« Reconnais à présent et imprime-le dans ton cœur » (Devarim 4,39).
Le saint rabbi Sim’ha Bounim de Pshisa’ha zatsal exerçait dans sa jeunesse le métier de pharmacien dans la ville de Danzig. Un jour, son maître, le Yehoudi Kadoch de Pshisa’ha zatsal, lui demanda s’il avait entendu quelque incident à Danzig dont on pourrait tirer une leçon pour le service divin.
Il répondit à son Maître qu’il avait surpris une conversation entre des commerçants qui déclarèrent : « Une perte financière n’est rien, tandis que celui qui perd le courage a tout perdu. » En d’autres termes, même si l’homme a subi un préjudice et a perdu de l’argent, il lui est interdit de s’attrister à ce sujet et de perdre l’élan de vie qui l’anime. En effet, dans ce cas, il ne pourrait reprendre le service divin. Au contraire, il doit oublier cette perte et tenter à nouveau sa chance.
Ces paroles plurent au rav, qui répliqua : « Il faut tirer de cela une grande leçon, impérative pour le service divin. L’homme ne doit pas baisser les bras par rapport à une situation passée, mais il doit toujours penser à ce qu’il est en mesure d’accomplir au présent.»
À ce sujet, on raconte que le Maguid de Mézéritch zatsal, avait déclaré à son rabbi, rabbi Zoucha d’Anipoli zatsal, lorsqu’il s’était rapproché de lui : on peut apprendre sept leçons du voleur, que l’on peut appliquer au service divin. L’une d’elles est la suivante : si un voleur n’a pas réussi son coup un soir, il tente à nouveau la même chose le soir suivant. De ce fait, il n’y a pas lieu d’être abattu si on n’a pas réussi un jour son service divin correctement, il faut savoir que chaque homme a des hauts et des bas, et il faut toujours tenter de se renforcer et de s’élever à chaque fois.
Des ‘Hassidim racontent qu’un jour, un Juif se rendit chez rabbi Avraham de Slonim zatsal et lui confia, le cœur brisé, que, malgré ses efforts dans le service divin, il ne réussissait pas et avait le sentiment d’être enlisé dans la boue. Il sort une jambe et pendant ce temps, la seconde s’enfonce. Son rav lui répondit : « En effet, tu es enlisé dans la boue, mais sache ceci : si, que D’ préserve, tu renonces et restes statique, dans ce cas, tu demeureras dans la boue pour toujours. En revanche, si tu continues à avancer, chaque pas te rapprochera de la fin où tu t’extrais de cette boue.»
De la même façon, on raconte au sujet de rabbi Noa’h de Kobrin zatsal, qu’un jour, il adressa à ses proches des propos d’encouragement, et, pour illustrer ses propos, il s’adressa à l’un d’eux, qui avait grandi dans son enfance dans un village. Il lui demanda : « Tu as grandi dans un village où l’on monte à cheval. As-tu eu l’occasion de chuter lorsque tu as monté à cheval ?»
« Bien sûr, répondit l’homme, il m’est arrivé de tomber à plusieurs reprises, mais aussitôt, je me suis relevé rapidement et ai chevauché à nouveau l’animal. En effet, si j’étais resté allongé dans la poussière de la terre, je ne serais jamais arrivé à destination.»
Rabbi Noa’h répliqua à ses proches : « C’est cette attitude que l’homme doit adopter dans son service divin : il doit monter sur son Yétser Hara à l’instar d’un homme qui monte à cheval, et même s’il le fait chuter une fois, il se secoue et se relève aussitôt, et poursuit dans sa voie. Il pourra ainsi arriver à destination, à savoir se rapprocher du Créateur, loué soit-Il. »
Parfois, le simple fait de la chute conduit à une progression, comme l’illustre ce récit sur rabbi Mena’hem Na’houm de Tchernobyl, auteur du Meor Enayim, que son mérite nous protège : un jour, un groupe de ‘Hassidim se présenta devant lui en lui confiant ceci : ils avaient procédé à une introspection et évalué leur état spirituel, et en avaient conclu qu’ils ne servaient pas Hachem comme il se doit. Ces hommes versèrent devant lui d’abondantes larmes, regrettant de s’être éloignés de la sainteté.
Le rabbi leur répondit : « Ne vous attristez pas, car Hachem désire votre présence et votre service divin. Même si un homme a trébuché et a chuté de niveau, il doit prendre conscience que cette chute ressemble au sommeil. De la même manière qu’un homme ne peut pas se contrôler pendant son sommeil, mais qu’à son réveil, son esprit devient plus limpide, de la même façon, une chute dans le domaine spirituel conduit souvent à une progression plus intense par la suite, comme il est dit (Kohélet 2,13) : « La sagesse est supérieure à la folie autant que la lumière est supérieure aux ténèbres » : de l’obscurité vient la lumière. En conséquence, l’homme ne doit jamais se décourager ou s’attrister, au contraire, la chute le renforcera, conscient que désormais, tout ira mieux. »
Cette idée est particulièrement importante à l’adolescence, lorsque les jeunes gens ont des hauts et des bas, comme l’affirme rabbi Zoucha d’Anipoli zatsal : c’est la raison pour laquelle ces années-là sont qualifiées de «’horef (hiver)», dans le langage de Yov (29,4) : « Tel que j’étais, aux jours de mon hiver » : les jeunes hommes qui commencent leur service divin doivent savoir que l’adolescence est comparable à la période d’hiver, qui s’étend du mois de Tichri jusqu’au mois de Nissan : ce sont parfois des jours de pluie, de neige et de gel, mais qui alternent avec des jours de chaleur. La période de l’adolescence ressemble à cela : ils sont parfois animés d’enthousiasme et de chaleur, et parfois, non, et il ne convient pas de sombrer dans le désespoir en période de fraîcheur.
La séquence de chaque journée va dans ce sens : le jour succède à la nuit, et, chaque jour, on avance dans la vie de plus en plus lorsque la lumière règne. Nos Sages l’affirment dans le traité Sanhédrin (chap. 10) sur le verset (Devarim 29,27) : « Il les a jetés sur une autre terre comme cela se voit aujourd’hui » : tout comme le jour est à la fois sombre et lumineux, de même les dix tribus qui sont dans les ténèbres jouiront un jour de la lumière dans le Monde à venir.
De même, Rachi interprète le verset (Devarim 29,12) : « Afin qu’Il t’établisse aujourd’hui pour Lui comme peuple » : de même que le jour ne cesse jamais de se lever et qu’après les ténèbres vient la lumière, de même vous éclaire-t-Il et continuera-t-Il de vous éclairer. Ce sont les malédictions et les punitions qui assurent votre pérennité et votre stabilité devant Lui.
Nous pouvons de cette façon interpréter notre verset : « Reconnais à présent » : sache que la vie de l’homme ressemble au jour qui s’assombrit puis s’éclaire à nouveau. Cela entraînera : « imprime-le dans ton cœur » : tu te repens après une chute et tu t’élèves à nouveau pour te rapprocher de Hachem, loué soit-Il.



























