Le rabbi de Kalov, Pessa’h : la valeur centrale de l’unité

0
9

Au moment où l’on fait le récit de la sortie d’Égypte lors de la fête de Pessa’h, il nous faut réfléchir aux mérites des enfants d’Israël de cette époque, grâce auxquels ils ont été délivrés d’Égypte. Nous en déduisons de là les efforts à entreprendre afin de mériter, nous aussi, de mettre fin à nos malheurs et aux guerres des ennemis d’Israël de notre époque.

À ce sujet, il est rapporté dans les ouvrages sacrés que la plus grande faute des Bené Israël en Égypte a été celle de la discorde, où ils ont fauté plus que les autres nations. D’après la nature des choses, lorsqu’une nation est affectée par un malheur national, même ceux qui généralement sont en conflit, s’unissent et deviennent comme des frères qui s’entraident, comme dans le verset (Michlé 17,17) : « Il est naturellement frère dans le malheur. » Mais les Bené Israël en Égypte vivaient tous la même difficulté de la servitude, or le Satan réussit néanmoins à semer la discorde entre eux.

Nous découvrons dans la Tora (Chemoth 2,14) que lorsque Moché Rabbénou, que la paix soit sur lui, aperçut deux Juifs se disputer et que l’un d’eux leva la main sur l’autre pour le frapper, et entendit par la suite qu’il proférait de la médisance sur lui (sur Moché Rabbénou) en le dénonçant aux autorités, alors : « Moché prit peur et se dit : « En vérité, la chose est connue ! » Rachi commente au nom du Midrach : « Moché prit peur – il a été saisi d’angoisse à l’idée qu’il y avait en Israël des « scélérats » et des délateurs, et il s’est demandé : « Peut-être ne méritent-ils pas d’être délivrés ! » « Certes la chose est connue » : « L’énigme qui me tourmentait est maintenant résolue : en quoi Israël a-t-il péché plus que toutes les soixante-dix nations pour être ainsi accablé sous une servitude aussi cruelle ? Je m’aperçois qu’il le méritait ! »

Le Kli Yakar (Chemoth 3,2) explique que c’est pourquoi Hachem montra à Moché Rabbénou un buisson ardent, pour lui indiquer que c’est pour cette faute que les Bené Israël se trouvaient en exil en Égypte. En effet, même lorsque le feu des malheurs s’enflamme autour d’eux, ils se conduisent comme le buisson ardent qui est doté de piquants. De la même façon, les enfants d’Israël se blessent et se font du mal les uns aux autres.

Mais au final, les âmes des Bené Israël se purifièrent et se renforcèrent en consolidant la paix. Puis Hachem leur prescrivit de prendre un agneau : c’était le signe qu’ils continueraient à se renforcer et à acquérir la vertu de la paix de l’agneau, dont la nature est de vivre toujours dans l’union. C’était l’un des mérites grâce auxquels ils ont eu le droit de sortir d’Égypte, comme l’explique l’auteur du Olelot Efraïm.

Ainsi, à la sortie d’Égypte, Hachem leur envoya la guerre contre Amalek, car la faute de la désunion n’avait pas encore été totalement déracinée. La guerre les incita à s’unir afin de combattre ensemble l’ennemi commun. De surcroît, le danger de la guerre les conduisit à soumettre l’orgueil logé dans le cœur et à la conscience qu’on ne peut se reposer que sur notre Père au ciel. Comme l’indiquent nos Sages (Roch Hachana 29a), lors de la guerre d’Amalek, « ils soumettaient leur cœur à leur Père au Ciel », et ainsi, ils déracinèrent l’orgueil, facteur essentiel de la discorde. Par ce mérite, ils triomphèrent dans la guerre contre Amalek, méritèrent de recevoir la Tora et d’entrer en Erets Israël.

