Deux dynamiques se croisent en Israël et dessinent une même réalité stratégique

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Quelle ligne de lecture nous voyons?
Professeur Michael Ayache
Sur le front iranien, la séquence est claire pour qui veut bien la regarder en face.
L’arrivée de l’amiral Brad Cooper, patron du CENTCOM, pour des entretiens serrés à la Kirya avec Eyal Zamir et la haute hiérarchie de Tsahal n’a rien d’une tournée protocolaire : c’est la traduction concrète d’un alignement stratégique entre Washington et Jérusalem en vue d’un possible affrontement direct avec le régime des mollahs.
Trump a déjà lancé son « armada » vers la région, avec un groupe aéronaval redéployé, des moyens aériens supplémentaires et un signal explicite à Téhéran : si l’Iran continue à réprimer dans le sang, à foncer vers la bombe et à attaquer les alliés des États‑Unis, l’option militaire ne sera plus un simple slogan.
Pour nous, c’est exactement le type de configuration qu’il fallait : une superpuissance prête à assumer la confrontation, et un Israël qui n’est plus un passager inquiet mais un partenaire militaire à part entière dans la construction de la réponse.
En parallèle, un autre front – plus discret mais tout aussi décisif – se joue autour de Gaza et de « l’après‑Hamas ».
La présence en Israël de Kushner et Witkoff, hommes de confiance de Trump, montre que la Maison‑Blanche veut avancer rapidement sur une architecture post‑guerre à Gaza, qui s’inscrit dans la même logique : briser l’axe des Frères musulmans et de l’islam politique allié à l’Iran, et recentrer l’avenir de la bande sur des partenaires plus responsables.
Là, Israël marque une ligne rouge nette : pas question que la Turquie d’Erdogan ou le Qatar – parrains politiques, financiers et médiatiques du Hamas – se voient offrir une place d’honneur dans un dispositif estampillé « plan Trump ».
A notre point de vue, ce serait une absurdité stratégique et morale : on ne peut pas se préparer à frapper le cerveau de l’axe islamiste à Téhéran tout en récompensant deux de ses principaux soutiens sunnites en leur confiant la clé de Gaza.
En réalité, les deux dossiers n’en font qu’un : la bataille pour l’architecture régionale de l’après‑guerre.
Sur le plan militaire, la coordination CENTCOM–Tsahal vise à s’assurer que le jour où Trump décidera de frapper l’Iran, Israël ne sera ni surpris ni désarmé, mais capable d’exploiter ce moment pour affaiblir durablement le Hezbollah, l’axe chiite et leurs proxies autour de ses frontières.
Sur le plan politique, le bras de fer autour de Gaza vise à empêcher que l’espace libéré du Hamas soit occupé par une alliance Turquie‑Qatar‑Frères musulmans qui prolongerait la menace contre Israël sous un vernis de « reconstruction » ou de « gestion civile » acceptable pour les Européens. Mais pour nous, il y a donc une cohérence à exiger de l’administration Trump une ligne claire : si l’on parle de guerre contre l’axe iranien, cela implique aussi de couper le cordon avec les plateformes sunnites qui servent d’incubateurs idéologiques, financiers et médiatiques à la haine d’Israël.
On voit alors se dessiner deux exigences indissociables.
D’un côté, pousser Trump à tenir jusqu’au bout sa promesse implicite : ne pas se contenter des sanctions sur la « shadow fleet » iranienne ou des avertissements verbaux, mais être prêt, le moment venu, à porter un coup réel contre les capacités du régime – tout en protégeant Israël d’une riposte par proxies.
De l’autre, exiger que le « plan Gaza » reste fidèle à l’esprit d’alignement stratégique Washington–Jérusalem : pas de cadeau à Erdogan, pas de rôle central pour Doha, mais un cadre où la sécurité d’Israël, la démilitarisation durable de Gaza et la marginalisation des islamistes ne sont pas négociables.
La fenêtre qui s’ouvre aujourd’hui est donc double : frapper l’axe iranien avec l’appui américain et, en même temps, sceller l’avenir de Gaza dans un sens qui renforce Israël au lieu de l’enfermer dans un nouveau piège islamiste sous patronage turco‑qatari.

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