«Il y aura avec vous un homme par tribu » (Bamidbar 1,4).
Rabbi Na’hman de Breslev zatsal affirme : « Dans le monde, on dit que si un homme s’autorise à manger du porc, au moins qu’il fasse couler de l’huile de porc sur sa barbe. Mais j’affirme le contraire : si un homme se permet de manger du porc, qu’il fasse au moins l’effort de ne pas faire couler de graisse de porc sur sa barbe. »
Cette déclaration s’explique ainsi : dans le monde, en général, lorsqu’un homme commet une faute et plonge dans les désirs répréhensibles, ou estime que, par son acte, il s’est déjà déconnecté de Hachem et a perdu sa part dans le Monde futur, il devrait au moins profiter pleinement de ce monde en comblant tous ses désirs sans aucune limite.
Mais ce raisonnement est le produit du Yetser Hara’ : en effet, un Juif, même s’il commet une faute, demeure juif. Et Hachem aime également le fils qui a fauté et Il attend son repentir. Dans ce cas, même s’il n’a pas réussi à surmonter sa tentation de commettre une faute, en mangeant par exemple du porc, il tentera au minimum de limiter son désir, en renonçant par exemple à la graisse. En effet, chaque fois que le Juif surmonte une épreuve lorsqu’une occasion se présente a de la valeur.
Ce principe doit être aussi appliqué à propos de l’influence que nous exerçons sur les autres : lorsqu’on permet à un fauteur d’éviter une seule faute, cela a déjà une grande valeur.
J’ai entendu à ce sujet une idée de R’ Méïr Schwartz, que la paix soit sur lui, de Londres. Lorsqu’il commença à exercer la fonction de Cho’het pour la communauté United, une communauté moderne, il n’était pas à l’aise et ne trouvait pas sa place dans cet environnement où les autres abatteurs rituels n’étaient pas dotés de la crainte du Ciel nécessaire à cet effet. Cependant, il n’arrivait pas à décider s’il lui fallait quitter ce poste. À l’arrivée de l’Admour de Skvira zatsal à Londres, il le consulta et lui posa sa question. L’Admour zatsal lui répondit : « Toutes les difficultés valent la peine si tu peux sauver même un seul Juif de manger ne serait-ce qu’une poignée de viande impure !»
De même, sachons que lorsqu’un mécréant accomplit une Mitsva positive, cela a de l’importance dans le Ciel.
On mentionne à ce sujet, dans l’ouvrage Sifté Tsadik (‘Hanouka 3), un récit du ‘Hidouché Harim zatsal : un jour, des ‘Hassidim se rendirent un jour chez le ‘Hozé de Lublin zatsal pour lui demander d’être débarrassé d’un délateur qui les importunait. Or, à leur grande stupéfaction, le ‘Hozé répondit : « Mais il brille dans tous les mondes.» Ils découvrirent par la suite qu’à ce moment-là, cet homme avait allumé les bougies de ‘Hanouka.
On raconte aussi au sujet du saint Rabbi de Kalisk zatsal : un jour, un vieil homme ignorant se présenta chez lui et se plaignit : « Je ne sais pas pourquoi Hachem me maintient en vie dans ce monde, car quelle satisfaction trouve-t-Il en moi ? » Le Rabbi le réprimanda et lui répondit : « Il vaut la peine de vivre quatre-vingts ans pour mettre une seule fois les Tefilines, même de la manière dont tu les mets, sans aucune intention particulière.»
C’est une Mitsva d’expliquer ce principe à tout Juif éloigné des Mitsvoth : même s’il n’a pas l’intention d’opérer un repentir complet en observant toutes les Mitsvoth, il vaut la peine de commencer à respecter les Mitsvoth même de temps en temps. En effet, chaque Mitsva respectée par un Juif a une grande la valeur dans le Ciel.
Ce principe concerne surtout les Mitsvoth du Chabbath : il existe à ce titre une Mitsva particulière d’inciter les Juifs à respecter le Chabbath, comme l’indique notamment le Or Ha’haïm sur le verset (Chemot 31,16) : « Les enfants d’Israël seront donc fidèles au Chabbath, en l’observant» : c’est une Mitsva pour chaque Juif d’assurer le respect du Chabbath, en prenant soin que d’autres le respectent et ne le profanent pas.
On raconte qu’un jour, un pauvre se rendit chez rabbi Shmelke de Nikolsbourg zatsal, qui n’avait plus rien à lui donner, ayant distribué toutes ses pièces au préalable. Il chercha dans la maison, jusqu’à ce qu’il découvre une bague déposée dans un carton, qu’il offrit à l’indigent. Lorsque son épouse la Rabbanite rentra dans la pièce et lui demanda ce qu’il avait donné au pauvre, il répondit qu’il lui avait offert une bague qui était dans un carton. La Rabbanite s’écria : « C’est une bague précieuse qui contient une pierre d’une valeur de trois cents pièces d’or ! »
Aussitôt, le rabbi de Nikolsbourg courut à toute vitesse dans la rue, à la poursuite de l’indigent. Lorsque ce dernier remarqua qu’il était poursuivi, il pensa qu’on voulait lui reprendre la bague et il se mit à s’enfuir, mais le rabbi réussit à le rattraper. Il lui dit alors : « Sache que cette bague est dotée d’une pierre précieuse d’une valeur de 300 pièces d’or, ne la vends pas bon marché. »
Par la suite, rabbi de Nikolsbourg déclara qu’il comprenait mieux ce passage de nos Maîtres (Chabbath 10b) : Hachem dit à Moché rabbénou : « J’ai un bon présent dans Mon trésor, c’est le Chabbath : va le faire connaître » : c’est le commandement enjoignant aux Juifs de poursuivre les Bené Israël pour leur communiquer la valeur précieuse du Chabbath, conféré par Hachem. Ils doivent savoir ne pas le vendre à prix bas pour un intérêt financier ou autre. En effet, celui-ci est sans commune mesure par rapport à la valeur précieuse du Chabbath.
Nous en trouvons une allusion dans les propos de Hachem adressés aux Bené Israël : « Il y aura avec vous » : tous les Juifs respectueux du Chabbath communiquent ce message aux autres Juifs, « un homme (Ich) » : le terme de Ich est formé des lettres Yichmerou et Chabtotaï-ils respecteront Mes Chabbatot (Yechayahou 56,4) par tribu. Les initiales du terme Ich forment aussi cette phrase : Yafé cha’a a’hat – mieux vaut un moment de repentir et de bonnes actions dans ce monde, que toute la vie du Monde Futur (Michné Avoth 4,17) : l’idée d’expliquer aux Juifs la beauté et l’importance de respecter ne serait-ce qu’un seul Chabbath.
Ce mécanisme agit «Lamaté», par tribu » : il s’agit d’incliner le cœur des Juifs vers la sainteté, comme nous l’avons constaté de nos propres yeux : lorsque des Juifs éloignés du judaïsme se réunissent pour respecter un Chabbath par an, un grand nombre d’entre eux se renforcent à ce sujet : ils s’élèvent et respectent ensuite tous les Chabbatoth de l’année, puis toutes les autres Mitsvoth de la Tora.
Chabbath chalom !





























