En visant Diego Garcia à plus de 4 000 km, l’Iran envoie un signal sur ses capacités militaires

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Jusqu’à présent, la plupart des analystes estimaient que Téhéran n’était pas en mesure de tirer aussi loin

Une vue aérienne de Diego Garcia. (Crédit : US Navy/AP)

En tirant deux missiles balistiques en direction de la base de Diego Garcia, dans l’océan Indien, à près de 4 000 kilomètres de ses côtes, l’Iran envoie le message qu’elle a encore des atouts dans sa manche après trois semaines de guerre, estiment des experts.

Jusqu’à présent, la plupart des analystes estimaient que l’Iran n’était pas en mesure de tirer aussi loin. « Le tir de deux missiles balistiques de portée intermédiaire (IRBM) iraniens sur Diego Garcia est un fait notable, puisque l’île britannique utilisée par les forces armées états-uniennes se trouve à près de 4 000 km des côtes iraniennes, soit au-delà de la portée maximale estimée jusqu’alors des missiles iraniens », écrit sur le réseau social X le chercheur français Étienne Marcuz, de la Fondation pour la recherche stratégique.

Jusqu’à présent, les estimations donnaient une portée maximale de 3 000 km pour les missiles balistiques iraniens de portée intermédiaire (MRBM). Le laboratoire consacré aux missiles du centre de recherche CSIS évoque des portées maximales de 2 000 kilomètres pour deux MRBM : le Khorramshahr et le Sejjil, ce dernier étant toujours en développement.

Selon Etienne Marcuz, la longue portée du tir en direction de Diego Garcia « pourrait s’expliquer par l’utilisation d’une version à charge militaire allégée du Khorramshahr-4, qui emporte habituellement une charge d’une tonne ».

« Plus la charge utile est faible, plus le missile va loin », précise-t-il.

Une hypothèse également avancée par d’autres experts, comme Ali Vaez, de l’International Crisis Group : « En jouant sur le poids de la tête, l’Iran peut accroître la portée de certains de ses missiles ».

« Message stratégique »

Tom Sharpe, chercheur au RUSI britannique, estime que Téhéran a « toujours eu des missiles de cette portée », même si leur existence n’était pas officielle.

Il explique à l’AFP que cela montre que les autorités militaires sont « toujours capables de déplacer des lanceurs mobiles sans être repérés, de les mettre en position et de tirer sans être touchés » par les raids américains et israéliens.

Pour plusieurs experts, l’intérêt de l’opération iranienne réside ailleurs qu’en une tentative hasardeuse de réaliser un coup d’éclat en atteignant une cible aussi lointaine.

Il se trouve dans le message que l’Iran fait passer dans le cadre de son dialogue stratégique avec les États-Unis et Israël : en essayant de montrer qu’elle peut frapper très loin, Téhéran essaie de restaurer sa position, ébranlée par le déluge de feu qu’elle subit.

« Il s’agit d’une démonstration de force, d’un signal politique montrant que l’Iran a encore des capacités ‘secrètes’ – pour le grand public en tout cas. Mais l’intérêt militaire à proprement parler est assez limité », résume Étienne Marcuz.

« Il s’agissait moins d’utilité sur le champ de bataille que de message stratégique – signalant aux États-Unis et à Israël qu’une mauvaise interprétation de la détermination et des capacités de l’Iran pourrait s’avérer une erreur coûteuse », estime Vaez pour l’AFP.

« Retenue plus garantie »

Pour l’analyste israélien Danny Citrinowicz, de l’Institut d’études sur la sécurité nationale (INSS) de Tel Aviv, ce tir en dit long sur la structure du pouvoir en Iran, où de nombreux dirigeants ont été éliminés les uns après les autres.

« C’est une conséquence directe du changement d’équilibre des pouvoirs en Iran, notamment de la domination croissante du Corps des Gardiens de la Révolution islamique et de la mort d’Ali Khamenei, le guide suprême iranien, tué dès le 28 février », estime-t-il sur X.

« Malgré sa profonde hostilité idéologique envers l’Occident, Khamenei a fait preuve d’une grande prudence dans l’utilisation des capacités iraniennes. Cette retenue n’est plus garantie », estime-t-il.

« L’Iran émergent se comportera probablement moins comme l’acteur prudent et calculateur que nous avons connu, et davantage comme un système prêt à prendre des risques, à l’instar de la Corée du Nord. ».

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