Allemagne: l’exclusion des Juifs depuis le 7 octobre

Allemagne: l’exclusion des Juifs depuis le 7 octobre

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Police devant les synagogues, symboles juifs cachés, violences : les juifs sont exclus et menacés en Allemagne. Une étude décrit cette « nouvelle normalité antisémite ».

Franziska Müller

Le 7 octobre 2023, la milice terroriste Hamas a attaqué Israël, tuant plus de 1 200 personnes et en enlevant 251. L’attaque a été qualifiée d’attentat terroriste contre Israël. Mais au lieu de solidarité, les Israéliens en Allemagne, tout comme les Allemands juifs, se heurtent à l’exact contraire.

Ce n’est pas seulement l’image d’Israël en Allemagne qui a changé ; selon une étude récente, la méfiance et l’exclusion à l’égard des communautés juives perdurent.

« Quiconque reconnaît ouvertement être juif ou venir d’Israël risque des conséquences existentielles », a déclaré Ferda Ataman, chargée indépendante du gouvernement fédéral pour la lutte contre les discriminations. Ces conséquences vont « de la défaveur lors de la recherche de logement et d’emploi au refus de service au restaurant, jusqu’au harcèlement en crèche et en classe ».

Après l’attentat, l’Agence fédérale anti-discrimination a soutenu une étude consacrée aux conséquences de l’attaque du 7 octobre sur les communautés juives et israéliennes en Allemagne.

« Les Juives et les Juifs doivent être mieux protégés contre les discriminations au quotidien », insiste la déléguée fédérale Ataman. Toute personne qui veut réellement protéger la vie juive en Allemagne doit aussi renforcer les droits des Juives et des Juifs lorsqu’ils s’opposent à la discrimination, a-t-elle poursuivi, dénonçant « une grande faille de protection dans la législation » en matière de discriminations à l’école et à l’université.

Nouvelle normalité antisémite

Mais au-delà de ces graves incidents relayés par les médias et ayant fait l’objet d’une condamnation pénale, c’est aussi l’antisémitisme du quotidien, pas toujours détecté par les autorités, qui pèse sur la communauté juive allemande, forte d’environ 125 000 personnes, selon le Zentralrat. Graffitis, harcèlement, insultes, dégradations, menaces…
Partout, les Juifs d’Allemagne sont confrontés à ce phénomène protéiforme : au travail, à l’école, à l’université, dans la rue, dans les bars, sur internet, etc.

« Il existe des régions d’Allemagne où, en tant que Juif, on peut encore aujourd’hui vivre sans être importuné. Mais dans d’autres, certains préfèrent cacher leur confession », assure Josef Schuster, par exemple en ne portant pas d’étoile de David ou de kippa, en retirant leur mezouza de leur porte d’entrée… « De nombreuses familles commencent à réfléchir à un plan B », ajoute Rüdiger Mahlo, le représentant de la Claims Conference en Europe.
« Certains ont déjà fait leurs valises ! », abonde Ludwig Spaenle, commissaire du gouvernement bavarois chargé de la vie juive, de la lutte contre l’antisémitisme, du travail de mémoire et du patrimoine historique.

Même des espaces qui leur semblaient auparavant sûrs ne le sont plus vraiment. « Par exemple quand un médecin pousse une patiente à se prononcer politiquement, ou lorsque des collègues au travail prennent leurs distances », indique le communiqué présentant l’étude de l’Agence fédérale antidiscrimination. Les personnes concernées racontent des situations chez des thérapeutes, des dentistes et des gynécologues.

Dans les bus et les trains, les Juifs et les Juives renoncent, selon l’étude, à parler hébreu. Certains évitent complètement les transports publics depuis le 7 octobre. Une participante à l’étude a été insultée pendant une conversation téléphonique en hébreu. Une mère raconte avoir été prise à partie deux fois sur le quai de gare avec son fils. Depuis, elle porte du gaz poivre sur elle.

« Le 7 octobre agit pour les participants à l’étude comme une ‘irruption’ dans leur vie – à la fois par le choc face à la guerre et par la rupture de la certitude de faire partie d’une société qui soutient et protège », expliquent les responsables de l’étude, Marina Chervinsky et la professeure Friederike Lorenz-Sinai.

La mobilisation antisémite et les réactions de la société ont durablement modifié le climat social, et donc aussi la situation sécuritaire pour la communauté juive et israélienne.

Les enfants aussi subissent l’exclusion et la haine

Même les enfants en crèche et en école primaire, ainsi que les adolescents, sont confrontés à la haine. Ils sont souvent, malgré eux, poussés dans un rôle d’explication ou doivent justifier leur origine ou leur identité. Les jeunes évoquent une charge psychique, des évaluations de sécurité accrues et un retrait social.

Les participants à l’étude décrivent leur entourage comme en partie passif, en partie intrusif. À terme, cela se répercute aussi sur leur participation à la vie sociale.

Ainsi, une adolescente concernée de 16 ans a raconté, dans le cadre de l’analyse de l’étude, qu’un papier barré d’une croix gammée avait été glissé dans son projet artistique. Elle a signalé l’incident à la direction de l’école, mais selon son récit, il n’y a pas eu de suite.

S’agissant des universités, des étudiants concernés dénoncent également l’inaction. Des graffitis antisémites restent longtemps en place, des affiches montrant les otages, libérés seulement en octobre 2025, sont arrachées et un langage antisémite est employé. Les étudiants évoquent un sentiment d’invisibilité.

D’une même voix, Josef Schuster, Rüdiger Mahlo et Ludwig Spaenle confient au Figaro leur préoccupation face à cette « normalisation » et cette « plus grande acceptation » de l’antisémitisme « dans toutes les couches de la société » allemande.

Ce phénomène « trouve ses racines dans l’extrême droite, dans l’islamisme et désormais fortement dans l’extrême gauche aussi. Mais le pire, c’est qu’il s’installe désormais au cœur même de la société », insiste Ludwig Spaenle.

« Nous sommes très inquiets. Ce sont les premières étapes d’un processus extrêmement dangereux. Jusqu’où cela peut-il aller ? Où est la ligne rouge ?, s’interroge Rüdiger Mahlo. Nous pensions que les démocraties, surtout de l’Ouest, étaient des garantes que l’antisémitisme ne puisse plus se développer. Et c’est justement dans ces sociétés ouvertes, démocratiques, de liberté, que ce phénomène croît dans une dimension que l’on n’avait pas imaginé ».
Selon le représentant de la Claims Conference, les survivants de la Shoah sont particulièrement meurtris. « À la fin de leur vie, ils ressentent le même antisémitisme qu’ils ont vécu au début de leur vie. »

JForum.fr avec www.lefigaro.fr et fr.news.yahoo.com

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