Comme sous Biden : le message que Trump envoie avec l’arrivée du porte-avions – également à Israël
Le déploiement des forces américaines dans la région, l’arrivée du porte-avions en Méditerranée orientale et l’annonce d’une « fenêtre d’opportunité » pour les négociations indiquent que le conflit a peut-être été reporté, mais pas abandonné. Israël se prépare à une campagne plus longue, parallèlement à des attaques préliminaires au Liban et à des préparatifs tendus pour le Ramadan. Sur le plan intérieur : l’entrée de la députée Limor Son-Har Melech à Gaza suscite de vives critiques et soulève des questions sur la responsabilité, le droit et l’ordre en temps d’urgence.
Les tensions en vue d’une guerre avec l’Iran se sont peut-être légèrement apaisées au cours du week-end, mais divers rapports en provenance de Washington indiquent que sa probabilité a en réalité augmenté, même si elle est reportée de quelques jours ou semaines.
On peut également tirer des enseignements d’autres événements. Le New York Times a rapporté hier que des troupes américaines sont en cours d’évacuation de diverses bases dans la région du Golfe et que les Américains cherchent à y déployer des systèmes de défense aérienne supplémentaires afin de mieux protéger leurs bases et leurs alliés. Ce déploiement massif devrait être achevé d’ici la mi-mars, ce qui pourrait indiquer le moment opportun pour les Américains, compte tenu du délicat équilibre qu’ils doivent trouver entre offensive et défensive.
Hier, le porte-avions « Gerald Ford », le plus grand et le plus moderne au monde, a été aperçu traversant le détroit de Gibraltar en direction de la Méditerranée orientale . Selon les informations disponibles, il est prévu qu’il accoste près des côtes israéliennes pour contribuer à leur défense, voire servir de base pour d’éventuelles attaques contre l’Iran. Il est possible que son déploiement en Méditerranée, et non dans le golfe Persique où sont stationnés d’autres porte-avions, vise à disperser les ressources face à la menace iranienne, ainsi qu’à dissuader les alliés de Téhéran, menés par le Hezbollah, de se joindre à la campagne.
La dernière fois qu’un porte-avions américain a été stationné près d’Israël remonte immédiatement après l’attaque du 7 octobre. À l’époque, Washington estimait qu’Israël était confronté à une menace existentielle et cherchait à contribuer à sa défense et à dissuader ses ennemis. Son arrivée fut accompagnée du fameux discours du président Biden, « Ne le faites pas », qui, rétrospectivement, s’est avéré viser non seulement les ennemis d’Israël, mais aussi Israël lui-même, puisqu’il envisageait une frappe préventive contre le Hezbollah. Il est possible que Washington cherche désormais à délimiter clairement ses frontières territoriales et à s’assurer que la campagne, si elle est lancée, ne déborde pas de celles-ci.
Israël se préparait à l’éventualité d’une attaque dès la fin de la semaine dernière, mais les tensions se sont apaisées après les déclarations du président Trump, qui a accordé un délai supplémentaire de 10 à 15 jours pour les négociations. Si cette déclaration n’était pas une manœuvre dilatoire, on peut en déduire l’intention américaine de donner à l’Iran une nouvelle chance avant le déclenchement d’un conflit. Ce délai permet également de finaliser les préparatifs opérationnels dans la région et de stabiliser le contexte politique et idéologique nécessaire à leur mise en œuvre.
On a appris aujourd’hui que l’Europe exige de Trump qu’il clarifie les objectifs de la guerre, tandis qu’un sondage publié aux États-Unis révèle que seulement 36 % des Américains soutiennent le président. Face aux réserves compréhensibles de l’opinion publique américaine quant à une nouvelle guerre au Moyen-Orient, qui pourrait s’avérer complexe, on comprend mieux pourquoi Trump cherche à se présenter comme celui qui a tout fait pour l’éviter.

Trump envisage plusieurs options, dont une frappe limitée, pour tenter de contraindre l’Iran à la souplesse dans les négociations. Il est toutefois peu probable que cette stratégie porte ses fruits : l’agence Reuters a rapporté aujourd’hui que le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a refusé d’ouvrir une enveloppe contenant une proposition américaine relative à la question des missiles. Cela pourrait indiquer que l’Iran estime avoir encore une marge de manœuvre dans les négociations, ou qu’il interprète mal les intentions de Washington.
Israël se prépare à une campagne plus longue que celle de juin dernier. Malgré le silence verbal auto-imposé par l’élite politico-sécuritaire, il est difficile d’ignorer l’impression que certains souhaitent un lancement immédiat de la campagne, avec pour objectif déclaré non seulement d’endommager les systèmes nucléaires et balistiques, mais aussi de renverser le régime. Cet objectif particulièrement ambitieux dépend de nombreux facteurs, notamment de la volonté du peuple iranien de descendre à nouveau dans la rue et des facteurs internes qui permettront la prise de pouvoir à Téhéran.
Parallèlement, Israël s’efforce de réduire les risques. L’attaque menée samedi soir contre des cibles du Hezbollah – principalement liées au système de missiles – visait à neutraliser des capacités qui auraient pu être utilisées contre Israël et ses commandants. Le fait que le Hezbollah se soit abstenu de riposter cette fois-ci témoigne de la force de la dissuasion israélienne au Liban et renforce les interrogations quant à une éventuelle entrée en guerre de sa part. En juin dernier, il ne l’avait pas fait, mais il subit aujourd’hui de fortes pressions de la part de l’Iran, qui cherche à utiliser tous les moyens possibles pour se défendre et dissuader ses ennemis.
Le vent souffle fort ici aussi
Par ailleurs, deux autres points méritent d’être soulignés. Premièrement, l’entrée de la députée Limor Son-Har Melech à Gaza constitue une violation de la loi qui met en danger les soldats et exige une enquête et des poursuites. L’immunité parlementaire des membres de la Knesset ne saurait justifier l’impunité, et, par ses agissements, Mme Son-Har Melech porte atteinte à la sécurité d’Israël.
Le deuxième sujet est le Ramadan. La première prière du vendredi, vendredi dernier, s’est déroulée dans un calme relatif, mais compte tenu de la possibilité d’une guerre en Iran qui étendrait l’étendue de la région, les semaines à venir s’annoncent tendues. Bien que les médias israéliens n’en parlent que rarement, la Judée-Samarie est loin d’être apaisée : les frictions entre Palestiniens et Juifs s’intensifient et un nombre alarmant de menaces terroristes, émanant aussi bien de Palestiniens que de Juifs, ont été recensées.
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