Un rapport d’ »Iran International » révèle une lutte de pouvoir inhabituelle au sommet du régime iranien : le président et le président du Parlement contre le ministre des Affaires étrangères, avec les Gardiens de la Révolution en toile de fond, et les négociations nucléaires au cœur de la tempête.
Ma’ariv
Une grave crise éclate au sommet du régime iranien autour du ministre des Affaires étrangères Abbas Araqchi, dans le contexte de la gestion des négociations nucléaires et de la lutte pour les centres de pouvoir dans le pays, selon un rapport d’ »Iran International ». Deux sources informées ont affirmé que le président iranien Massoud Pezhejian et le président du Parlement Mohammad Baqer Qalibaf cherchent à obtenir la destitution d’Araqchi, après qu’il aurait agi ces dernières semaines en coordination complète avec Ahmad Vahidi, le commandant des Gardiens de la Révolution, sans informer le président.
Selon le rapport, Pezhejian et Qalibaf estiment qu’Araqchi a récemment agi moins comme un ministre chargé de mettre en œuvre la politique gouvernementale et plus comme un exécutant des directives de Vahidi. Les sources ont déclaré que ces deux dernières semaines, Araqchi a coordonné ses actions concernant les négociations nucléaires avec le commandant des Gardiens de la Révolution, sans informer le président ni agir dans le cadre d’une politique gouvernementale ordonnée.
Profonde insatisfaction au bureau du président
La conduite attribuée à Araqchi a suscité, selon le rapport, une profonde insatisfaction chez Pezhejian. Les sources ont indiqué que le président a déclaré à ses proches que si la situation persistait, il prendrait des mesures pour destituer le ministre des Affaires étrangères. Il s’agit d’une accusation particulièrement grave, car elle ne reflète pas seulement une divergence professionnelle sur la gestion des négociations, mais aussi une crise de confiance entre le président et un des ministres clés de son gouvernement.
Le rapport décrit Araqchi comme une figure au centre d’un conflit plus large sur les pouvoirs au sein du gouvernement iranien. Plutôt que de représenter la politique gouvernementale, il aurait rapproché ses positions de celles des Gardiens de la Révolution et agi selon les instructions de hauts responsables militaires, ce qui a approfondi le fossé existant entre le bureau du président et les structures militaires.
La fracture avec les Gardiens de la Révolution
Ce rapport s’inscrit dans une série de publications précédentes sur la montée des tensions dans la haute sphère de la République islamique, surtout entre Pezhejian et Vahidi. Déjà le 28 mars, des désaccords sévères avaient été signalés, portant sur la gestion de la guerre et ses conséquences désastreuses pour les moyens de subsistance des civils ainsi que pour l’économie nationale.
Trois jours plus tard, d’autres rapports soulignaient la frustration de Pezhejian face à ce qu’il considère comme une impasse politique totale. Il aurait même été privé de son droit de nommer des remplaçants pour des hauts fonctionnaires tués durant la guerre. Vahidi aurait affirmé que, compte tenu de la situation critique, les postes de gestion clés devaient désormais être directement contrôlés par les Gardiens de la Révolution.
Si ces accusations sont exactes, elles révèlent un processus plus profond par lequel les Gardiens renforcent leur contrôle sur la prise de décision, y compris dans des domaines non militaires. La crise autour d’Araqchi pourrait être une manifestation de cette tension entre gouvernement élu et mécanisme sécuritaire.
La lutte pour la conduite des négociations
Au cœur de cette crise se trouve aussi la question de la conduite des négociations avec les États-Unis. Qalibaf aurait dirigé l’équipe iranienne de négociation, mais il aurait démissionné après avoir été réprimandé pour avoir tenté d’inclure la question de l’énergie nucléaire dans les discussions.
Trois jours avant la déclaration de soutien parlementaire à l’équipe de négociation, « Iran International » a rapporté qu’Araqchi avait demandé à prendre en main les négociations suite à la démission de Qalibaf. Le 24 avril, Araqchi s’est rendu seul à Islamabad pour transmettre une proposition de Téhéran aux responsables pakistanais, une proposition ensuite rejetée par le président américain. Ce voyage en solo ajoute du poids aux affirmations selon lesquelles il essayait de centraliser la gestion des négociations à un moment très sensible.
Opposition dans le camp extrémiste
Les tensions ne se limitent pas au bureau du président ou aux relations entre le gouvernement et les Gardiens. Le 27 avril, un groupe de parlementaires liés au politicien extrémiste Saïd Jalili a refusé de signer une déclaration de soutien à l’équipe de négociation conduite par Qalibaf, malgré le large soutien de 261 autres membres du Parlement.
Cette déclaration exprimait confiance dans la délégation, mais plusieurs figures extrémistes de haut rang ont refusé de la soutenir, notamment Mahmoud Nabavian, Mohammad Taghi Nekaddali, Morteza Akhterani, Amirhossein Sabati, Hamid Rasaei, Ruhollah Izadkhah et Maisam Zahoorian. Nabavian avait lui-même fait partie de la délégation de Qalibaf lors du premier cycle de négociations à Islamabad avec les États-Unis.
Une lutte de pouvoir au cœur du régime
En conclusion, ce rapport met en lumière une lutte intense au sommet de l’État iranien autour de la gestion des négociations nucléaires et de la direction du pays en temps de guerre. D’un côté, le président Pezhejian et le président du Parlement Qalibaf, qui veulent maintenir leur autorité sur la politique gouvernementale et les négociations. De l’autre, les Gardiens de la Révolution, qui renforceraient leur contrôle sur les décisions les plus sensibles, avec Araqchi agissant en coordination avec eux.
La possible destitution du ministre des Affaires étrangères serait un nouveau signe de la profondeur du schisme au sein des centres de pouvoir à Téhéran. Au-delà du sort personnel d’Araqchi, cette affaire révèle une lutte de fond : qui gouverne réellement l’Iran dans ses moments les plus critiques.
























