« Mon objectif, c’est de faire partir Bibi » : ces Israéliens de l’étranger qui rentrent voter contre Netanyahou

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« Cette fois-ci, les élections sont cruciales pour l’avenir du pays. C’est un choix de société, un choix sur l’identité future d’Israël », affirme Shlomo

Deux heures. C’est le temps qu’il a fallu à Aluma pour réserver son billet après l’annonce de la date des élections. À 39 ans, cette Israélienne installée à Paris depuis trois ans, où elle travaille dans la tech, ne rentre d’habitude qu’une fois par an : les billets sont chers. Cette année, elle a renoncé aux fêtes de Tichri pour garder ses jours de congé et son budget pour le scrutin. « J’ai attendu qu’ils annoncent la date des élections, et deux heures plus tard, j’avais mon billet », raconte-t-elle.

Pour elle, ce vote n’a rien d’une formalité. « Je suis partie à Paris, mais je sais que je reviendrai en Israël. J’ai besoin de savoir que j’aurai une place pour vivre là-bas. » Son départ, elle le relie directement au parcours politique du pays. « J’ai eu envie de partir le jour où Bibi a gagné les élections. Puis il y a eu la réforme judiciaire, et ça a confirmé mes peurs. » Le 7 octobre a achevé de bouleverser son rapport au pays : après le massacre, Israël ne lui semblait plus être un endroit où vivre, ni pour elle, ni pour ses amis, ni pour sa famille.

Manifestation contre la réforme judicaire à Tel Aviv, le 12 août 2023Miriam Alster/Flash90

« La plupart de mes amis rentrent voter »

Aluma est loin d’être un cas isolé. Autour d’elle, le mouvement est massif. « La plupart de mes amis rentrent voter. Ça tombe bien, ce sont les vacances scolaires et tout le monde a pu s’organiser, vous n’imaginez pas le mouvement que ces élections provoquent », explique-t-elle.

Elle observe que les gens dépensent énormément pour ce voyage, d’autant que les compagnies aériennes ont toutes augmenté leurs prix après l’annonce du scrutin. Une de ses amies, qui a grandi à Paris, vient même de découvrir qu’elle avait le droit de voter en Israël. Elle a aussitôt acheté un billet.

Jean-Jacques, 77 ans : « L’usure du pouvoir, ça suffit »

À 77 ans, Jean-Jacques connaît bien le chemin de Tel-Aviv. Il fait le voyage au moins deux fois par an. Mais cette fois, il a fait coïncider son séjour avec les élections, une première pour lui. Son histoire avec Israël remonte à 1978, année de son alyah. Il y effectue son service militaire et y reste dix ans avant de partir en Belgique pour des raisons familiales.

S’il a choisi de rentrer pour ce scrutin, c’est qu’il y voit un tournant. « Je pense que cette année peut être une année de changement. Il est temps de revoir la situation et peut-être de changer le gouvernement. » Ce qu’il reproche à la majorité sortante tient en deux mots : l’usure du pouvoir. Selon lui, c’est elle qui a conduit le pouvoir à s’allier avec des mouvements d’extrême droite et à tout céder aux partis religieux. Il cite en particulier les orthodoxes : « Ils ne font pas l’armée, et le gouvernement les protège. »

Jean-Jacques ne se fait pas d’illusions sur l’opposition, mais elle lui convient. « Je ne pense pas que l’opposition soit très à gauche, mais ça me va. »

Shlomo, 71 ans : « Mon soutien à Israël est devenu conditionnel »

Pour Shlomo, 71 ans, l’enjeu dépasse la simple alternance. « Cette fois-ci, les élections sont cruciales pour l’avenir du pays. C’est un choix de société, un choix sur l’identité future d’Israël », affirme-t-il.

Lui aussi pense à la génération suivante. Il ne veut pas que ses petits-enfants grandissent dans un pays contrôlé par des extrémistes et par les orthodoxes, qui, selon lui, captent l’essentiel des financements alors que l’éducation traverse une crise profonde et devrait être la priorité.

Plus encore que ses deux compatriotes, Shlomo décrit une rupture personnelle. « Jusqu’à présent, j’étais dans un soutien inconditionnel à Israël. Aujourd’hui, mon soutien est conditionnel. » La ligne rouge, pour lui, ce sont les violences commises par des extrémistes juifs et l’exemption militaire dont bénéficient les orthodoxes. « Je ne pourrai plus le soutenir si l’on continue à voir des attaques de terroristes juifs contre des civils innocents. Voilà pourquoi je rentre exprès pour voter. »

Pas de vote dans les consulats

Si ces électeurs doivent faire le voyage, c’est qu’Israël ne leur laisse pas le choix. Contrairement à de nombreuses démocraties, le pays ne permet pas à ses ressortissants installés à l’étranger de voter dans les ambassades ou les consulats, à quelques exceptions près. Pour voter, il faut être physiquement en Israël le jour du scrutin.

L’enjeu n’est pas négligeable. Selon les estimations, entre 540 000 et 570 000 citoyens israéliens inscrits sur les listes électorales vivent hors du pays. Seule une partie d’entre eux fera le déplacement, mais dans un scrutin serré, quelques milliers de voix peuvent peser.

Pour faciliter ces retours, l’association américaine AID Coalition a lancé le programme Fly&Vote, qui propose une aide administrative, des informations pratiques et des vols dédiés, au départ de New York et de Lisbonne notamment. Les billets restent à la charge des voyageurs. Selon l’organisation, au moins 67 000 Israéliens de l’étranger sont revenus voter cette fois-ci, un record.

Aluma, Jean-Jacques et Shlomo font eux le même pari : que leur bulletin, déposé après des heures de vol et un billet payé au prix fort, contribue à changer la direction du pays. « Israël, ce n’est pas seulement l’endroit d’où je viens, résume Aluma. C’est l’endroit où je veux pouvoir revenir. »

A nous de jouer !

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