« Ils prendront pour Moi une offrande élevée » (Chemoth 25,2).
Illustration : ‘Habad (Yinon Suissa)
Mon vénérable ancêtre, rabbi Yits’hak Eizik de Kalov, que son mérite nous protège, était connu pour l’impact de ses mélodies, grâce auxquelles il rapprocha des milliers de Juifs de Hachem. De même, des Tsadikim et ‘Hassidim des époques qui l’ont suivi ont continué à jouer avec ferveur ces chants, comme celui de « Sol a kakash », composé en hongrois, car ces mélodies sont susceptibles d’instiller dans le cœur l’amour de Hachem, loué soit-Il.
Ce principe se retrouve chez d’autres Tsadikim et ‘Hassidim : les mélodies éveillent les Juifs à se repentir. En effet, la musique a une grande influence sur l’âme humaine.
Jusqu’où ce phénomène peut aller, nous l’apprenons des écrits de rabbi Chelomo Elkabets zatsal, dans son ouvrage Manoth Halévi sur la Meguila d’Esther : lors du festin d’A’hachvéroch, ce dernier s’était évertué à procurer toutes sortes de délices, mais il manquait des instruments de musique. En effet, il savait qu’en présence de musique, Mordekhaï aurait demandé de jouer des mélodies juives pour les Juifs, et ils se seraient éveillés à la Techouva grâce aux mélodies, et n’auraient pas consommé son repas.
Le caractère impératif de la musique devient de plus en plus nécessaire face au déclin des générations, comme l’a expliqué un jour le rabbi Aharon de Belz, que son mérite nous protège, à son fils, rabbi Moché zatsal : même si, dans la cour des Tsadikim de Belz, l’accent n’était pas mis sur la musique, et on ne jouait pas tellement de morceaux de musique, comme c’est le cas chez d’autres Admorim, le temps viendra où il faudra faire appel à la musique en raison de l’obscurité de l’exil. En effet, la mélodie éveille l’âme humaine et le fait sortir de l’obscurité vers la lumière.
Or, malheureusement, le Yetser Hara’ s’évertue à brouiller la faculté de la musique sacrée, en diffusant à notre époque des formes de musique qui ne conduisent pas à une élévation spirituelle, mais aboutissent à une atmosphère de légèreté et à un rejet du joug divin, comme la musique provenant du pays de Kouch (Éthiopie), d’où est originaire l’inventeur des instruments de musique, comme il est dit (Beréchith 4,21) : « Youval (du pays de Kouch) : celui-ci fut la souche de ceux qui manient la harpe et la lyre. » Le Malbim (sur Béréchit sur place) affirme que leur musique a été créée dans le but de susciter des sentiments de débauche et de libertinage.
De ce fait, il nous appartient de veiller soigneusement à éviter de suivre ce Yetser Hara et de faire l’effort de ne jouer que de la musique juive qui rapproche de Hachem, ou des musiques sans paroles composées par des Tsadikim et des hommes qui craignent le Ciel, mus par des sentiments d’attachement à Hachem et de crainte du Ciel. Ces musiques conduisent à la sainteté et à la joie authentique.
Nous avons constaté ce phénomène : lorsqu’un homme entend des mélodies de Tsadikim et d’hommes craignant D’, un esprit de sainteté pénètre en lui, ainsi qu’une joie authentique, qui perdure un long moment après la fin de la mélodie, ce qui n’est pas le cas des autres musiques. En effet, ces mélodies jouées au nom du Ciel, attirent la Présence divine, et lorsque la Chekhina est présente, la joie règne, comme il est dit (Divré Hayamim I 16,27) : « Majesté et splendeur forment son avant-garde. »
Nous retrouvons cette idée dans les Tehilim, où il est écrit à plusieurs reprises : « Mizmor Letoda (chant de remerciement) ». Nos Sages (Pessa’him 117a) affirment que le roi David chantait des cantiques, puis la Présence divine reposait sur lui. En effet, la Présence divine ne repose pas dans une situation de paresse, ni de tristesse, ni de moquerie, ni de légèreté ou de choses futiles, mais uniquement dans la joie de la Mitsva, comme l’indique ce passage sur le prophète Elicha (Melakhim II, 3,15) : « Tandis que celui-ci jouait de son instrument, l’esprit de Hachem s’empara du prophète. » Rachi commente : Elicha ordonna de jouer de la musique devant lui, pour faire venir la Chekhina, et la joie de la musique est considérée comme celle d’une Mitsva, car la Mitsva consiste à faire descendre la Chekhina sur lui.
Nous découvrons ainsi que, sur le lieu du Temple, où la Présence divine reposait intensément, on trouvait le service important des chants des Leviim, qui contribuait à remplir la fonction des lieux, à conduire à la Techouva et à l’élévation de l’esprit.
Le rabbi et auteur du Min’hat Elazar de Munkatch zatsal mentionne dans son ouvrage Chaar Issakhar, au nom de son ancêtre, le rabbi Chelomo de Munkatch zatsal, un propos entendu du Divré ‘Haïm de Sanz zatsal : il tient que lorsque le fauteur se présente devant le Cohen pour offrir un Korban (sacrifice), le Cohen l’interroge sur la nature de sa faute. L’homme raconte alors, attristé, la faute commise. Le Cohen s’écrie alors : « Oh, comment as-tu pu commettre une telle faute ?! Hachem, loué soit-Il, n’emplit-Il pas toute la terre de Sa gloire ? » Il multipliait les propos de Moussar prononcés avec crainte et révérence, et il faisait signe aux Leviim présents sur l’estrade : ceux-ci commençaient à jouer avec leurs instruments un chant qui conduisait à pleurer, et les hommes effectuaient une Techouva complète, grâce au chant des Leviim. Ils posaient leurs mains sur le Korban et avouaient leur faute. Lorsque le Cohen remarquait que le fauteur effectuait un repentir complet, il faisait un signe aux Leviilm qui commençaient alors à jouer un chant joyeux. Ils abattaient le Korban et l’homme était pardonné.
Cette idée est mentionnée en allusion dans les propos de Hachem adressés à Moché Rabbénou qu’il devait communiquer aux Bené Israël dès le début de la construction du premier Tabernacle pour accueillir la Chekhina, où les Leviim se livraient à leur service du chant : « Ils prendront pour Moi (Li) » : le terme « Li » est composé des mêmes initiales que « Yizamérou Lechimkha » (Ils chanteront en l’honneur de Ton Nom) passage issu de la prière de Nichmat Kol ‘Haï. Ce sont des cantiques que l’on chante au nom de Hachem, qui conduisent ensuite à faire une « une offrande élevée », autrement dit, une élévation de l’esprit. En effet, seuls les cantiques sacrés conduisent au repentir et à la joie authentique.
Chabbath Chalom !


























