La pensée du jour – la journaliste Sivan Rahav-Meir
Voici une histoire pour ce prochain Chabbath.
Remontons près de trente ans en arrière. À cette époque, les sujets les plus brûlants étaient la démission du ministre des Finances Dan Meridor et la tentative israélienne d’éliminer Khaled Mechaal en Jordanie. Les relations entre le Premier ministre Netanyahou, David Lévy et Ariel Sharon alimentaient de vives tensions politiques, tandis qu’Ezer Weizman venait d’être élu pour un second mandat à la présidence de l’État.
Ce Chabbath-là, j’étais invitée dans une famille à Beer-Sheva. Le repas de Chabbath était particulièrement animé. Tout était sur la table : des plats savoureux, mais aussi des discussions tout aussi épicées sur la situation politique.
J’étais alors adolescente. Je connaissais très bien la politique, mais je commençais seulement à découvrir le Chabbath. Cette idée d’une journée sans téléphone, sans travail et sans argent, mais remplie de prières, de conversations, de repas et de Tora, me plaisait de plus en plus.
Puis, après le plat principal, l’un des enfants fut soudain invité à venir se placer près de son grand-père, en bout de table.
Il abandonna le jeu auquel il s’amusait sur le tapis et se leva solennellement. Il tenait un petit dossier reçu à la maternelle. Il en sortit une feuille d’information rédigée par sa maîtresse et commença à parler d’Avraham Avinou, notre patriarche Abraham.
Le grand-père posait des questions et l’enfant répondait.
J’étais impressionnée par l’étendue de ses connaissances. Moi-même, je ne savais pas tout ce qu’il racontait. Mais j’étais également frappée par cette manière d’enseigner la Tora : dès le plus jeune âge, chaque enseignement conduit à un message, à une valeur, à quelque chose que l’on peut emporter avec soi dans la vie.
— Qu’a dit D’ à Abraham ? demanda le grand-père.
— « Lekh Lekha », répondit l’enfant. Il lui a demandé de tout quitter et de se mettre en route.
— Et que lui a-t-Il promis ?
— Qu’il arriverait en terre d’Israël, qu’un peuple entier naîtrait de lui et qu’un jour, il deviendrait une lumière pour le monde entier.
— Quelles difficultés Abraham a-t-il rencontrées ?
— Des ennemis, des guerres, la famine… Et personne ne s’est joint à lui et à Sara, notre matriarche. Au début, ils étaient seuls.
— Et quelle mitsva apparaît vers la fin de la paracha ?
— La Brit Mila, la circoncision.
C’était précisément la paracha de cette semaine-là : Lekh Lekha.
Et voilà qu’un enfant de cinq ans venait de nous donner une leçon émouvante sur les fondements mêmes de toute notre histoire.
Ce n’était pas une analyse politique de l’actualité, mais un souffle différent. Quelque chose de très ancien et, en même temps, de jeune, de vivant et de rafraîchissant.
Sous mes yeux, je voyais comment tout se transmettait à la génération suivante.
Moi qui vivais intensément au rythme des informations et de l’actualité, je venais de recevoir une véritable nouvelle de dernière minute : nous portons en nous quelque chose de bien plus grand que les événements du moment.
Et justement, pour comprendre la réalité, il faut d’abord comprendre ses fondements, ses racines.
Les autres convives, contrairement à moi, n’étaient pas particulièrement émus. Pour eux, c’était naturel, habituel.
L’enfant reçut un baiser et retourna jouer. Puis tout le monde passa tranquillement au dessert.
Mais près de trente ans se sont écoulés depuis ce jour, et je me souviens encore parfaitement de cet instant.
Ce Chabbath est le dernier avant les élections.
De nombreuses familles se retrouveront autour de la table de Chabbath, avec beaucoup de discussions, de débats et d’opinions différentes.
Et justement, la paracha de cette semaine est Lekh Lekha.
Alors, même si vous n’avez pas de petit dossier rapporté de la maternelle, je vous invite à ajouter ce plat particulier à votre table de Chabbath : l’histoire d’Avraham Avinou, notre patriarche Abraham.
Chabbath Chalom !


























