Bloquer le programme Ichilov–An-Najah : une exigence de souveraineté

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Il faut dire les choses simplement. L’annonce faite lundi à New York par Project Rozana — un don de 550 000 dollars, soit 1,64 million de shekels, des frères Rahm, Ezekiel et Ari Emanuel pour former onze pédiatres et trente-six infirmiers de l’hôpital universitaire An-Najah de Naplouse au centre médical Ichilov — n’est pas un geste humanitaire neutre. C’est un acte politique. Et il doit être bloqué.
Toute la mise en scène repose sur une prise d’otage morale : qui oserait s’opposer à des soins pour des enfants ? Personne. Aucun Juif, aucun sioniste digne de ce nom ne conteste qu’un enfant malade doit être soigné. Israël soigne d’ailleurs, depuis des décennies et sans publicité new-yorkaise, des milliers de patients de Judée-Samarie et de Gaza dans ses propres hôpitaux — y compris pendant les guerres que ces mêmes territoires lui ont imposées.
Mais l’objet du don n’est pas de soigner un enfant. Il est de construire une capacité institutionnelle autonome : un hôpital pédiatrique dans le nord de la Judée-Samarie, adossé à l’université An-Najah, avec des spécialisations en neurochirurgie, hémato-oncologie, orthopédie et soins intensifs néonatals. On ne parle pas de charité : on parle de transfert de savoir-faire stratégique.
Que l’on soit précis, car nos adversaires guettent l’approximation : nous ne sommes pas hostiles au développement en soi. Nous sommes hostiles au développement sans souveraineté, sans conditions et sans réciprocité. Nous refusons qu’Israël finance et forme gratuitement une capacité institutionnelle destinée à consolider une entité politique dont l’Autorité continue de rémunérer les auteurs d’attentats et d’honorer leurs noms sur ses places publiques et dans ses manuels scolaires. La question n’est donc pas « faut-il soigner ? », mais « à qui remet-on les clés, et en échange de quoi ? »
La réciprocité, cette grande absente
Voilà le point que les donateurs américains, confortablement installés à Chicago, Philadelphie et Los Angeles, n’ont pas eu à affronter. Où était cette « diplomatie sanitaire » lorsque des otages israéliens, dont des enfants et des nourrissons, étaient détenus des mois durant sans qu’une seule visite médicale de la Croix-Rouge ne leur soit accordée ? Où était le « pont de confiance entre professionnels de santé » quand des hôpitaux ont servi de postes de commandement et de réseaux de tunnels ?
Un pont se construit par les deux rives. Ici, une seule rive donne : l’expertise, les blocs opératoires, les internats, l’argent, le prestige. L’autre reçoit — sans une condition, sans une exigence de révision des programmes universitaires, sans une seule ligne demandant à An-Najah de cesser d’honorer les auteurs d’attentats. Une aide sans condition n’est pas de la paix : c’est de la naïveté subventionnée, et la naïveté, en Israël, se paie en cimetières.
La facture d’entrée dans le Parti démocrate
Ce don ne tombe pas du ciel : il tombe dans un calendrier. Rahm Emanuel est présenté comme un candidat potentiel à l’investiture démocrate pour 2028. Or le Parti démocrate a basculé. Ils étaient 58 % à pencher vers Israël en 2014 ; ils ne sont plus que 17 %, contre 65 % du côté palestinien (Gallup, NPR). Huit démocrates sur dix jugent aujourd’hui Israël défavorablement, et une enquête NBC ne relève plus que 13 % d’opinions positives. Dans un tel parti, un Juif qui veut concourir doit payer un droit d’entrée. Le tarif est connu : prouver que l’on est du « bon » côté, celui qui donne aux Palestiniens.
Le plus révélateur est ceci : cette conversion ne reflète même pas la communauté juive américaine, qui demeure favorable à Israël à 64 % et attachée à l’État juif à 71 %. Ce ne sont donc pas les Juifs d’Amérique qui parlent ici : c’est une élite qui achète, avec l’expertise médicale israélienne, un billet d’entrée dans un appareil partisan devenu hostile à Israël — à rebours du sentiment de sa propre communauté.
Et l’on notera l’élégance du procédé : la vertu est américaine, la facture est israélienne. Le contribuable israélien finance Ichilov, ses équipements, ses spécialistes, sa sécurité. Trois frères milliardaires versent 550 000 dollars et repartent avec le mérite moral, tandis que ce sont les Israéliens qui assumeront durablement les capacités transférées.
Pourquoi ce projet doit être arrêté
La députée Limor Son Har-Melech, présidente de la commission de la Santé de la Knesset, a saisi le ministre de la Santé Haïm Katz et la direction du centre Sourasky pour demander l’arrêt du programme. C’est la bonne démarche : cette décision appartient aux institutions souveraines d’Israël, pas aux salons de collecte de fonds de Manhattan.
Trois exigences minimales, que tout patriote peut porter sans rougir :
La suspension immédiate. Aucun transfert de compétences médicales avancées tant que la Knesset n’a pas examiné le dossier. Un hôpital public israélien ne conclut pas seul une politique étrangère.
La transparence intégrale. Publication des conventions liant Ichilov, Project Rozana et An-Najah : bénéficiaires nommés, contrôles de sécurité préalables, durée, financements, contreparties.
La conditionnalité stricte. Si le programme devait reprendre, ce serait contre un engagement écrit et vérifiable de l’institution bénéficiaire : fin de toute glorification du terrorisme sur son campus, coopération pleine et entière sur les dossiers humanitaires israéliens. Et la priorité, toujours, à nos propres besoins : listes d’attente en pédiatrie, pénurie d’infirmiers, épuisement des équipes dans le Nord, dans le Néguev, dans les périphéries.
Nous ne sommes pas un peuple de rancune. Nous sommes le peuple qui, plus que tout autre, sait ce que signifie soigner l’étranger. Mais nous sommes aussi le peuple qui a appris, au prix fort, que la générosité sans lucidité s’appelle une faute. « Sois bon envers les cruels, et tu finiras cruel envers les bons », enseignaient nos Sages.
Nous formerons un jour les médecins de Naplouse. Le jour où Naplouse cessera de nommer ses rues du nom de ceux qui ont tué nos enfants. Pas avant.

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