À l’arrivée du mois de Tichri où l’on multiplie les prières et les Mitsvoth, le Yetser Hara’ s’évertue à tenter de nombreux Juifs, en les persuadant que l’avodath Hachem, le service divin de ce mois, est surtout l’apanage des Tsadikim. Compte tenu de leur vertu, ils sont précieux pour Hachem et Il désire leur service, ce qui n’est pas le cas des Juifs simples.
Il nous incombe donc de revoir les écrits saints, où figure l’idée que, parfois, Hachem apprécie encore davantage l’avodath Hachem d’un Juif simple.
Nos Maîtres affirment que chaque Juif dans ce monde ressemble à un soldat envoyé par le souverain pour combattre sur le champ de bataille. Le monarque a de nombreux soldats à son service qui occupent des fonctions différentes, et chacun d’eux sert le roi en fonction de son poste.
Certains soldats font leur service en étant allongés par terre, dans la boue, tandis que face à eux, l’ennemi cruel lance des flèches dans toutes les directions. Or, si ce soldat dans la boue baisse les bras et se dit qu’il ne vaut rien, il est évident que l’ennemi pourra gagner du terrain et se rapprocher de lui.
Ce soldat, envoyé par le roi, doit de temps en temps lever la tête de la boue, se relever et tirer sur l’ennemi, même si, juste après, il retombe dans la boue. C’est son rôle et c’est à cet effet qu’il a été envoyé par le roi dans le cadre de la campagne guerrière.
Le roi a beaucoup de satisfaction de lui, pas moins que des défenseurs, dont le rôle consiste à rester à l’intérieur et à organiser la défense. Parfois, le roi a plus de satisfaction de ce soldat qui évolue dans la boue, car il perçoit sa difficulté à relever la tête de la boue et à se battre pour défendre l’honneur du souverain.
Ce principe peut être appliqué au service spirituel et au rôle de chaque Juif. Chacun doit prendre conscience du rôle particulier qui lui incombe et qu’il n’a pas le droit de négliger. Que D’ préserve, il n’y a pas lieu de se décourager.
Les ouvrages sacrés nous révèlent qu’il n’existe pas deux hommes dans ce monde dont la mission est identique. À ce sujet, nos Maîtres déclarent (Sanhédrin 4,5) : « Chacun est tenu de dire : « Le monde a été créé pour moi ».» En d’autres termes : j’ai une mission dans ce monde que je suis le seul à pouvoir mener à bien, dans les circonstances dans lesquelles le Créateur m’a placé, selon mon rôle et la racine de mon âme.
Aussi, chaque Juif doit méditer sur l’idée que, malgré le nombre élevé de Juifs, aucun ne ressemble à son prochain, et personne ne peut dire : qu’importe à Hachem si j’étudie ou si je prie ? En effet, il y a des millions de Juifs dans le monde. Or, chaque Juif vient dans ce monde pour jouer son rôle particulier, et Hachem a transmis à chacun les forces nécessaires à sa fonction.
Retenons aussi que, si quelqu’un a commis une faute, il ne perd pas sa valeur, comme l’indiquent nos Sages (Sanhédrin 44a) : « Un Juif, même s’il a fauté, demeure juif. » Les Maîtres commentent que, même s’il a commis de nombreuses fautes, malgré tout, il demeure juif. Il reste en lui un point intérieur de sainteté qui existe chez chaque Juif, et grâce à ce point, il aura les forces pour se repentir et réparer les torts commis, même s’il a plongé au plus bas niveau.
Rabbi Yé’hiel d’Alexandre zatsal interprète le propos de Yits’hak Avinou sur son fils, Ya’akov Avinou (Beréchit 27,27) : « Voyez ! Le parfum de mon fils est comme le parfum d’une terre » : lorsqu’on fertilise un champ avec du fumier et des déchets, qui ont pourtant une mauvaise odeur, la bonne odeur du champ lui-même ne se perd pas, et lorsque la mauvaise odeur passe, la bonne odeur de la terre se dégagera. Le même principe est valable pour chaque Juif : même s’il s’est enlisé dans le fumier des fautes, l’odeur de la sainteté – son point intime – ne s’est pas dégradée, et il pourra toujours faire Techouva et dégager une odeur de délicieux parfum.
Nos Maîtres nous enseignent que, lorsqu’un fauteur s’éveille au repentir et accomplit des Mitsvoth, il génère parfois dans le Ciel une plus grande satisfaction que les actions des Tsadikim.
Rabbi Yits’hak de Radwill zatsal, dans son ouvrage Or Yits’hak, mentionne à ce sujet une parabole au nom du Ba’al Chem Tov, que son mérite nous protège : un roi avait deux fils. L’un d’eux se conduisait comme le digne fils du roi, tandis que le second, dans sa jeunesse, se dégrada et commit des actes innommables. Au fil du temps, le souverain fut très en colère et attristé par la conduite indigne de son fils, et en vint à l’expulser du palais. Il le remit aux juges pour être traduit en justice.
Quelque temps plus tard, ce fils rebelle reprit ses esprits et comprit combien il avait mal agi contre son père le monarque. Il laissa tomber toutes ses bêtises, regretta ses actions perfides et renoua avec la conduite du digne fils d’un roi.
Lorsque le roi l’apprit, mû par un amour intense, il le rapprocha beaucoup, se réjouit et se divertit avec ce fils plus qu’avec le premier. Comme il avait beaucoup souffert de sa conduite et jugé qu’il avait perdu ce fils, compte tenu de sa conduite corrompue, lorsqu’il apprit que ses ministres vantaient ses qualités et sa conduite, il s’en réjouit intensément, plus que du premier fils. Ce dernier avait en effet suivi le cours naturel des choses, en suivant la voie du bien, tandis que le second, qui s’était repenti de ses méfaits, avait emprunté une voie surnaturelle. Il transforma sa nature et ses habitudes pour rectifier sa conduite, ce qui créa une abondance de joie et des louanges.
C’est le sens de la supplique récitée le soir de Roch Hachana, lorsqu’on consomme la tête de mouton ou de poisson : « Que ce soit Ta volonté que nous soyons à la tête et non à la queue » : chaque Juif doit prendre conscience, à cette période de l’année, que tous sont importants, à l’instar de la tête, et qu’aucun Juif n’est considéré comme la queue qui est superflue et dénuée de valeur.
Ainsi, chacun d’entre nous priera et accomplira toutes les Mitsvoth du mois de son mieux, et, ensemble, nous célébrerons une belle et douce année. Amen !
Chana tova !



























