Contourner l’Iran et la Turquie : le nouveau corridor de la Jordanie et des Émirats façonne le Moyen-Orient

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Un investissement de plusieurs milliards dans le rail jordanien n’est que le début – en coulisses, une bataille régionale se joue pour le contrôle des routes commerciales reliant l’Asie à l’Europe.

JDN – David Feuchtwanger 

Alors que les gros titres se focalisent sur les combats contre l’Iran et le Hezbollah, une autre lutte stratégique se déroule sous les radars : celle de la physionomie économique et logistique du Moyen-Orient de l’après-guerre. Au cœur de cet enjeu : un méga-projet d’infrastructure porté par la Jordanie et les Émirats arabes unis, qui ambitionne de redessiner la carte du commerce régional.

Cette semaine, les deux pays ont signé un accord pour l’établissement d’un nouveau réseau ferroviaire d’environ 360 km sur le territoire jordanien, représentant un investissement de 2,3 milliards de dollars. Ce projet, baptisé « Chemin de fer d’Aqaba », vise à relier les principales zones minières au port d’Aqaba — mais sa portée est bien plus vaste : il s’agit de créer un maillon central dans un nouveau corridor commercial entre l’Asie et l’Europe.

L’initiative IMEC et l’axe régional

Cette démarche s’inscrit dans l’initiative IMEC (Corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe), un projet ambitieux destiné à relier l’Inde, les pays du Golfe, la Jordanie et Israël. Ce corridor permettrait de réduire considérablement les délais de transport tout en contournant des routes maritimes sensibles telles que le détroit d’Ormuz et le canal de Suez.

Pour Israël et les États-Unis, il s’agit d’un mouvement stratégique qui renforce un nouvel axe régional et atténue la dépendance vis-à-vis des routes traditionnelles contrôlées par des adversaires. Parallèlement, les Émirats étendent leur emprise en Jordanie dans les secteurs portuaire, touristique et infrastructurel, dans le cadre d’une stratégie globale visant à asseoir leur influence économique régionale.

La riposte turque

Cependant, une contre-offensive se dessine menée par la Turquie, qui promeut la rénovation de l’historique chemin de fer du Hedjaz. Ce projet vise à créer une continuité de transport allant de la Turquie à la péninsule arabique, en passant par la Syrie et la Jordanie. Ankara cherche ainsi à se repositionner comme le pont principal entre l’Asie et l’Europe et à empêcher tout contournement stratégique de son territoire.

Ainsi, tandis que l’attention est tournée vers les zones de combat, une nouvelle réalité se dessine en profondeur : une lutte d’infrastructures et de capitaux entre blocs régionaux. L’issue de ce combat déterminera qui contrôlera les routes commerciales — et peut-être même l’équilibre des forces de l’ensemble du Moyen-Orient.

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