Entre Téhéran, Rome et Berlin : la « théorie du chaos » de Khamenei a été activée

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Le « plan du chaos » attribué à Khamenei cherche à déstabiliser la région et le monde en frappant les infrastructures énergétiques, en menaçant le détroit d’Ormuz et en étendant le conflit aux pays voisins.

Dr Eitan Lasri (notre photo) – Ma’ariv

La politique de « stratégie du chaos » affichée par l’Iran cette semaine — attribuée à une planification stratégique préalable d’Ali Khamenei — cherche à ébranler la stabilité régionale et mondiale. Selon ce plan, l’Iran a élargi le cercle du conflit en attaquant une série de pays voisins, des États du Golfe jusqu’à Chypre. Cette stratégie, incluant des frappes sur l’énergie, des menaces sur le détroit d’Ormuz et une décentralisation des pouvoirs, pose une question historique vaste : s’agit-il d’une stratégie de dissuasion rationnelle ou d’un schéma classique de « si nous tombons, nous brûlons tout » ? Selon des sources iraniennes, il s’agit de l’application graduelle d’un « plan de chaos » stratégique laissé par Khamenei avant sa mort, conçu pour redéfinir les règles du jeu régionales et internationales, même en son absence.

L’histoire se répète-t-elle ?

  • Néron : La source de la stratégie, l’Empire en flammes. L’empereur Néron est lié dans la tradition historique à l’incendie de Rome en l’an 64 de notre ère. L’image gravée est celle d’un dirigeant préférant une destruction massive tout en accusant les autres, afin de façonner une nouvelle réalité politique et d’asseoir son contrôle par la peur. Le feu n’est pas seulement une destruction physique ; c’est un outil politique pour créer un ordre nouveau à partir du chaos.

  • Hitler : Le décret « Néron » et la terre brûlée en Allemagne. En avril 1945, face à l’effondrement du Troisième Reich, Adolf Hitler ordonna le « décret Néron » : la destruction des infrastructures, usines et ponts à travers l’Allemagne pour qu’ils ne tombent pas aux mains de l’ennemi. C’était une logique de terre brûlée extrême : si le régime tombe, le pays lui-même en paiera le prix. Cette décision reflétait une vision de guerre totale où aucun avenir n’est possible après la défaite.

Parallèle avec la stratégie du chaos

À l’instar de ces exemples historiques, la politique de chaos moderne repose sur un double principe :

  1. Dissuasion par la menace systémique : Pas seulement un affrontement militaire, mais la création d’une crise énergétique et la perturbation du commerce mondial.

  2. Décentralisation de la résilience interne : Préparer le système gouvernemental et militaire à fonctionner même sous des frappes sévères, pour garantir que le chaos soit dirigé vers l’extérieur plutôt que vers l’intérieur.

Cependant, il existe une différence fondamentale : alors que Néron et Hitler agissaient face à un effondrement imminent et dans un état de désespoir, une stratégie de chaos planifiée cherche à frapper préventivement pour créer un levier de pression mondial avant même l’effondrement. On passe du « brûler par défaite » au « brûler pour dissuader ».

Le plan « Chaos » de Khamenei et de ses successeurs

Ce plan semble avoir plusieurs objectifs clairs :

  • Objectif 1 : Choc économique mondial. Le cœur du plan est de créer une crise énergétique aiguë. Les frappes sur les installations énergétiques arabes, couplées à la menace de fermeture du détroit d’Ormuz — artère vitale du pétrole mondial — visent à faire exploser les prix, perturber les chaînes d’approvisionnement et entraîner les puissances mondiales dans un tourbillon de pressions politiques.

  • Objectif 2 : Perturbation des routes maritimes et aériennes. Le plan inclut l’extension de la menace sur le commerce dans tout le Moyen-Orient, servant de levier de pression sur l’économie internationale.

  • Objectif 3 : Décentralisation comme modèle de résilience. Une leçon clé tirée par Khamenei de la « Guerre des 12 jours » est la nécessité de décentraliser les pouvoirs. Au niveau militaire : rendre les unités plus autonomes. Au niveau civil : élargir les pouvoirs des gouverneurs locaux pour maintenir la stabilité malgré les attaques.

L’Iran a-t-il commis une erreur ?

L’activation de cette stratégie contre ses voisins est une erreur stratégique découlant d’une incompréhension de la réalité régionale. Les dirigeants iraniens restants après l’élimination de Khamenei ont choisi l’escalade pour forcer Washington à freiner les attaques. Mais ce mouvement pourrait s’avérer être une faute grave pour plusieurs raisons :

  1. Union des adversaires au lieu de leur division : Les attaques renforcent le sentiment de menace commune, poussant des pays autrefois prudents vers une coopération sécuritaire plus étroite avec les États-Unis et Israël.

  2. Perte de légitimité internationale : Menacer le commerce mondial n’est pas perçu comme une réponse ponctuelle mais comme une remise en cause de l’ordre économique global, facilitant la création d’une coalition élargie contre Téhéran.

  3. Risque interne accru : La décentralisation des pouvoirs en période de crise augmente les risques de perte de contrôle et de frictions entre les centres de pouvoir locaux.

Conclusion : La stratégie de « brûler le club » ne dissuade pas toujours l’adversaire ; elle le convainc parfois qu’il n’y a d’autre choix que de poursuivre jusqu’à la victoire totale.


Dr Eitan Lasri – Expert en gouvernance et politique publique géo-stratégique, ancien conseiller de Premiers ministres.

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