« Souviens-toi du jour de Chabbath pour le sanctifier (…). Honore ton père et ta mère » (Chemoth 20,8-12).
On raconte au sujet de rabbi Moché de Shinova zatsal que, lorsque dans le foyer de ses parents, la situation financière était extrêmement difficile, il endossa la responsabilité de circuler entre les petites localités et les villages pour collecter des pièces pour assurer la subsistance du foyer.
Lors d’une réception organisée en son honneur dans l’un des villages se trouvait un Juif qui savait que la consommation de boisson alcoolisée était très dangereuse pour sa santé et de ce fait, il se leva et déclara : « Si le rav boit un verre d’alcool, je donnerai une pièce d’or pour cette cause. »
Il pensait ainsi se rendre quitte, mais le rav répondit : « Il est évident que par le mérite de la Mitsva d’honorer mon père, l’alcool ne me fera aucun mal. » Il but tout le verre, et en effet, cela ne lui causa aucun mal.
Ce récit est un exemple parmi de nombreux autres, au fil des époques, où l’on constate que, par le mérite de la Mitsva d’honneur aux parents, on obtient une belle récompense de protection et de réussite au-delà de la nature.
Pourquoi la récompense pour cette Mitsva est-elle si grande ?
Nos Maîtres (Sanhédrin 90a) affirment que Hachem opère selon le principe de mesure pour mesure. De même, les ouvrage sacrés nous expliquent (Kedouchat Lévi entre autres) que le verset dit : ‘L’Éternel est ton ombre » (Tehilim 121:5). Le Ba’al Chem tov explique que, tout comme ton ombre fait les mouvements inverses aux tiens, de même, Hachem est le miroir et l’ombre de la conduite d’un homme.
Il est humain d’accuser les autres de ses propres défauts, luttes et défis. Et les gens ont tendance à accuser leurs parents, qui les ont élevés, de tous ces défauts. Il existe un yétser hara’ puissant qui pousse l’homme à estimer que leur vie serait meilleure si leurs parents avaient eu recours à une meilleure approche pédagogique ou leur avaient fourni de meilleures conditions, etc.
Si par exemple, quelqu’un a grandi dans un foyer où ses parents ne se sont pas intéressés suffisamment à lui, le yétser hara’ le convainc d’accuser ses parents de ce manque d’attention. Et si un homme grandit dans un foyer où ses parents s’intéressent beaucoup à son bien-être, le yétser hara’ emploie l’argument inverse : ils t’ont étouffé ! Tu avais besoin de plus de liberté et de moins d’attention !
Dans tous les cas, le mauvais penchant cherche à décharger l’homme de toute responsabilité personnelle pour ses échecs et en fasse porter la responsabilité sur quelqu’un d’autre.
Lorsqu’une personne regrette ses fautes, les admet et y renonce, sa Techouva sera certainement acceptée par Hachem. En revanche, si le fauteur dissimule ses transgressions en faisant porter le poids de sa culpabilité sur ses parents, en prétendant qu’ils ne l’ont pas éduqué correctement, il s’ajoute une faute supplémentaire. En effet, un tel personnage abandonne les voies de son père pour suivre ses propres désirs et aggrave la situation en rejetant également la faute sur ses parents.
Ce verset (Vayikra 26,40) nous enseigne : » Puis ils confesseront leur iniquité et celle de leurs pères (…) pour laquelle Moi aussi Je les aurai traités hostilement » : lorsque les hommes attribuent leurs iniquités et leurs trahisons aux échecs de leurs pères, alors : « Moi aussi, Je les traite hostilement. »
Même lorsqu’il existe des raisons solides d’accuser ses parents, nous sommes toujours soumis au commandement de juger chacun favorablement et de voir le bien en eux. Lorsqu’un certain incident peut être interprété de manière positive ou négative, il nous est prescrit de l’interpréter favorablement. Si cette obligation s’applique à chaque Juif, à plus forte raison, une personne doit-elle juger ses parents favorablement, car la Mitsva d’honorer ses parents nous impose cette obligation.
Le Séfer ‘Harédim indique que nous devons honorer nos parents de tout cœur et en toute sincérité. Mais si vous vous focalisez sur les défauts de vos parents et que cela vous induit à les déconsidérer ou à les considérer sous un ange négatif, la Tora décrit une telle personne ainsi : « Maudit soit celui qui déshonore son père et sa mère » (Devarim27,16).
Même si vos parents vous blessent intentionnellement, vous ne pouvez vous mettre en colère ou les accuser. Vous devez retenir l’enseignement suivant du Ba’al Chem Tov. Nos Sages (Zohar Beréchith 27b) nous enseignent que « quiconque se met en colère est comparé à quelqu’un qui livre un culte idolâtre. » Le Ba’al Chem Tov explique que l’on doit comprendre que tous les événements de notre vie sont soumis à la Hachga’ha Pratit, la Providence divine, et que Hachem est la cause de tout ce qui nous arrive. De ce fait, si l’on se met en colère contre quelqu’un et qu’on l’accuse de nous avoir causé du tort, cette colère est un signe de l’affaiblissement de notre Émouna, notre foi. Car par la colère, on incarne la croyance que quelqu’un a le pouvoir de nous causer du tort en dehors de Hachem ; cela revient à assigner un pouvoir à un autre être que Hachem. De ce fait, la colère ressemble à un culte des idoles.
Si quelqu’un honore et respecte totalement ses parents en tout temps et surmonte ainsi la nature humaine qui le pousse à accuser ses parents, de ce fait, mesure pour mesure, comme il a dépassé ses tendances naturelles, Hachem le récompense au-delà de la nature.
Cette idée a une similarité avec celle du respect du Chabbath. Il est naturel pour l’homme de désirer travailler une journée de plus pour gagner davantage d’argent. De ce fait, on reçoit une récompense au-delà de la nature lorsqu’on respecte le Chabbath et qu’on s’abstient de travailler, comme l’enseignent nos Sages (Chabbath 118b) : toute personne qui se délecte dans le Chabbath bénéficie d’un héritage illimité.
De même, il est dit (Bétsa 16a) que la subsistance de l’homme est fixée dans le Ciel d’un Roch Hachana au Roch Hachana suivant, à l’exception des dépenses pour le Chabbath et les fêtes ; ceci est contre nature, car comme on a dépensé de l’argent, cette somme devrait être soustraite, mais en réalité, en effectuant des dépenses pour le Chabbath et le Yom Tov, on reçoit davantage.
Le Ba’al Hatourim explique au sujet des Dix Commandements : « Il a juxtaposé l’honneur à accorder aux parents au commandement du Chabbath pour vous enseigner que tout comme on est obligé d’honorer le Chabbath, on est obligé d’honorer son père et sa mère. »
Quel est le rapport entre la Mitsva du Chabbath et celle d’honorer ses parents ? D’après ce que nous venons de mentionner, la réponse est facile : tout comme le respect de la Mitsva du Chabbath est contraire à la nature, le respect de la Mitsva d’honorer les parents est contraire à la nature. Ainsi, ils sont juxtaposés l’un à l’autre pour nous enseigner qu’ils sont égaux et que, par le respect de ces deux commandements, on bénéficie d’une belle et longue vie au-delà de l’ordre naturel.
Chavoua tov !


























