La station suisse de Crans-Montana, réputée pour son cadre alpin et ses festivités hivernales, est aujourd’hui plongée dans la stupeur. La catastrophe survenue dans la nuit du Nouvel An, lors de laquelle un incendie a ravagé le bar « Le Constellation », continue de livrer des révélations troublantes. Le drame a coûté la vie à au moins quarante personnes, parmi lesquelles de nombreux adolescents, et a fait près de cent vingt blessés. Alors que l’enquête progresse, le passé judiciaire du propriétaire de l’établissement jette une lumière particulièrement sombre sur cette affaire.
Les circonstances du drame sont désormais mieux connues. L’incendie se serait déclaré après l’utilisation de feux d’artifice artisanaux, fixés sur des bouteilles de champagne, installés trop près du plafond de la cave voûtée. Les flammes auraient embrasé très rapidement la structure, provoquant une propagation fulgurante du feu dans un espace bondé. La procureure générale du canton, Béatrice Fillod, a confirmé que les premiers éléments de l’enquête mettent en évidence une diffusion extrêmement rapide de l’incendie, laissant peu de chances aux clients de s’échapper.
Si Jacques Moretti affirmait que son établissement respectait l’ensemble des normes de sécurité, les investigations ont mis au jour de graves manquements. Le bar n’aurait été contrôlé que trois fois en dix ans, alors que la réglementation locale impose des inspections annuelles strictes pour les établissements recevant du public. Ce défaut de contrôle soulève de lourdes questions sur la responsabilité des exploitants, mais aussi sur celle des autorités chargées de la surveillance administrative.
Le couple Moretti avait racheté « Le Constellation » en 2015. Outre ce bar, ils possèdent plusieurs autres commerces dans la région ainsi que des biens immobiliers en France. Présente lors du drame, l’épouse du propriétaire, Jessica Moretti, a été légèrement blessée à la main. Tous deux ont été entendus par le parquet suisse puis remis en liberté, sans inculpation formelle à ce stade. Les autorités n’excluent toutefois pas des poursuites pour incendie criminel et homicide involontaire, si la responsabilité pénale est établie.
Cette tragédie rappelle douloureusement un précédent survenu en Rouen en août 2016. Lors d’une soirée au bar Cuba Libre, quatorze personnes avaient péri dans un incendie provoqué par des feux d’artifice utilisés en intérieur. Trois ans plus tard, les gérants de l’établissement avaient été condamnés à des peines de prison ferme. Pour Johnny Autin, dont la fille de vingt ans avait perdu la vie à Rouen, le drame de Crans-Montana démontre que les leçons n’ont pas été tirées. Il appelle désormais à des sanctions plus lourdes et à un renforcement drastique des contrôles de sécurité.
Parmi les victimes de l’incendie figurent également deux jeunes filles juives, Alicia et Diana Gunst, âgées de 15 et 14 ans, et Charlotte Niddam, 15 ans, présentes dans l’établissement pour célébrer le passage à la nouvelle année. Leur décès a profondément ému leurs familles ainsi qu’une partie de la communauté juive, en Suisse comme à l’étranger.
Au-delà de l’émotion, cette catastrophe relance le débat sur la prévention des risques dans les lieux festifs, en particulier en période de forte affluence. Elle pose aussi la question du profil et des antécédents des exploitants d’établissements recevant du public, dans un contexte où la légèreté et la recherche du spectaculaire peuvent se transformer, en quelques secondes, en tragédie irréversible.
Jforum.fr
























