Le rabbi de Kalov, par. Nitsavim Vayélekh : suivre la voie de nos illustres ancêtres

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«Vous êtes placés aujourd’hui, vous tous, en présence de l’Éternel, votre D’ : vos chefs de tribus, vos anciens » (Devarim 29,9).

On raconte qu’un jour, le ‘Hatam Sofer zatsal donna un cours à ses élèves. L’un de ces derniers fit remarquer, à propos d’un commentaire de Rachi : « Rachi n’a pas compris la Guemara. » Aussitôt, le ‘Hatam Sofer lança à cet élève : « Tu es un âne. »

Les élèves s’étonnèrent de l’expression sévère de leur rav, mais ce dernier expliqua ses propos : « Si tu estimes que Rachi est l’équivalent de l’un d’entre nous, tu es un âne, comme l’affirment nos Sages : « Si les premières générations sont décrites comme les fils des anges, nous sommes les fils des hommes. Et s’ils sont décrits comme des hommes, nous sommes comparables à des ânes. » Celui qui n’est pas en mesure de comprendre le niveau des Richonim, qui sont comparables à des anges, et les considère comme des hommes ordinaires, il ressemble à un âne qui est incapable de faire la distinction entre ce qui est important et ce qui est anodin. »

On sait que, lors de du don de la Tora au mont Sinaï, la sagesse, la Émouna et les bons traits de caractère se propagèrent, et plus on est proche dans le temps de cet événement, plus leur influence est manifeste. Aussi, la génération qui assista à l’événement du mont Sinaï est qualifiée de Dor Déa’, la génération de la connaissance, car c’étaient des hommes extrêmement sages et perspicaces. Et à mesure que les générations s’éloignent de l’événement du Sinaï, elles perdent peu à peu leur intelligence et leur compréhension.

De même, la ‘avodath Hachem, le service divin, des premières générations était d’un niveau bien plus élevé que le nôtre. Un jour, le Ba’al Chem Tov, que son mérite nous protège, dit à l’un de ses élèves : « Si tu veux être au niveau de la crainte divine des Richonim, tu ne pourras pas survivre plus d’une heure.» Il l’inspira à ressentir pour une heure la crainte divine des Richonim, et aussitôt, l’élève se mit à trembler de tout son corps tant il fut saisi de crainte et d’effroi. Cela est à attribuer à notre âme, dont le niveau a beaucoup baissé : nous n’avons pas les forces d’absorber la puissance de cette crainte, comme ce fut le cas pour les âmes des premières générations.

On raconte à ce sujet qu’un grand rav partit un jour en voyage avec un petit-fils. À ses côtés était assis un homme laïc avec son petit-fils. Le petit-fils du rav s’occupa de ce dernier avec dévouement, tandis que le petit-fils de l’autre Juif s’occupait de ses propres affaires. L’homme interrogea le rav : « Comment expliques-tu que ton petit-fils s’occupe de toi avec dévouement, tandis que le mien ne prête pas attention à moi ?»

Le rav répondit : « Chacun d’entre eux se conduit selon les enseignements qu’il a reçus dans son enfance. Mon petit-fils a appris que D’ a créé Adam Harichon, dont sont issues toutes les générations suivantes. Il en ressort que je suis plus proche que mon petit-fils de Adam Harichon, création de la main de Hachem, et il est donc naturel qu’il m’honore et m’estime. En revanche, ton petit-fils a appris que l’homme descend du singe, et que peu à peu, il évolue, et de ce fait, ton petit-fils a le sentiment d’être supérieur à toi, car il est plus éloigné du singe et donc, plus avancé. »

On peut ajouter une remarque aux propos de ce rav : la émouna nous conduit à honorer les générations des anciens. Le fait de croire que le monde a été créé dans un but spirituel nous incite à respecter ceux dont le niveau spirituel est plus élevé.

Lorsque les hommes de notre époque méditent sur ceux qui ont vécu dans les époques qui les ont précédés, ils ressentent un sentiment de supériorité, voire de mépris. Ils les considèrent comme « primitifs » : ils chevauchaient des ânes, portaient de l’eau potable sur leurs épaules et lisaient le soir à la lueur de la bougie. En revanche, nous sommes allés jusque sur la lune et tous les outils technologiques sont à notre service. Ces sentiments affaiblissent la lumière qui émane de la Tora et des traditions des générations précédentes.

Cependant, le Juif croyant se concentre sur l’identité de l’homme et sa finalité, qui met en avant sa part spirituelle et non matérielle. Il considère l’âme spirituelle de l’homme comme l’essentiel, tandis que le corps est une simple enveloppe extérieure. Dans cette perspective, l’homme développé est celui dont les actes et le mode de vie suscitent plus d’estime. Nous vivons dans une époque où les hommes se pervertissent et se laissent emporter par des désirs grossiers. Ils s’éloignent des bons traits de caractère et de la foi en D’. Toutefois, la génération des aînés se trouve à un niveau spirituel et moral plus élevé, et, de ce fait, ils sont dignes d’estime et d’admiration.

Il nous incombe de prendre conscience de cette réalité et de suivre la voie empruntée par nos ancêtres depuis plus de trois mille ans, qui s’inscrit dans la chaîne des générations depuis Avraham Avinou jusqu’à notre époque. Même s’ils ne connaissaient pas la raison des Mitsvoth dans leur jeunesse, ils firent preuve d’abnégation pour leur pratique, ayant observé leurs ancêtres pratiquer et comprendre leur sens. Eux-mêmes, après avoir étudié la Torah de longues années, perçurent les raisons et des fondements de la Tora.

Et les millions de Juifs, au fil des époques, qui ont accompli toute la Tora, sans avoir tout appris, se sont réjouis de la pratique des Mitsvoth, guidés par les Rabbanim et les érudits en Tora de leur époque. Une grande partie d’entre eux étaient également des sommités en matière de richesse et d’intelligence, comme le Rambam et Abrabanel et les autres lumières de ces générations, qui ont déclaré : nous avons étudié et connaissons les raisons.

À cette période sacrée des jours de jugement, le Yetser Hara’ s’évertue à semer la confusion en l’homme en lui glissant des doutes sur la émouna. L’homme est tenu de se renforcer dans sa foi en s’inspirant de l’héritage de ses ancêtres, de méditer sur toutes les tribus d’Israël dispersées aux quatre coins de l’univers, et à tous nos milliers d’ancêtres, qui se sont tous sacrifiés pour pratiquer les Mitsvoth.

Nous trouvons une allusion à ces idées dans notre verset : « Vous êtes placés aujourd’hui » : c’est une allusion à Roch Hachana, « vous tous, en présence de l’Éternel, votre D’ » : ne vous éloignez pas de Hachem, loué soit-Il en suivant les tentations du Yetser Hara’. Le conseil à ce sujet est : « Vos chefs de tribus, vos anciens » : méditez et contemplez vos tribus et vos illustres ancêtres dans le monde entier, qui, à toutes les époques, se sont sacrifiés pour Hachem.

Chabbath Chalom !

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