Espagne : une carte interactive met les Juifs en danger

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Une controverse majeure secoue l’Espagne après la mise en ligne d’une carte interactive recensant des dizaines d’« institutions sionistes » en Catalogne. L’outil, principalement centré sur Barcelone, a provoqué une vague d’indignation au sein de la communauté juive et auprès d’organisations de lutte contre l’antisémitisme, qui y voient une menace directe pour la sécurité des personnes et des structures visées.

La carte, diffusée sur des plateformes accessibles au grand public, répertoriait 152 entités : écoles, associations, commerces, entreprises ou lieux communautaires liés à des Juifs ou à Israël. Chaque point était accompagné d’informations sensibles — adresses précises, numéros de téléphone, courriels — et d’un appel explicite à « enrichir » la base de données. Les concepteurs invitaient également les internautes à contribuer financièrement pour amplifier ce qu’ils qualifient de « marquage ». Les cibles étaient regroupées sous l’étiquette « sionistes », terme employé ici de manière extensive et stigmatisante.

Pour de nombreux responsables communautaires, la démarche dépasse largement le cadre d’un débat politique. Elle s’apparente à une mise à l’index susceptible d’alimenter des actes de harcèlement, d’intimidation ou de violence. La communauté juive de Barcelone a officiellement interpellé Salvador Illa, lui demandant si le gouvernement catalan entendait agir rapidement ou laisser perdurer une situation jugée dangereuse. La question de la protection des citoyens, indépendamment de leurs convictions, est ainsi posée au sommet des institutions régionales.

Des membres de la communauté ont également souligné des résonances historiques inquiétantes. Le fait de cartographier et de signaler publiquement des commerces et institutions juifs rappelle, selon eux, des pratiques de stigmatisation mises en œuvre dans l’Allemagne des années 1930, lorsque le marquage des entreprises juives faisait partie d’une politique de persécution progressive. Si les contextes diffèrent, la mécanique — désigner, isoler, exposer — suscite une profonde inquiétude.

L’organisation ACOM, active dans la lutte contre l’antisémitisme en Espagne, a dénoncé une initiative qu’elle qualifie de franchissement de « ligne rouge ». Pour ses responsables, la constitution d’une base de données publique visant des Juifs ou des institutions qui leur sont associées crée un risque concret, en facilitant le repérage par des individus mal intentionnés. L’ONG a également mis en cause le climat politique et militant qui, selon elle, banalise des discours de haine sous couvert d’activisme.

Au-delà du cas catalan, l’affaire s’inscrit dans un contexte européen plus large. Depuis 2023, plusieurs pays ont observé une hausse des actes antisémites, allant des menaces en ligne aux dégradations de lieux de culte. Des rapports récents de forces de sécurité européennes évoquent la circulation de listes, cartes ou fichiers ciblant des communautés spécifiques, souvent diffusés sur des réseaux militants ou anonymes. Les autorités rappellent que la publication de données personnelles sans consentement peut constituer une infraction pénale, indépendamment des motivations affichées.

En Espagne, les plaintes déposées pourraient ouvrir la voie à des enquêtes judiciaires portant à la fois sur l’incitation à la haine et la protection des données. Plusieurs responsables politiques ont appelé à la vigilance, soulignant que la liberté d’expression ne saurait justifier l’exposition publique de citoyens ou d’institutions à des risques sécuritaires. L’épisode catalan pose ainsi une question centrale : comment préserver le débat public tout en empêchant que des outils numériques deviennent des instruments de désignation et de mise en danger.

Jforum.fr

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