L’incroyable travail des dentistes mobilisés pour identifier le corps de Ran Guevili à Gaza

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« C’est Rani, c’est lui ! » s’est exclamée le Dr Assi Sharon à Gaza, en ouvrant la photo envoyée depuis le cimetière de Shajaiya. Après plus de deux ans d’attente, la dentiste qui dirigeait l’équipe d’identification venait de reconnaître instantanément le major Ran Guevili, dernier otage encore porté disparu.

Le Dr Sharon, 51 ans, mariée et mère de trois enfants de Jérusalem, est volontaire au département d’identification médico-légale depuis 16 ans. Elle dirige aujourd’hui l’unité de dentistes volontaires de la brigade MAZF et possède une vaste expérience dans ce domaine tragique : elle a identifié Oron Shaul et Hadar Goldin, enlevés à Gaza en 2014, et depuis le 7 octobre, son unité a participé à l’identification de centaines de victimes.

Samedi, le Dr Sharon et son adjointe, le Dr Ilana Engel, toutes deux enseignantes à la faculté de médecine dentaire de l’Université hébraïque, ont rejoint l’unité 6017 du Corps médical pour une mission d’identification sur le terrain. Dimanche après-midi, elles sont entrées dans Gaza avec les combattants jusqu’au cimetière de Shajaiya.

Une nuit d’identification intensive

L’équipe dentaire composée d’une vingtaine de membres avait installé un véritable poste d’identification de campagne, équipé d’un appareil de radiographie mobile et d’ordinateurs portables. « D’après les renseignements, on s’attendait à trouver 800 corps dans le cimetière. Nous étions animés d’une grande motivation, dans un seul objectif : ramener Rani chez lui », raconte le Dr Sharon à Ynet. Au total, plus de 250 corps ont été examinés par ces experts sur le terrain avant de trouver celui de Ran Guevili.

La nuit entre dimanche et lundi, les engins de génie ont commencé à creuser. Les dentistes descendaient dans les fosses pour photographier les corps. « C’est ainsi que nous avons identifié 200 corps pendant la nuit », précise-t-elle. Chaque corps recevait un numéro pour faciliter le suivi.

Lundi après-midi, à 14h52 précises, une photo dentaire apparaît sur le téléphone du Dr Sharon. « J’ai ouvert la photo et je me suis dit : ‘C’est Rani' », se souvient-elle, la voix encore marquée par l’émotion. « J’ai immédiatement demandé au dentiste sur place d’apporter le corps numéro 251 pour une radiographie. »

Elle connaissait par cœur le dossier dentaire de Ran Guevili. « Mes mains tremblaient, j’avais du mal à parler », confie-t-elle. Elle envoie alors un message au chef du service médico-légal, le commissaire Meir Dukan, qui lui dit : « Dis-moi que c’est Rani, j’ai envie de pleurer. » Ce à quoi elle lui répondu : « Attends un peu avant de pleurer, le temps que nous terminions la radiographie. »

Quelques minutes plus tard, après avoir comparé la radiographie avec celles prises lors de l’engagement de Ran Guevili dans l’armée, le Dr Sharon envoie un nouveau message : « Vous pouvez pleurer. Rani a été formellement identifié. »

« L’émotion était palpable, tout le monde pleurait », raconte la dentiste. En quelques minutes, l’information remonte la hiérarchie militaire jusqu’au chef d’état-major, au ministre de la Défense et au Premier ministre, ainsi qu’au chef de la police, Dany Levy. Ce dernier, qui visitait alors une exposition sur le 7 octobre au Musée de la Tolérance à Jérusalem, pose sa main sur une photo de Ran Guevili exposée : « Tu es enfin rentré chez toi. »

Une cérémonie militaire s’est déroulée sur place, en présence du chef d’état-major Eyal Zamir et du commandant du commandement Sud.

Au retour en Israël, la dentiste décrit la scène : « J’ai vu des gens sur le bord de la route agitant le drapeau israélien en l’honneur du retour de Rani. La première chose que j’ai faite, c’est d’enlever le ruban jaune, symbole des otages, de mon cou. Aujourd’hui, Rani rentre à la maison. »

Avant de quitter Gaza, elle avait apposé un écusson de la police israélienne sur le corps de Ran Guevili. Dès leur retour en Israël, le Dr Sharon et son équipe ont rencontré les parents de l’otage pour leur annoncer personnellement la nouvelle.

Le commissaire Meir Dukan a salué le travail de l’unité : « Les dentistes volontaires sont opérationnels depuis le premier jour de la guerre, identifiant les victimes et apportant la certitude aux familles, afin de permettre leur inhumation. Ces dentistes accomplissent une œuvre sacrée ».

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