Les choix du Hezbollah selon Macron

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La chronique de Michèle MAZEL

C’est un président français très remonté pour ne pas dire en colère qui s’est adressé à la France et aux médias, le dimanche 27 septembre. Il faut dire qu’il y avait de quoi. Comme l’explique Le Monde à chaud, dans un article daté du même jour, «Les partis politiques s’étaient engagés auprès d’Emmanuel Macron, à former un cabinet de ministres «compétents et  indépendants» dans un délai de deux semaines, condition pour l’envoi d’aide internationale nécessaire au redressement du pays. Dimanche soir, le chef d’État français a «pris acte de la trahison collective» des partis libanais qui, selon lui, «portent l’entière responsabilité» de cet échec».

Bref, loin de suivre les sages conseils d’un président français, qui n’a pas hésité à faire par deux fois le déplacement pour se pencher au chevet d’un Liban durement touché par l’explosion intervenue au port de Beyrouth, les partis politiques libanais n’ont pas fait les efforts nécessaires. Emmanuel Macron n’a pas mâché ses mots, lâchant un  «J’ai honte pour le Liban» retentissant. Ce serait évidemment mesquin de lui faire remarquer qu’on se demande au nom de quoi ou de qui il ressent cette honte, amendée un peu plus tard dans son discours par un «j’ai honte pour les dirigeants libanais».

Il est vrai que de honte, ces derniers n’en ressentent visiblement aucune : ne continuent-ils pas à se conduire comme ils le font  depuis des dizaines d’années, sans s’attirer la foudre de quiconque ? N’est-ce pas leur attitude sans vergogne qui est la cause de la situation catastrophique dans laquelle se trouvait le pays bien avant l’explosion ? Le président français ne s’en était sans doute pas aperçu. Il a ensuite pris pour cible l’une des parties prenantes à cette «trahison collective» et l’a tancée vertement, comme le fait un maître d’école s’adressant à un élève duquel il attendait mieux. Il s’agit du Hezbollah, qualifié de mouvement terroriste par de nombreux pays occidentaux et pourtant traité précédemment avec beaucoup de respect et de sollicitude par ce même président.

Quelle a donc dû être la surprise d’Hassan Nasrallah et de ses conseillers en l’écoutant évoquer ce mouvement ! «Il ne doit pas se croire plus fort qu’il ne l’est… ne peut en même temps être une armée en guerre contre Israël, une milice déchaînée contre les civils en Syrie et un parti respectable au Liban. C’est à lui de démontrer qu’il respecte les Libanais dans leur ensemble. Il a, ces derniers jours, clairement montré le contraire».

Macron critiquerait-il enfin, fut-ce avec retenue, la guerre larvée contre Israël, pays avec lequel le Liban n’a plus aucun différend territorial, une guerre menée par le Hezbollah pour le compte des Ayatollahs iraniens qui le financent, entrainent ses troupes et les arment dans le but mainte fois explicité de détruire l’État juif ?  Il n’a pourtant jamais relevé par le passé les propos incendiaires de Nasrallah se proposant de mettre à feu et à sang le nord d’Israël. Le président s’élèverait-il aussi contre la participation des milices chiites du mouvement en Syrie, une participation qui dure maintenant depuis près de sept ans, sans que jamais la France n’y trouve rien à redire ? On aurait voulu entendre une condamnation sinon plus ferme, du moins plus explicite.

C’est à se demander si la France, s’exprimant par la voix de son président, aurait continué à fermer les yeux sur les attaques du Hezbollah contre Israël et sa participation à la guerre civile en Syrie si le mouvement avait fait preuve de davantage de bonne volonté dans la recherche d’une solution à la crise politique qui déchire le Liban.

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