Le mérite de l’unité continue de protéger le peuple juif à toutes les époques, bloquant l’accusation du Ciel, comme l’indiquent nos Maîtres dans le Midrach Tan’houma (Choftim 18 et Nitsavim 1) : « Lorsque le peuple juif forme un seul groupe, même si l’Avoda Zara (culte des idoles) règne chez eux, l’attribut de la stricte justice ne les affecte pas, et aucune nation ni peuple ne peut les dominer. »

Nos Maîtres affirment aussi (Yerouchalmi) qu’à l’époque du roi David, la Tora occupait une place centrale, mais, malgré tout, ils perdirent les guerres. En revanche, à l’époque du roi A’hav, où tout le monde était mécréant et où ils n’étudiaient pas la Tora, ils réussirent dans les guerres. Ceci est dû au fait qu’il n’y avait ni médisance ni discorde entre eux.

Nous mériterons, par vertu de l’union, d’être sauvés de l’exil, même si nous ne le méritons pas par nos actions, comme l’explique rabbi Elimélekh de Lizensk, que son mérite nous protège : lorsque ceux qui craignent D’ se réuniront en un groupe et feront la paix entre eux, la Gueoula arrivera, par l’intermédiaire du prophète Eliyahou, qui transmettra ces bonnes nouvelles. Il indique que le verset suivant (Yechayahou 52,7) y fait allusion : « Qu’ils sont gracieux sur les montagnes les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles » ; ils entendront au départ une voix de paix et, par ce mérite, ils entendront la nouvelle de la délivrance globale.

Les Tsadikim des dernières générations affirment que le Machia’h était déjà prêt à venir. La raison pour laquelle la Gueoula se fait attendre serait due aux divisions et aux conflits. Dans l’ouvrage Toldot Yaakov Yossef (Parachat Tsav), l’auteur commente ce passage de la Hagada « Ma Nichtana… En quoi cette nuit est-elle différente des autres nuits ? » La question vise à savoir pourquoi ce sombre exil, qui dure plus longtemps que les autres, diffère des autres. On répond ainsi : « Cette nuit n’est faite que de Matsa », à savoir que la Matsa est un langage de désunion, comme il est dit (Chemot 21,22) : « Vékhi yinatsou anachim, si des hommes se disputent » : cet exil est rempli de discorde dans chaque ville, et cela explique le retard de la Gueoula.

On raconte au sujet de l’Admour de Vijnitz zatsal, auteur du Ahavat Israël : l’un de ses disciples aperçut un jour l’Admour prendre dans ses bras et rapprocher un homme rustre. Il lui demanda pourquoi il rapprochait si affectueusement un tel homme. Le rabbi lui répondit : « Le Beth Hamikdach a été détruit en raison de la faute de la haine gratuite, et de ce fait, la réparation consiste à faire preuve d’amour gratuit : grâce à ce mérite, nous aurons droit à la Gueoula et à la reconstruction du Beth Hamikdach. »

Nous pouvons, dans cette perspective, interpréter cette coutume du soir du Séder où nous prenons en main un verre de vin, qui conduit au maximum au rapprochement, car nous le buvons en groupe. Nous savons, en effet, que le vin des non-Juifs nous est interdit à la consommation, pour éviter que nous en buvions avec eux et nous nous rapprochions d’eux. Au sujet de ce vin, nous déclarons : « Vehi » – voici : la vertu de l’unité qui découle du vin dans notre main, « Chéamda laavoténou velanou – ce qui nous a soutenus, nos ancêtres et nous » : pour être sauvés des ennemis d’Israël. « Chélo é’had bilvad – ce n’est pas un seul » – c’est uniquement lorsqu’Israël n’a pas été uni comme un seul homme et d’un seul cœur, c’est uniquement alors qu’on était en position où « ‘amad ‘alénou lekhaloténou – ils se lèvent contre nous pour nous détruire. »

C’est ainsi que nous agissons lors de la fête de Pessa’h, lorsque nous remercions Hachem pour la sortie d’Égypte et nous implorons Hachem de nous délivrer également aujourd’hui. Il incombe à chacun d’entre nous de vérifier s’il vit en paix avec tout le monde, et de se renforcer pour multiplier les efforts en faveur de la paix dans le monde. On mérite ainsi d’être délivré et d’échapper à tous les malheurs et on aura le privilège de participer à la Gueoula générale, bientôt et de nos jours, Amen.

‘Hag Pessa’h cacher vesaméah !

Aucun commentaire

Laisser un commentaire