturelles, sans s’être jamais penché sur des livres de sciences.

Il est également écrit (19,8) : « Le témoignage de l’Eternel est véridique, il donne la sagesse au simple » ; même un homme qui n’a pas de prédispositions particulières au départ, s’il étudie la sainte Tora, peut s’élever et devenir intelligent et vif d’esprit. Le monde entier reconnait que rien n’égale la sagesse de la Tora.

Je l’ai constaté à Budapest entre autres : il existe des écoles « juives » où les non-Juifs sont également acceptés en grand nombre. Ils veulent que leurs enfants se forment par l’étude de la Tora à devenir de brillants hommes d’affaires comme les Juifs.

Il y a environ cinquante ans, je m’étais entretenu avec un avocat réputé de Londres, un Juif traditionnel, qui butait sur une difficulté inhérente à la loi britannique. Je lui donnai alors un conseil qui lui plut, et il me répondit : « Je vois désormais que ceux qui étudient la Tora parviennent à démêler des lois complexes qui posent problème à des avocats initiés, cela me rappelle une formule célèbre employée avant la Shoah dans ma patrie natale : ceux qui étudient la Guemara, disait-on, possédaient une vivacité d’esprit particulière ».

Un Juif portant une longue barbe et âgé d’une quarantaine d’années était venu me demander une bénédiction pour se marier : il avait été prêtre à Los Angeles dans une église catholique qui comportait vingt-mille membres. Sa communauté l’avait mandé en Erets Israël pour tenter d’exercer une influence en tant que prêtre missionnaire. De retour chez lui, il décida de revenir de lui-même en Israël pour convaincre les Juifs de se convertir, et afin de les influencer plus directement, il commença à étudier la Guemara ; en saisissant la sagesse de la Tora, un changement se produisit et il se convertit.

Mais la méthode la plus puissante pour contrer le mauvais penchant qui veut écarter l’homme de l’étude en faveur de sa subsistance consiste à se renforcer dans la émouna, dans l’idée que D’ est maître de toutes les actions. On ne fera pas dépendre notre réussite de notre propre intelligence en prétendant que grâce à des études générales, on a obtenu une source de revenus. Lorsque l’homme fait sa part d’effort pour obtenir son gagne-pain, il doit savoir que le résultat dépend uniquement du Saint béni soit-Il.

Nous avons hérité cette émouna de nos ancêtres, qui ont eu droit à accéder à cette foi à leur arrivée dans le désert du Sinaï, où ils ont reçu la sainte Tora pour l’étudier et l’enseigner, la garder et l’accomplir.

Le Saint béni soit-Il a incité les enfants d’Israël à se renforcer dans leur foi à la sortie d’Egypte, lorsqu’ils sont se sont lancés, avec un sens du sacrifice, dans le désert isolé rempli de serpents et de scorpions, affrontant une terre non cultivée et incultivable, des vents puissants et une chaleur suffocante. En dépit de ces conditions, ils sont partis, et le Créateur du monde a élevé les enfants d’Israël, le jour de cette sortie, à un niveau de grandeur proche du divin.

Mais de suite après le départ, ils sont revenus à leur état antérieur, et après avoir goûté à l’élévation et au plaisir d’une foi parfaite, ils ont dû se parfaire dans leur foi. Lorsqu’ils se sont tenus, pris au piège, avant l’ouverture de la Mer des Joncs le septième jour de Pessa’h, leur foi et leur confiance étaient encore lacunaires, c’est pourquoi ils songèrent à divers stratagèmes, énumérés par le Talmud.

Nos ancêtres se sont divisés en quatre groupes devant la mer : l’un d’eux a proclamé : « Nous allons tomber dans la mer », le suivant a dit : « Revenons en Egypte », le troisième a déclaré : « Entrons en guerre avec eux » ; et le dernier groupe : « Hurlons contre eux. » Au final, Moché les a renforcés par des propos de émouna, et ils ont eu droit à voir leur délivrance de manière inimaginable : le Saint béni soit-Il a fendu la mer devant eux, défiant les lois de la nature et de la logique. Ils sont restés en vie, et de surcroît, les Egyptiens ont péri dans la mer, et nos ancêtres se sont enrichis grâce au butin de la mer. Ils ont alors découvert que le mal apparent était en réalité un bien envoyé du Ciel.

Nos Sages ont attesté à ce sujet : la subsistance de l’homme est aussi difficile que l’ouverture de la Mer des Joncs. On le constate dans la difficulté de l’homme à trouver une source de revenus. Il pense parfois qu’en prenant telle décision, il réussira certainement grâce à sa perspicacité, à gagner beaucoup d’argent, mais au final, il découvre qu’on ne peut s’appuyer que sur notre Père céleste, ce qui contribue à renforcer sa confiance dans le Tout-puissant. Il a ensuite droit à être aidé dans sa parnassa par un moyen qu’il n’avait absolument pas envisagé. Parfois, même le premier échec se transforme en bienfait, comme pour l’ouverture de la Mer des Joncs.

Les enfants d’Israël se sont de plus en plus renforcés dans cette émouna au fil des jours séparant Pessa’h de Chavou’oth. Au bout de sept semaines, ils sont parvenus à une foi parfaite, et le Roi des rois S’est dévoilé à eux au Mont Sinaï, où ils ont reçu la Tora.

Tous les Juifs sont descendants de nos ancêtres qui se sont sacrifiés pour fixer des moments d’étude de la Tora, pour élever leurs fils dans des institutions de Tora ; aujourd’hui, au moment du don de la Tora, chaque Juif doit se renforcer dans ce domaine, et aura droit grâce à cet effort, à beaucoup de réussite, à une grande satisfaction de ses enfants et à bénéficier d’influences positives et de bonnes nouvelles.

 

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