Quand une publicité provoque une crise de confiance

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La publication de deux publicités pleine page dans des quotidiens australiens de premier plan a déclenché une vive controverse au sein de la communauté juive locale. Financé par le Conseil juif d’Australie (JCA), ce message visait à dénoncer la visite officielle du président israélien Isaac Herzog dans le pays, en affirmant que plus de 1 000 Juifs australiens s’opposaient à sa venue. Rapidement, le contenu et la crédibilité de cette campagne ont été remis en question.

Parue simultanément dans le Sydney Morning Herald et The Age, l’annonce intitulée « Les Juifs disent non ! » présentait une liste de signataires supposés, censés représenter une opposition large et structurée. Or, plusieurs anomalies ont été relevées : le nombre réel de noms était inférieur à celui annoncé, et certains signataires se sont révélés inexistants ou inscrits sans leur consentement.

Parmi eux, David Slade, dirigeant d’une chaîne de pharmacies et figure engagée de la philanthropie juive en Australie, a publiquement dénoncé l’utilisation abusive de son identité. Il a affirmé n’avoir jamais signé ni autorisé la diffusion de son nom, qualifiant la démarche de grave entorse à l’éthique. D’autres personnes ont exprimé des démentis similaires, renforçant le malaise autour de la méthode employée.

La liste contenait également des éléments troublants : un terme hébreu insultant déguisé en nom propre, des références à des personnages fictifs, ainsi que les noms de kapos ayant collaboré avec l’Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale. Pour de nombreux observateurs, ces ajouts suggèrent soit un manque manifeste de vérification, soit une volonté délibérée de provocation.

Un autre point a nourri la critique : contrairement à ce qu’affirmait le slogan de la publicité, la pétition était ouverte aux non-Juifs. Les signataires pouvaient s’identifier comme « Juifs australiens » ou comme « alliés non juifs », ce qui relativise fortement la portée communautaire revendiquée. Même en prenant les chiffres au plus haut, cette initiative ne représenterait qu’une fraction infime des quelque 110 000 à 120 000 Juifs vivant en Australie.

Plusieurs responsables communautaires ont dénoncé le choix des médias de relayer une position marginale. Peter Wertheim, directeur général du Conseil exécutif de la communauté juive australienne, a estimé que cette campagne entretenait une image trompeuse d’un prétendu rejet massif d’Israël. Selon lui, si les débats existent, un large consensus demeure sur le droit d’Israël à exister et à vivre en sécurité.

Des données issues d’une étude menée en 2023 par l’Université Monash confirment cette analyse : une très large majorité des Juifs australiens déclarent entretenir un lien fort avec Israël et considérer son existence comme essentielle à l’avenir du peuple juif.

Enfin, la controverse s’est intensifiée lorsque la JCA a été associée à des organisations controversées, dont un groupe lié au Hezbollah et des réseaux proches des Frères musulmans, pour réclamer le refus de visa du président israélien. Cette alliance a suscité incompréhension et inquiétude chez de nombreux membres de la communauté, accentuant les divisions et posant la question de la légitimité des voix mises en avant dans l’espace public.

Jérémie de Jforum.fr

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