L’Egypte organise les pourparlers entre le Hamas et Israël

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Par Jacques BENILLOUCHE – Temps et Contretemps

Ce n’est pas la première fois que l’Égypte joue les bons offices entre Israël et le Hamas. Au cours des précédentes guerres, elle était intervenue pour obtenir un cessez-le feu entre les deux belligérants. Mais les discussions n’ont jamais été au-delà d’un arrêt des combats, sans aborder le fond et c’est pourquoi les conflits ont toujours repris après une période d’accalmie plus ou moins longue. Il semble que les Israéliens veuillent aller plus loin et imposer dans les discussions le retour des corps d’Oron Shaoul et de Hadar Goldin, tués au combat à Gaza pendant la guerre de 2014 ainsi que la libération d’Avraham Avera Mengistu qui a traversé la frontière en 2014 et de Hisham al-Sayed entré à Gaza en 2015.  Ils n’ont pas été revus depuis. C’est une condition suspensive qui déterminera la suite des pourparlers.

L’Égypte est la seule médiatrice incontournable qui parle aux deux camps. D’ailleurs son président Abdel Fatah al-Sissi, qui veut redonner à son pays son rôle d’influence, a rencontré les dirigeants occidentaux pour avoir leur appui sachant que rien ne se fera sans eux. Sa frontière, à la fois avec Gaza et Israël, lui permet d’être un interlocuteur-clé, car l’Égypte a toujours refusé de s’impliquer militairement dans ce conflit. Il faut dire qu’elle est dans une situation tendue car sa population est totalement solidaire des Frères musulmans dont sont issus les dirigeants de Gaza. Par ailleurs elle collabore étroitement avec Israël dans le combat commun contre les djihadistes de Daesh installés au Sinaï puisque Tsahal a lancé plusieurs frappes aériennes pour aider l’armée égyptienne.

Al Sissi entretient d’excellentes relations avec Mahmoud Abbas mais est totalement opposé au mouvement islamiste du Hamas, la branche palestinienne des Frères musulmans, au point de procéder souvent à la fermeture du point de contrôle de Rafah. Mais le 15 mai, le Caire a laissé passer dix ambulances pour évacuer des Palestiniens blessés à Gaza et les faire soigner dans la capitale. L’Égypte a intérêt à résoudre ce conflit pour obtenir le calme au Sinaï et pour tarir le flux permanent de combattants depuis Gaza vers Daesh à travers les tunnels.  Mais contrairement au passé, elle n’est plus la seule à jouer les médiateurs. L’Arabie saoudite mais aussi le Qatar, proche du Hamas, interviennent sur la scène diplomatique. Doha dispose d’un ambassadeur officieux à Gaza et est devenu le principal contributeur financier de l’enclave palestinienne ce qui lui donne un poids certain pour faire entendre raison au Hamas.

Des hauts dirigeants égyptiens ont rencontré des responsables en Israël, à Ramallah et à Gaza pour préparer l’initiative du Caire. Ils veulent organiser une réunion dans des salles séparées, avec un médiateur égyptien faisant la navette entre les délégations. Le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, en visite dans la région, a donné son aval après avoir rencontré Benjamin Netanyahou, Mahmoud Abbas, Abdel Fattah al-Sissi et le roi de Jordanie Abdallah II.

Le ministre des Affaires étrangères, Gabi Ashkenazi, se rend au Caire le 30 mai pour préparer avec son homologue Sameh Shoukry les questions à traiter à savoir les conditions d’un cessez-le-feu à long terme et la reconstruction de Gaza. Il est question qu’il retourne en Israël avec une délégation égyptienne pour faire avancer l’initiative. Le gouvernement a désigné le conseiller à la sécurité nationale Meir Ben-Shabbat pour diriger ces pourparlers indirects au sein d’une délégation incluant des représentants des ministères des Affaires étrangères et de la Défense.

Le Caire envisage de faire de Rafah le pendant des points de passage d’Erez et de Kerem Shalom pour en tirer des royalties. En cas de signature d’un accord définitif, Israël pourrait envisager d’ouvrir ses frontières à des ouvriers de Gaza pour réduire le chômage évalué à 50% de la population, aux marchandises et aux produits de pêche, et d’autoriser les industriels israéliens à sous-traiter les travaux de confection. L’optimisme règne mais comme St Thomas, on ne croira que ce que l’on verra.  D’autres cessez-le feu ont été signés, en vain, peut-être parce que le problème de fond du Hamas n’a jamais été abordé, sur son droit de gouverner Gaza sans ingérence de l’Autorité palestinienne et sur la nécessité de stopper l’introduction d’armes de destruction. Enfin la question du Djihad islamique est un abcès de fixation qui empêche toute projection sur l’avenir. Là est le fond du problème.

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