À la frontière nord d’Israël, la tension avec la Syrie a franchi un nouveau palier. Ces dernières heures, des échanges de tirs particulièrement violents ont opposé des unités de Tsahal à des groupes armés opérant dans la région de Beit Jann (notre photo – anciennement Beth Dagon), localité syrienne accrochée aux pentes du mont Hermon, à seulement quelques kilomètres de la frontière israélienne et du Golan. Pour l’establishment sécuritaire israélien, l’incident est suffisamment grave pour justifier un message direct et sans détour à Damas, assorti de la préparation d’une série d’options militaires.
Selon les évaluations israéliennes, les tirs ne proviendraient pas de l’armée régulière syrienne, mais de cellules jihadistes locales, profitant du chaos sécuritaire qui règne dans le sud de la Syrie. Ces groupes seraient composés de miliciens affiliés à divers réseaux islamistes, parfois liés à des organisations transnationales, parfois plus autonomes. Dans tous les cas, leur présence à proximité immédiate de la frontière est perçue par Israël comme une menace stratégique directe.
La région de Beit Jann s’est imposée depuis plusieurs années comme un point sensible. Elle est régulièrement évoquée comme zone de passage pour la contrebande d’armes au profit de factions soutenues par l’Iran et par le Hezbollah, ainsi que de groupes comme le Jihad islamique palestinien. Des frappes ciblées y ont déjà été revendiquées ou attribuées à Israël, visant des responsables ou infrastructures jugés impliqués dans la préparation d’attaques contre le territoire israélien.
Dans ce contexte, l’incident récent s’inscrit dans un climat d’escalade progressive. D’après des sources étrangères, une opération nocturne israélienne menée dans le secteur a fait au moins une douzaine de morts côté syrien, les autorités locales affirmant que des civils figurent parmi les victimes, tandis qu’Israël insiste sur le fait que l’objectif était des jihadistes se préparant à attaquer. Les bilans restent contestés, mais le message israélien est clair : aucune base terroriste ne sera tolérée à portée immédiate de ses localités du nord.
Pour Jérusalem, il s’agit d’une « ligne rouge » assumée. Depuis la guerre déclenchée le 7 octobre 2023 par le Hamas à partir de Gaza, l’armée israélienne a revu sa doctrine au nord. La crainte d’un « deuxième front » venu de Syrie s’ajoute à celui, déjà actif, du Liban, où le Hezbollah multiplie les tirs vers la Galilée. Les responsables israéliens répètent que l’une des leçons tirées de cette période est la nécessité d’une présence militaire permanente dans les zones jugées sensibles, notamment sur le mont Hermon et dans les secteurs syriens adjacents.
Le ministre de la Défense, Israel Katz, l’a exprimé sans détour : aucune force hostile – qu’il s’agisse de milices pro-iraniennes, de factions palestiniennes armées ou de groupes jihadistes – ne doit pouvoir s’enraciner dans le sud de la Syrie. Il a déjà indiqué que les forces israéliennes entendent conserver un contrôle durable sur une zone tampon de plusieurs centaines de kilomètres carrés au-delà de la ligne de cessez-le-feu historique, précisément pour empêcher ce type de menaces de se rapprocher des communautés israéliennes.
Face à cela, les nouvelles autorités syriennes dénoncent une violation de leur souveraineté et accusent Israël d’exploiter l’effondrement du régime précédent pour s’installer durablement sur leur territoire. Damas rejette officiellement toute responsabilité directe dans les attaques menées depuis son sol, tout en se présentant comme incapable, pour l’instant, de rétablir un ordre complet dans des régions où se superposent restes de l’armée régulière, milices soutenues par Téhéran, factions locales et groupes jihadistes plus ou moins autonomes.
Pour Israël, cette faiblesse du pouvoir syrien constitue précisément le cœur du problème : un État trop fragile pour contrôler son territoire, mais suffisamment présent pour contester toute opération israélienne. Dans ce contexte, les dirigeants israéliens jugent qu’aucun accord sécuritaire stable n’est envisageable à court terme avec Damas. L’heure est davantage aux « arrangements de fait », fondés sur la dissuasion, la supériorité militaire et des signaux très fermes envoyés à chaque franchissement de ligne rouge.
Au-delà de l’épisode de Beit Jann, c’est donc l’architecture de sécurité de tout le front nord qui est en jeu. La multiplication de groupes armés, parfois concurrents mais convergeant dans leur hostilité à Israël, renforce le risque de dérapage accidentel ou d’initiative locale incontrôlée. Entre les avertissements adressés à Damas, la pression constante sur les réseaux pro-iraniens et la recherche de garanties au Golan, Israël tente de dessiner une zone de sécurité élargie. Reste à savoir jusqu’où cette stratégie pourra être menée sans glisser vers une confrontation plus large sur le sol syrien.
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