La Grande-Bretagne change de visage : une réfugiée somalienne assermentée sur le Coran au poste de Première ministre

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L’image qui enflamme le débat sur l’identité de la Grande-Bretagne : Segal Abdi-Wali, arrivée dans le royaume en tant que réfugiée somalienne, a été assermentée au Parlement en tenant un Coran • La députée musulmane remplace l’ancien Premier ministre Keir Starmer dans sa circonscription • En arrière-plan : la croissance de la population musulmane, les manifestations pro-palestiniennes et la crainte croissante de l’antisémitisme • La Grande-Bretagne est-elle en train de changer de visage jusque dans les sphères du pouvoir ?

JDN

L’image parvenue hier de la Chambre des communes britannique à Londres symbolise pour beaucoup la mutation que traverse le royaume ces dernières années : une femme musulmane, née en Somalie, se tient dans la salle historique du Parlement, un Coran à la main, pour prêter serment d’allégeance au roi de Grande-Bretagne.

Il ne s’agit pas d’une simple députée anonyme. Segal Abdi-Wali, 43 ans, a été élue au siège qu’occupait jusqu’à récemment l’ancien Premier ministre britannique, Keir Starmer, dans la circonscription de Holborn et St Pancras à Londres.

Abdi-Wali est arrivée en Grande-Bretagne à l’âge de sept ans en tant que réfugiée somalienne. Depuis lors, elle a gravi les échelons de la politique locale, occupant des fonctions de premier plan au sein du conseil du borough de Camden et en prenant même la tête. Elle a désormais parachevé son parcours en accédant à l’un des centres de pouvoir majeurs du royaume britannique.

Lors de l’élection partielle qui s’est tenue jeudi dernier, elle a recueilli 12 292 voix, soit environ 45 % des suffrages, devançant le leader du parti des Verts, Zack Polanski, qui a obtenu 8 928 voix.

Lundi, elle s’est rendue au Parlement et a prêté serment en tenant le Coran. Néanmoins, le serment en lui-même est la formule traditionnelle d’allégeance à la Couronne britannique, conformément aux règlements parlementaires qui autorisent chaque député à prêter serment sur le livre saint de sa foi.

De la rue aux sphères du pouvoir

Ce cas récent s’inscrit dans le cadre d’une transformation beaucoup plus vaste que connaît la Grande-Bretagne. Un pays doté d’une longue tradition chrétienne qui se retrouve confronté à des questions fondamentales sur l’immigration, l’identité nationale, le métissage culturel et la place de la religion dans l’espace public.

Les chiffres témoignent de l’ampleur du changement : lors du recensement de 2021, environ 3,9 millions d’habitants de l’Angleterre et du Pays de Galles se sont identifiés comme musulmans, soit 6,5 % de la population, contre 4,9 % seulement une décennie plus tôt. Parallèlement, la proportion de résidents se définissant comme chrétiens est passée, pour la première fois, sous la barre de la moitié.

Cette évolution ne se traduit pas seulement par la composition démographique. Les membres des communautés issues de l’immigration et leurs descendants prennent une part croissante dans la vie politique britannique, dans les collectivités locales et au sein des institutions étatiques.

Aux yeux des partisans de l’immigration et du multiculturalisme, le parcours d’Abdi-Wali illustre une intégration réussie au sein de la société britannique. En revanche, le débat public sur l’ampleur de l’immigration et la préservation de l’identité culturelle du royaume continue de susciter de vives polémiques politiques.

La rue s’enflamme, et la lutte autour d’Israël s’invite dans les urnes

Depuis le massacre perpétré par le Hamas lors de Sim’hath Tora 5784, les rues de Londres sont devenues le théâtre principal de manifestations pro-palestiniennes, tandis qu’au même moment, l’inquiétude grandissait au sein de la communauté juive face aux manifestations d’antisémitisme.

Selon les données du Community Security Trust (CST), l’organisme de sécurité de la communauté juive britannique, 3 700 incidents antisémites ont été recensés à travers le pays au cours de l’année 2025, soit le deuxième chiffre annuel le plus élevé jamais enregistré par l’organisation.

La campagne électorale remportée par Abdi-Wali a elle aussi été influencée par les controverses entourant Israël. Le parti des Verts, dirigé par son rival Zack Polanski, a récemment adopté une motion contestée qualifiant le sionisme de racisme et soutenant l’idée d’un État palestinien unique. Cette décision a suscité de vives critiques de la part des organisations juives ainsi qu’au sein même du parti.

La Grande-Bretagne de demain ?

Il convient de souligner qu’Abdi-Wali a été élue par voie démocratique et que sa prestation de serment sur le Coran ne déroge en rien aux règles du Parlement britannique. Il n’y a pas non plus lieu de l’associer personnellement aux actes de violence et d’antisémitisme rapportés dans le pays.

D’un point de vue symbolique, cependant, il est difficile d’ignorer l’image : celle d’une personne entrée en Grande-Bretagne comme enfant réfugiée de Somalie, se tenant à présent à la Chambre des communes pour représenter la circonscription de celui qui dirigeait le gouvernement britannique.

La question profonde qui taraude la société britannique ne se résume plus seulement au nombre d’immigrants qui franchiront les portes du royaume, mais touche à la physionomie que prendront son identité nationale, culturelle et politique pour les générations à venir.

Et l’image capturée dans l’hémicycle du Parlement cette semaine offre une illustration particulièrement frappante de ce débat.

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